L'avenue Louise se meurt? Vive l'avenue Louise!

©Photo News

Elle a progressivement perdu de sa superbe et de son cachet, défigurée par l’asphalte, le béton, le bruit et la pollution. Mais depuis quelques années, l’avenue Louise reprend son souffle. Lentement. Chèrement. Diversement.

Hybride, sale, déshumanisée... Ces dernières décennies, la célèbre avenue Louise n’était plus que l’ombre d’elle-même. On a d'abord accusé le trafic routier et les défenseurs de l’asphalte à tout crin. Puis, les promoteurs, qui y ont multiplié les projets de bureaux à l’emporte-pièce en négligeant l’architecture séculaire en façade. Depuis quelques années, le commerce à front de rue a, lui aussi, perdu de sa superbe. Les projets de bureaux, eux, se raréfient au profit du logement de retour aux extrémités et aux axes stratégiques de l’avenue historique. 

C’est surtout du côté du bois de la Cambre et d’Uccle, là où tapinaient il y a peu encore les prostituées venues de l’Est, que le quartier monte progressivement de niveau sous la pression des promoteurs résidentiels flamands. À l’instar de l’immeuble Lloyd George, dans l'avenue éponyme qui regarde le bois: rachetée par Ghelamco, la barre de bureaux va devenir un complexe résidentiel de standing. "L’immeuble devrait également intégrer du bureau et des espaces de coworking", précise Pierre-Paul Verelst, directeur de recherche chez JLL BeLux. 

280
euros par mètre carré par an
C'est le loyer de référence le plus élevé actuellement négocié avec le Cabinet d'avocats Skadden dans la IT Tower.

Non loin de là, nombre d’immeubles changent d’affectation entre les vitrines des commerces de destination proches des jardins de l’abbaye de la Cambre. Comme la Porte des Indes ou le tailleur Degand, qui résistent encore aux turbulences locales. Plus loin, à l’ombre de la Tour Generali, une enseigne connue de tous les Bruxellois, Dominique Rigo, a récemment créé l’événement en baissant le volet. Partout, les petits commerces de proximité recréent du lien éphémère à front de rue. Tout comme d’ailleurs les projets d’hôtels de petite taille. Plus surprenant: "Malgré la crise, la chaîne néerlandaise CoolBlue (produits électroniques) va y ouvrir une vitrine. C’est plutôt bon signe pour le commerce local, même si le quartier semble changer de paradigme… et de loyers", indique Pierre-Paul Verelst. En effet, Miele a récemment choisi l’avenue pour y loger son flagship bruxellois (qui y est présent depuis décembre 2019).

Manque de bureaux neufs

Au n°149, l’ex-tour Generali va enfin être entièrement rhabillée par son nouveau propriétaire, Patrizia Immobilien. Mais le Cabinet d’avocats Baker & McKenzie, qui y loue cinq étages, n’y aménagera pas ses nouveaux bureaux. Il a préféré déménager place Rogier dans le Manhattan revisité, où il posera ses dossiers au 22e étage dès juillet. Une petite révolution pour un bureau ancré depuis 1997 dans ce quartier couru par les professions libérales. Ses collègues de DLA Piper font également leurs caisses. L'immeuble qu'ils occupaient au 104-106 de l'avenue sera bientôt rénové lui aussi.

D’autres sociétés ont fait ou vont faire de même. "Si vous cherchez plus de 3.000 m2 de bureaux neufs, c’est la croix et la bannière pour trouver avant trois ans au moins. Il y a bien trois étages (21 à 23) qui se libèrent en haut de la Tour IT d’AG Real Estate, mais ils sont déjà réservés...", soupire le conseil en immobilier Charles Lasserre (BelSquare). Selon nos informations, il s’agirait du bureau d’avocats Skadden, qui prendrait la place laissée vide par McKinsey. La finalisation de la transaction est imminente. Le loyer négocié, annoncé autour de 280 euros le m2 par an, sera sans doute le plus élevé pour l’avenue. 

Quand la demande excède l’offre

Un signe qui ne trompe pas: un tiers de la prise en occupation d’espaces de bureaux s’est concentré l'an dernier dans l’artère sur un seul immeuble, le Platinum. Un espace important s’y est libéré d’un coup suite au départ du SPF Politique Scientifique vers le Quartier Nord. "Si les deux négociations en cours se finalisent, on y atteindra 265 euros le m2 par an. Et cela risque encore de monter", précise l’agent. Un constat qui a sans doute convaincu Silversquare, malgré la conjoncture actuelle: le gestionnaire belge ouvre cette semaine un nouveau centre de coworking dans le socle de cet immeuble-repère du quartier, au n°231, non loin de la vitrine de McLaren.

Juste à côté, l’immeuble appartenant à Fédérale Assurance va être rénové et agrandi. La Commission de concertation avait lieu cette semaine.

Charles Lasserre fait ses comptes. Hormis la rénovation de la Tour Generali, rebaptisée Louise Tower, on compte sur les doigts d’une main les projets de bureaux neufs. Ceux-ci n’offriront d’ici 2025 que 25.000 m2. Au mieux, si tout se passe bien malgré les retards et les turbulences liés à la crise sanitaire. 

En contrebas, le quartier voisin des étangs d’Ixelles est devenu un des lieux de villégiature les plus recherchés du sud de la capitale. Un nouveau village, dont l’identité s’est encore renforcée avec le récent confinement. Comme d’ailleurs celui du Châtelain, à l’autre extrémité de la commune, côté Saint-Gilles. Entre ces deux pôles très prisés aujourd’hui – et pas seulement par les expats français fortunés, le dernier tronçon de l’avenue Louise se repeuple et se gentrifie rapidement. Un projet neuf commercialisé à l’angle avec la rue de l’Aurore se négocie d’ailleurs à des prix qui situent le profil de la demande: plus de 7.000 euros le mètre carré. 

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