"Le particulier ne veut plus assumer le rôle de maître d'ouvrage"

"Pour moi, le triangle particulier-architecte-entrepreneur a en grande partie vécu."

À la veille de l’ouverture du salon Batibouw, la Confédération de la construction wallonne aligne ses chevaux de bataille et fourbit ses chiffres sectoriels. Une fois n’est pas coutume, son directeur général y ajoute aussi quelques coups de griffes.

Quand on lui parle de l’avenir de la grand-messe belge de la construction et de la baisse de fréquentation qu’on y enregistre ces dernières années, Francis Carnoy, le directeur général de la Confédération de la construction wallonne (CCW), préfère élargir le débat sans cibler un seul acteur… qu’il vaut d’ailleurs mieux ne pas se mettre à dos.

"Pour moi, le triangle particulier-architecte-entrepreneur a en grande partie vécu."
Francis Carnoy
Directeur général CCW

"Parlons plutôt de l’avenir des nombreux salons organisés un peu partout dans notre pays et ciblant la construction en général. Je note que tous doivent revoir leur positionnement car le marché immobilier du neuf devient une affaire de promoteurs et d’investisseurs, et non plus de particuliers. Pour moi, le triangle particulier-architecte-entrepreneur a en grande partie vécu. Vu les évolutions sociodémographiques de ces dernières années, le client final – ménage ou personne isolée – achète quasi systématiquement une maison ou un appartement clé-sur-porte à un intermédiaire professionnel. Rares sont les maîtres d’ouvrage qui veulent encore prendre à leur charge la totalité de la construction, devenue trop complexe, exigeante et onéreuse. On voit donc apparaître un nouveau business model dont tous les organisateurs de salon doivent tenir compte et qui brise le triangle qui a prévalu au siècle dernier", pose-t-il.

En résumé, pour Francis Carnoy, le client du fabricant ou du distributeur qui expose des produits pour la construction neuve au salon, ce ne serait donc plus, comme avant, le particulier, mais le promoteur-constructeur. Quant aux nouveaux business models en devenir, ils allient des tendances émergentes – mêlant promotion, bouwteam, emphytéoses, démembrement, partenariats public-privé, agences immobilières sociales, copropriétés, etc. – qui doivent encore être confirmées et renforcées, notamment par le biais de salons plus professionnels.

"Le particulier est resté la pierre angulaire du marché de la rénovation et de l’aménagement, qui représente déjà 70% du public de Batibouw."
Francis Carnoy

"Par contre – et les organisateurs de Batibouw en ont fait leur slogan depuis des années déjà –, le particulier est resté la pierre angulaire du marché de la rénovation et de l’aménagement, qui représente déjà 70% du public de Batibouw", poursuit le directeur général. "Reste que ce marché porteur doit être dynamisé et soutenu par les pouvoirs publics, tout particulièrement en Wallonie", note le représentant des constructeurs wallons, qui fourbit ses chiffres: en 2019, le nombre de permis de rénovation accordés au sud du pays s’est stabilisé à un niveau quasi identique à 2018, soit 11.822 permis.

Selon lui, c’est juste satisfaisant, même si on ajoute tous les chantiers de rénovation qui n’exigent pas de permis de bâtir. Mais en perspective pluriannuelle, ça ne décolle pas, avec un taux annuel plancher de rénovation du parc existant inférieur à 1%. "Pourtant, vu la vétusté et la médiocrité globales du bâti historique wallon, les besoins sont urgents et impressionnants face au défi climatique et énergétique. L’alliance emploi-environnement-rénovation visant à atteindre les objectifs de la Déclaration de politique (DPR) wallonne prévoit de corriger le tir d’ici 2030 et 2050", insiste-t-il, en pressant au passage le gouvernement wallon d’accélérer la cadence pour y parvenir.

Des exposants mécontents prennent la tangente

Des gros bras du secteur, dont Wienerberger, Ytong, Nelissen, Vandersanden ou la société de construction Etienne Piron, présents parfois depuis près de 30 ans au Heysel, jettent cette année un pavé dans la vitrine. Après l'avoir dit tout bas – à l'organisateur d'abord puis à leurs pairs –, ils le disent tout haut: Batibouw est déserté depuis des années, en 3 ans, la fréquentation globale a chuté de 15% et de 23% chez les professionnels.

La formule actuelle – trop chère et trop longue – ne répond plus ni aux attentes des particuliers ni à celles des professionnels. "Les consommateurs recherchent avant tout un service et un accompagnement plus personnalisés que Batibouw ne leur offre plus", ajoute Etienne Piron, le patron de la société éponyme.

Raison pour laquelle les francs-tireurs viennent de lancer des micro-événements alternatifs, qui mettront en avant une nouvelle approche du client... tout en surfant sur le rendez-vous du Heysel.

Activité du secteur en demi-teinte

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Du côté des entreprises dont s’occupe la CCW, le carnet de commandes moyen reste rassurant pour l’instant, avec trois années successives de hausse et 5,8 mois d’activité assurée. "Et contrairement aux chiffres avancés par Graydon récemment, le nombre de faillites dans la construction wallonne reste modéré et stable", insiste le directeur général.

Cette bonne santé confirmée provient, d’après la CCW, surtout des activités en gros-œuvre de bâtiments (+8%). Les permis accordés pour la construction résidentielle neuve (logements) ont encore augmenté (+4%) en 2019, passant de 11.723 à 12.196 permis (chiffre provisoire). La croissance du segment des appartements (50% aujourd’hui, contre 30% il y a 10 ans) dans la production annuelle totale de logements est impressionnante. Deux bémols néanmoins: le recul, enregistré l’an dernier, des carnets de commandes en génie civil (-10%) et la baisse des permis délivrés pour les bâtiments non résidentiels, tant en neuf (-7%) qu’en rénovation (-8%).

Jobs jobs jobs!

En 2019, le secteur de la construction comptait 59.352 emplois salariés en Wallonie, en croissance de plus de 2.000 unités par rapport au creux connu en 2015. La bonne tenue de l’activité du secteur et le contrôle renforcé des travailleurs étrangers détachés expliquent en grande partie cette reprise de l’emploi local.   

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