interview

Le CEO d'Atenor sur ses projets immobiliers bruxellois: "Le MR s’en prend directement au monde de l’entreprise"

"La Commission reste totalement favorable au projet Loi 130. Et à celui du Centre de conférences voisin également. Prétendre le contraire est scandaleux!"

Il revient de Londres, où Atenor prospecte désormais. Et il plante directement le décor: ce qu’est devenu le quartier de Saint-Pancras et King Cross est un exemple pour tous les décideurs européens qui manquent d’ambition pour leur métropole. Reste que Stéphan Sonneville assume dans le même temps son addiction à Bruxelles et à la ville en général, malgré les lenteurs et lourdeurs administratives qui empêchent de la rendre plus habitable et agréable.

Il sait de quoi il parle, le patron d’Atenor, visé pour l’instant par des procédures judiciaires interminables qui compliquent le développement et la commercialisation de ses projets au cœur du quartier européen. Mais il ne se démonte pas pour autant et donne d’emblée le ton de l’entretien accordé à L’Echo en pleine procédure.

“Mettons les choses au point concernant ces recours à répétition: il y a eu un premier arrêt rendu par le Conseil d’État, oui. Mais il visait un cadre réglementaire: le Règlement régional d’urbanisme zoné (RRUZ) lancé sur le périmètre du quartier Loi. On savait qu’un risque juridique existait, et donc des procédures de recours pendantes. Qui n’ont rien à voir avec la volonté politique d'aller de l’avant dans cette zone stratégique sur le plan international. De notre côté, lors de l’introduction de notre permis tant pour le projet mixte The One que pour Realex – qui devrait héberger le nouveau Centre de conférence de l’UE, notre étude d’incidence tenait déjà compte de ce risque pendant.

C’est-à-dire? Vous avez couru deux lièvres à la fois?
Le nouveau cadre réglementaire (RRUZ) n’était encore qu’un projet. On a donc réalisé nos études techniques dans les clous du précédent RRU (Règlement régional d’urbanisme) qui ne souffrait plus aucun recours. Le cadre légal du RRUZ mis hors jeu par le Conseil d’État, on s’est tout naturellement replié sur le cadre réglementaire précédent pour faire valider notre permis dans tous les cas.

"C’est à se demander si certains représentants locaux du MR ne sont pas des poulets sans tête qui courent en tout sens à la recherche des voix."
Stéphan Sonneville
CEO Atenor

Et la transparence, la logique politique, dans ces histoires très procédurières?
Heureusement qu’elles existent! Une volonté politique régionale et européenne conjointe a débouché – il y a plus de dix ans – sur un plan d’urbanisme appelé Périmètre Urbain Loi (PUL), porté alors par un architecte-urbaniste de renom, Christian de Portzamparc. Aujourd’hui, certains politiques locaux – qui ont validé ce plan – ont des trous de mémoire et retournent leur veste.

Vous parlez de qui?
Notamment de l’ancien échevin de l’Urbanisme à la Ville de Bruxelles, Geoffroy Coomans de Brachène. Il semble avoir oublié qu’il y a eu un concours international, un jury reconnu et plusieurs débats démocratiques cadrant le futur du périmètre européen. Si ce PUL a été mal traduit sous sa forme réglementaire, ce n’est pas une raison pour jeter le bébé avec l’eau du bain. Et le nouveau plan d’aménagement directeur visant actuellement la zone concernée, le fameux PAD Loi que certains jettent déjà aux orties, n’est rien d’autre que la traduction régionale de cette volonté politique d’aller de l’avant.

"J'espère que le Commissaire Reynders aura à cœur de rectifier la vérité, quitte à contredire les élus locaux de son parti et leur combat de bac à sable."

Quelle était exactement cette volonté?
De confirmer la nécessité d’enraciner durablement l’Union européenne à Bruxelles, au cœur de son quartier historique. Et de l'inscrire dans un périmètre plus attractif, mixte et dense. À ce titre, je vous fais remarquer que le Parlementarium (et ses abords) est un des endroits les plus visités de la capitale. Il est dans le top 5. Le Parlement européen s’est d’ailleurs engagé à réaliser des investissements, notamment dans les aménagements du Parc Léopold voisin.

Rien donc à redire concernant cette rapidité exemplaire de la Région à faire valider votre permis bis? Sur cette vélocité à faire approuver le(s) PAD?
Restons sérieux: ce permis bis, octroyé fin octobre dernier, ce n’est qu’une formalité. Et ce n’est que normal que l’autorité de tutelle me délivre un permis en bonne et due forme pour combler un vide juridique. Normal que cette même administration trouve rapidement une solution pour s’inscrire dans le cadre légal en vigueur, même si les associations qui avaient déjà introduit un recours contre le précédent permis récidivent contre le nouveau.

"J'espère que le Commissaire Reynders aura à cœur de rectifier la vérité, quitte à contredire les élus locaux de son parti et leur combat de bac à sable."
Stéphan Sonneville
CEO Atenor

Vous avez prétendu qu’on détournait le sens des recours et que les motivations étaient caricaturales. Vous persistez?
Et comment! L’exercice d’un droit démocratique comme celui du recours est non contestable dans sa forme, j’insiste. Mais ici, ce droit est détourné par une frange de l’opposition politique locale pour mener un combat stérile et de bas niveau. Les moyens utilisés – au nombre de 5 – sont soit fallacieux, soit non fondés en droit, soit encore balayés par la jurisprudence existante. C’en est savoureux de naïveté, mais assez pitoyable. Le comble, c’est que certains abusent d’un droit pour se répandre dans la presse en affirmant que la tour The One, que nous avons construite et vendue, doit être rasée. Où va-t-on avec des postures caricaturales pareilles? C’est n’importe quoi. Notre permis est parfaitement valable et cette tour ne sera jamais détruite. Au pire, elle sera rénovée quand le propriétaire le décidera, développement durable oblige.

Le fond de l’affaire ne serait donc qu’un prétexte?
Je constate notamment que le MR, par le biais de quelques représentants locaux qui veulent faire des voix dans le quartier concerné avec des artifices populistes, s’en prend directement au monde de l’entreprise – et même à la présence de l’Union européenne à Bruxelles – en s’associant à des ONG comme Inter-Environnement Bruxelles. C’est à se demander si certains ne sont pas des poulets sans tête qui courent en tout sens à la recherche des voix. Et comme la majorité actuelle n’est pas très ancrée dans ce quartier stratégique, l'opposition tente d’y trouver une assise électorale. Au risque d’y freiner l’installation du futur Centre de conférences européen. Il est temps qu’un chef de file remette un peu d’ordre.

"La Commission reste totalement favorable au projet Loi 130. Et à celui du Centre de conférences voisin également. Prétendre le contraire est scandaleux."
Stéphan Sonneville
CEO Atenor

Certains de vos détracteurs prétendent que la Commission européenne serait prête à revoir son projet de concentrer le gros de ses troupes sur l’îlot Loi 130, sur lequel un concours d’architecture a récemment été lancé...
Fake news! La Commission reste totalement favorable au projet Loi 130. Et à celui du Centre de conférences voisin également. Prétendre le contraire est scandaleux. Et j’espère que le Commissaire Reynders aura à cœur de rectifier la vérité, quitte à contredire les élus locaux de son parti et leur combat de bac à sable. Les quelques 'intégristes' qui s’opposent aujourd’hui à la présence de l’Europe dans leur quartier sont ceux qui en ont le plus profité financièrement, en voyant la valeur de leur maison décupler en quelques années.

Et ce PAD, rebaptisé par certains “Plan d’aménagement dictateur”, respecte-t-il le processus démocratique?
Que je sache, il y a une enquête publique préalable. La dictature serait de ne pas en faire. Ou d’empêcher la majorité d’exercer son droit démocratique pour avancer. Ce PAD actuellement en préparation a fortement évolué, depuis le début. C’est loin d’être, comme certains le prétendent, un chèque en blanc donné aux promoteurs privés. Que du contraire: sur chaque projet spécifique, on est obligé d’insérer du logement alors que le bon sens voudrait qu’on privilégie quasi à 100% la fonction bureaux sur la rue de la Loi, en concentrant le logement dans les squares et les rues environnants, plus calmes et accueillants, comme le square Frères Orban, par exemple. La Commission européenne elle-même n’a que trop tardé à rénover les bureaux cloisonnés qu’elle occupe, à les rendre plus ouverts, économes en énergie et en dépenses structurelles. Pour cela, il faut planifier les déménagements, quitter d’anciens bâtiments obsolètes et rejoindre sans tarder d’autres immeubles plus respectueux de l’environnement. L’urgence climatique a durci le trait.

Changeons un peu de quartier. Vous portez également un projet sur un autre pôle européen bruxellois: celui de Beaulieu à Auderghem. Là aussi, même combat?
Bien sûr. La pérennité de ce pôle est confirmée par la Commission. Mais elle y occupe notamment un immeuble baptisé le “radiateur” tellement il consomme et est poreux. Nous allons proposer de rénover les immeubles de bureaux que nous venons de racheter. Là aussi, nous nous inscrivons dans un nouveau PAD (Herrmann-Debroux), d’ailleurs le plus vaste au niveau régional. Ce PAD pourrait prendre plusieurs mois pour atterrir. Nous introduirons donc nos demandes de permis sans l’attendre, en tenant néanmoins compte de ses grandes lignes et en rénovant de fond en comble. Un dialogue préalable avec la commune est prévu, bien sûr. Dans quelques semaines, nous proposerons à la Commission européenne, propriétaire de quasi tous les autres immeubles – à rénover – du quartier, d’entamer un dialogue en vue d’occuper nos murs une fois rénovés. Elle a à Beaulieu suffisamment d’espace pour jouer les chaises musicales durant le chantier. De notre côté, on s’engagera à faire de ces bâtiments obsolètes un modèle de bureaux du futur.

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