Le Conseil d'État annule un important permis d'urbanisme

Dans son arrêt rendu le 7 mai dernier, le Conseil d’État annule le permis d’urbanisme accordé en 2016 à Ghelamco pour la construction de l’immeuble Spectrum sis le long du boulevard Bischoffsheim, non loin de la place Madou et du quartier Notre-Dame-aux-Neiges.

L'immeuble de 20 étages de bureaux (flanqué de 22 appartements adjacents) en question est aujourd’hui terminé… et déjà revendu par le promoteur immobilier Ghelamco (Belalan Bischoffsheim Leasehold) au fonds immobilier allemand Deka pour une somme modique avoisinant 100 millions d’euros. "Nous avons affaire à l’un de ces promoteurs immobiliers qui construisent à Bruxelles pour revendre le plus vite possible. Les habitants ne peuvent s’empêcher de penser que cette stratégie s’accompagne d’une grande indifférence par rapport au quartier où l’immeuble est implanté", réagit Marie-Anne Swartenbroekx, une des plaignantes, au nom du Comité de quartier Notre-Dame-Aux-Neiges (ou des Libertés). Cette habitante du coin, qui se présente comme Magistrate honoraire, se bat depuis de nombreuses années contre divers projets immobiliers qui, selon elle, dénaturent le caractère patrimonial et familial de cette zone historique urbaine pas comme les autres, proche de la bien nommée place de la Liberté bientôt entièrement rénovée.  

Revenant sur l’intrusion reprochée aux promoteurs immobiliers, celle-ci insiste, en marge de l’annulation du permis par le Conseil d’État suite au recours en annulation qu’elle portait (avec deux autres plaignants) contre la Région bruxelloise, responsable de la délivrance dudit permis: "Une des manifestations de l’indifférence affichée par Ghelamco à l’égard du quartier fut un chantier particulièrement désastreux marqué par de nombreux incidents dont la voirie garde toujours des traces, particulièrement rue du Nord. Mais pour cela, le Conseil d’État n’est pas compétent…" 

La balle dans le camp régional

Bouclant le quartier des Libertés, l'immeuble neuf d'une vingtaine d'étages est jugé disproportionné par certains habitants.

C’est l’autorité délivrante qui doit exécuter l’arrêt en remotivant adéquatement le permis au regard des nombreuses dérogations du RRU (Règlement régional d’urbanisme) et des réclamations introduites lors de l’enquête publique. Pour Philip Neyt (Ghelamco), il est de plus en plus fréquent que l’autorité publique doive reformuler les motivations d’octroi d’un permis suite à un recours. La balle est donc dans le camp de l’administration régionale, qui devrait revoir sa copie avant l’été prochain pour remettre le permis annulé dans les clous. Ghelamco reste directement concerné par ce dossier à plus d’un titre. Et notamment parce qu’il a logé dans l’immeuble ses nouveaux bureaux bruxellois.

Ce n’est qu’un début…

"S'il le faut, nous envisagerons d'autres recours!"
Marie-Anne Swartenbroekx
Une des requérantes

"Une dérogation, décidée par un acte individuel, ne peut pas porter atteinte aux éléments essentiels d’un document d’urbanisme à valeur réglementaire, ni se révéler inconciliable avec les objectifs d’Aménagement du territoire. S’il le faut, nous envisagerons d’autres recours. Pour les requérants ainsi que pour le Comité de quartier Notre-Dame-aux-Neiges et ses sympathisants, les étages de bureaux qui excèdent en hauteur les limites du RRU et qui portent atteinte aux immeubles classés de la place de la Liberté doivent disparaître!", renchérit déjà Marie-Anne Swartenbroekx, qu'on sent habituée à fouler du pied des rues du quartier aux noms évocateurs, comme celle de l’Association ou de la Révolution. 

 

Lire également

Publicité
Publicité

Messages sponsorisés