D'ici quelques mois, le site RTT de Lessive sera à nouveau connecté

©Anthony Dehez

Démembré et en partie revendu à des opérateurs indiens, le domaine de 50 hectares logé sur le territoire de la commune de Rochefort a aujourd’hui un nouveau propriétaire belge unique.

Il fait partie de ces fleurons belges que les moins de 20 ans ne peuvent pas connaître. Mais parmi les Belges aujourd’hui âgés de 30 à 50 ans, rares sont ceux qui n’y sont pas venus en visite scolaire, souvent couplée à un passage par les grottes de Han voisines, et qui n’ont pas été impressionnés par ces immenses paraboles blanches tombées du ciel au milieu des bois. Au plus fort de sa fréquentation, le domaine RTT (puis Belgacom), inauguré peu avant la régionalisation en bordure de la commune de Rochefort, voyait défiler 150.000 visiteurs par an. Depuis quelques mois, il est vidé de ses derniers occupants. Mais un concierge surveille encore le complexe, qui vient d’être revendu entièrement en deux temps.

Nous avons eu la chance de pouvoir le visiter avec le nouveau propriétaire. Celui-ci insiste toutefois: il doit encore recevoir l’aval du Tribunal de commerce pour qu’une des deux parties soit acquise de plein droit.

50 hectares à nouveau réunis peuvent enfin trouver une nouvelle affectation. On parle d’un développement de quelque 50 millions d’euros à terme.

À certains endroits, toujours légèrement chauffés pour éviter toute détérioration, on a l’impression que les occupants viennent de quitter les lieux, parfaitement entretenus jusqu’il y a peu. En contrebas du grand bâtiment entièrement bardé de pierre bleue, la salle de commandes, même obsolète, reste impressionnante. Et dans la barre d’immeuble où l’on accueillait les visiteurs à la sortie des autocars, l’immense terrasse surplombant le site pourrait être réinvestie sans grands travaux: bar et cuisine sont quasi en état de fonctionnement.

©Anthony Dehez

"Je ne sais pas encore ce que je vais faire de tout ça. Mais en tout cas, le potentiel est énorme. Et le site est connu de tous, ce qui est déjà une fameuse plus-value. Pour le reste, tout passera sans doute par des dérogations car le PCA (Plan communal d’aménagement) du site est très spécifique vu l’activité ciblée jusqu’ici. Je suis ouvert à tout, en tout cas. Et j’espère pouvoir travailler en bonne intelligence avec les responsables communaux dès que l’accord scellant la vente de la partie du domaine appartenant à BSS sera validée par le tribunal compétent", résume prudent mais confiant Christophe Nihon, conseil en immobilier (ImmoQuest) et promoteur de projets atypiques à ses heures.

Ce dernier connaît bien le site puisqu’il était mandaté par Connectimmo (filiale immobilière de Belgacom) pour revendre la partie boisée de 44 hectares non cédée aux Indiens qui continuaient à exploiter les antennes. "C’était un actif particulièrement difficile à commercialiser vu son profil atypique, qui en a rebuté plus d’un. Et au final, je me suis dit que je le rachèterais bien, même si c’était une idée tout sauf rationnelle. Je pense vraiment qu’on peut y envisager un développement de 50-60 millions d’euros à terme", commente le courtier.

Revendue à un groupe indien

Depuis 2007, il faut dire que le prix demandé par Belgacom avait bien fondu pour atteindre, selon nos informations, moins d’un million et demi d’euros. On parle ici de la partie boisée du site, quasiment inconstructible hormis la partie déjà aménagée bordant la parcelle des antennes, en contrebas. Cette seconde parcelle de six hectares comprenant deux grands bâtiments et six grandes antennes paraboliques, dont la plus grande fait 37 mètres de diamètres, avait, elle, été revendue dès 2007 au groupe indien ORG. Celui-ci souhaitait notamment utiliser les paraboles pour diffuser le faisceau des chaînes de télévision indienne par satellite vers l’Afrique.

©Anthony Dehez

Belgium Satellite Services (BSS), la filiale qui gérait depuis les infrastructures, a introduit en mars dernier une demande de réorganisation judiciaire auprès du tribunal de commerce francophone de Bruxelles en vue de se placer à l’abri de ses créanciers, notamment la banque BNP Paribas Fortis. Depuis, la faillite de BSS a été prononcée et un curateur désigné, chargé de revendre les biens meubles et immeubles. Un compromis a été récemment signé entre toutes les parties et Christophe Nihon. Il devrait être avalisé début 2017 au mieux par le tribunal de commerce de Bruxelles. Quant au mobilier, il sera tout prochainement vendu aux enchères, libérant l’espace bâti à réhabiliter.

Du côté de la commune de Rochefort, sur le territoire de laquelle se trouve le domaine, on assure suivre le dossier de près depuis des années déjà. "Nous avons eu plusieurs contacts avec le DNF, notamment avec l’idée de subsidier des activités sur le domaine forestier mis en vente. Nous avons également contacté le fonctionnaire délégué. Comme nous, il se montre ouvert à examiner les projets crédibles de réhabilitation lancés sur le site. Donc, nous nous réjouissons de rencontrer prochainement Monsieur Nihon pour examiner l’étendue des possibles afin que ce site redevienne un fleuron communal", insiste Pierre-Yves Dermagne, l’échevin de l’Urbanisme de Rochefort.

Se déconnecter dans un lieu hyperconnecté

"Voilà. J’ai l’accord de toutes les parties venderesses pour pouvoir bientôt remembrer les deux parties du domaine RTT de Lessive. Cela fait quelque 50 hectares en tout. Maintenant, il faut trouver et finaliser l’idée de génie pour faire revivre tout ça. Mais j’ai déjà le slogan: se déconnecter dans un lieu hyperconnecté…", sourit Christophe Nihon.

Selon lui, le site a un potentiel atypique mais énorme. Il se prête à tout… et actuellement à rien. Il faut donc le travailler intelligemment, en prenant son temps; et le futur développeur sait que rien ne sera simple. "On pourrait y développer des activités touristiques et didactiques, notamment autour de la forêt: les parcours fléchés sont toujours opérationnels… On pourrait y installer une école spécialisée en agronomie ou dans les télécommunications. Démolir les antennes représente une opération blanche, je me suis renseigné: on revendrait la ferraille à la casse pour quelque 120.000 euros et cela coûterait autant en main-d’œuvre et manutention. Mais je veux en garder plusieurs car elles font partie de l’identité forte du site et elles sont devenues un patrimoine historique", (se) rassure le nouveau propriétaire.

Lire également

Publicité
Publicité
Publicité
Publicité

Contenu sponsorisé

Partner content