L'idée de voir l'UE fuir Bruxelles doit rester de la science-fiction

©BELGA

Les institutions internationales dans la capitale génèrent à elles seules 1% du PIB du pays. Un départ de l’UE serait une catastrophe.

Lorsqu’on pose la question aux premiers concernés, c’est-à-dire les élus, les investisseurs, les immobiliers et les commerçants, en ce compris les hôteliers et les organisateurs de conférences, pour ne citer que ceux-là, la réponse est unanime : "si l’Europe devait quitter Bruxelles, nous serions tous ruinés". Mais d’ajouter dans la foulée: "l’Europe ne quittera jamais Bruxelles..."

Jamais ? S’il fallait rassembler autour d’un dénominateur commun l’ensemble des opinions sur la question rarement abordée publiquement de savoir si un jour l’Europe pourrait quitter Bruxelles, on dirait : "la probabilité est très faible, mais on ne peut totalement l’exclure". Notamment si le pays devait éclater.

Ce qui aux yeux de beaucoup et quoi qu’on en dise, est tout aussi improbable.

Précompte immobilier

Pour imaginer le préjudice que subirait Bruxelles - et la Belgique toute entière si d’aventure elle devait perdre son statut de capitale internationale, il suffit de glisser le signe "moins" devant tous les chiffres qu’alignent les nombreuses études réalisées au cours des dix dernières années sur la plus-value qu’apporte ce statut (1).

L’Europe à elle seule occupe 40.000 personnes, statutaires et autres (voir L’Echo du 24 juillet dernier), auxquelles il faut ajouter les lobbyistes, les journalistes, les diplomates et les cadres occupés dans des entreprises internationales, soit 20 à 25.000 personnes selon les sources.

Imagine-t-on ce que signifierait le départ de 60.000 personnes et leur famille, soit 120 à 150.000 personnes, dont les deux tiers habitent Bruxelles-Capitale ? Ixelles sans ses 8.000 Français ? Les deux Woluwé sans leurs 3.000 fonctionnaires européens ? "Bof, ils ne paient pas d’impôts", entend-on parfois dire. Ils ne paient pas d’impôts sur le revenu, mais ils paient leur précompte immobilier à la Région et des centimes additionnels communaux comme tout le monde.

Patrimoine

On peut considérer que 3 millions de m2 de bureaux environ sont occupés à Bruxelles et alentour par l’Europe, ses oeuvres et ses pompes. Cela fait près de 25% du stock total, lequel souffre déjà d’un taux d’inoccupation de plus de 10%. Inutile de commenter le fait que ce taux puisse passer à 35% : ce serait tout simplement la ruine du marché bruxellois des bureaux et, par ricochet, des autres grandes villes du pays. L’effondrement des prix et des loyers dans la capitale aurait tôt fait de générer une concurrence régionale effrénée.

"Les bureaux, on s’en f...", osent avancer certains. Erreur funeste : les bureaux constituent une part considérable du patrimoine de nombreux investisseurs institutionnels, notamment les compagnies d’assurance où sont logées nos assurances de groupe et nos assurances vie, ou les instruments de placement populaires que sont les sicafi. Le portefeuille d’Odette Toulemonde serait la victime d’un énorme tremblement de terre.

Onde de choc

Quant au résidentiel, même si l’on entend parfois certaines voix dire qu’une purge des prix permettrait à bien des ménages d’acquérir le logement dont ils rêvent, il souffrirait sans doute bien au-delà de ce que l’on imagine.

Le réseau d’agences immobilières ERA publie chaque année une étude comparative du niveau moyen des prix du logement en Europe (2). La Belgique est un des pays où ces prix sont les plus raisonnables (compte tenu du PIB par habitant) et elle compte, selon les sources, 70 à 80% de propriétaires. Un effondrement des loyers beaucoup d’étrangers sont locataires et un assèchement de la demande internationale acquisitive les agences immobilières du sud-est de Bruxelles ont de nombreux clients "européens" - provoqueraient un recul des prix qui placerait la valeur de ces biens en dessous de la moyenne européenne et généreraient une onde de choc dont l’impact serait énorme sur le patrimoine immobilier des Belges.

200 à 300 euros par jour

Le secteur du tourisme à Bruxelles repose à concurrence de près des deux tiers sur le tourisme d’affaires, lequel est dépendant pour la moitié environ du statut international de Bruxelles. On estime que le nombre des nuitées liées à la présence de l’Europe à Bruxelles se situe entre 2 et 3 millions (1). Leur perte serait catastrophique pour un secteur hôtelier dominé par les grandes chaînes où l’on n’a pas pour habitude de tergiverser : les fermetures seraient quasi immédiates.

Une étude réalisée en 2002 donc avant le dernier élargissement de l’Europe a chiffré à 33.000 le nombre des emplois générés par le tourisme dans la capitale, soit 5% de l’emploi total. On n’ose imaginer l’impact qu’aurait la perte d’une grande part de ces emplois, dont beaucoup n’exigent que peu de qualification, dans une Région où le taux de chômage dépasse déjà les 20%.

Que dire alors du secteur MICE (pour “Meetings, Incentives, Conventions/Congresses and Exhibitions/Events”) et des 200 à 300 EUR par jour que dépensent les congressistes de passage à Bruxelles ? Que diraient les commerçants ? Ces activités seraient frappées de plein fouet par le fait que Bruxelles perdrait son statut de 4ème ou 5ème (selon les sources) ville de congrès au monde.

Ponction

Tout bien considéré, et ce calcul est repris dans plusieurs études (1), on peut estimer entre 5 et 10% la valeur ajoutée issue de la présence des institutions européennes à Bruxelles. Sur cette base, le statut international de la capitale contribuerait à concurrence de 7,5% environ au produit intérieur brut (PIB) de la Région de Bruxelles Capitale, laquelle assure à elle seule 20% du PIB de notre pays. Faites le calcul : 7,5% de 20%, cela fait 1,5%. Le coût du départ de l’Europe de Bruxelles serait donc de 1,5% du PIB. Qui oserait imaginer une telle ponction ?L

(1) Notamment "Impact socio-économique de la présence des institutions internationales à Bruxelles", ULB-IGEAT, mars 2007. Voir aussi les estimations du Bureau de liaison Bruxelles Europe.

(2) ERA Europe Market Survey 2007-2008.

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