Le quartier couvert de demain se dessine à Tour & Taxis

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Le quartier couvert développé par Extensa d’ici l’été 2019 sur le site de Tour & Taxis, au coeur de Bruxelles, accueillera des entreprises et des commerces centrés sur les métiers de bouche, le long d’une "rambla" de 270 mètres.

On s’y bouscule déjà (sur papier) alors que le lieu, dont on rénove actuellement la toiture, n’ouvre que dans 15 mois au mieux au cœur du site de Tour & Taxis à Bruxelles. A ce stade, on y annonce en primeur, parmi les futurs occupants des quelque 20.000 m² de bureaux modulaires, l’agence de communication Publicis et le cabinet de conseil spécialisé dans les nouvelles technologies Accenture.

"Ces deux-là ont déjà signé des compromis pour 4.000-4.500 m². On travaille déjà avec Publicis, actuellement logé dans l’ancien Hôtel des douanes, sur le positionnement futur du site. Et nous sommes aussi en discussions avancées avec trois autres sociétés multinationales, qui ont signé des lettres d’intention. On finalise les contrats pour l’instant. 50% du total des bureaux sont donc quasi déjà préloués", précise Kris Verhellen, le CEO d’Extensa, qui chapeaute tout le développement du site de Tour & Taxis et attend impatiemment l’avis de la Commission de concertation organisée par la Ville de Bruxelles, qui statue normalement sur son projet le 25 avril prochain.

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Dans le programme soumis à concertation publique sur base du Plan particulier d’affectation du sol (PPAS) précédemment délivré, un bloc important (20.000 m²) du futur ensemble doit être affecté à des équipements d’intérêt collectif. Pour ce bloc, Extensa est en discussions avancées avec la Région bruxelloise. "On voudrait y loger une antenne d’enseignement pour adultes. Au début, on voulait y créer une ruche pour start-ups. C’est un peu ce qu’on aura, mais ce sont des multinationales qui veulent se réinventer qui occuperont cet environnement initialement prévu pour des start-ups", détaille-t-il.

Une ruche de 4 hectares

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À y regarder de plus près, la Gare maritime se métamorphosera d’ici peu en un véritable quartier couvert multi-fonctions de 4 hectares, avec une large "rambla" centrale de 270 mètres de long. Le sol sera recouvert de béton et de briques ou de klinkers.

On y posera ensuite dix blocs modulaires de 4.500 mètres carrés, dont les façades sont dessinées par Neutelings et Riedijk Architects, déjà sollicités pour dessiner les murs voisins aujourd’hui occupés par l’administration flamande. Chaque module offrira deux étages aménageables sur mesure, certains avec mezzanine (voir visuel ci-contre) et des espaces de rencontres quasi ‘customisés’. "C’est ce qui plaît aujourd’hui… Il y aura également des jardins productifs et éducatifs sur les toits", assure le concepteur.

Les rez, eux, seront commerciaux. Une des surfaces commerciales – la plus vaste – offrira 1.200 m² et sera dédiée à une enseigne de grande distribution qui y déclinera un concept original (lire encadré). Et pour le reste des commerces, on ciblera avant tout le boire et le manger autour d’un grand foodhallaccueillant par moments des chefs étoilés invités.

Mais on y accueillera aussi une locomotive, un ‘anker tenant’, pour attirer les visiteurs jusque là. "On pense à une déclinaison belge du concept ‘Eataly’, autour des produits belges", sourit Kris Verhellen, qui n’en dira pas davantage pour l’instant. À ce stade, il a déjà les ingrédients mais doit encore sélectionner les gens qui pourront les mettre dans l’assiette et qui auront la longueur en bouche voulue pour porter le projet.

Vers un supermarché "pilote"

Les rez-de-chaussée de la Gare Maritime destinés au commerce devraient comprendre notamment un supermarché de 1.200 mètres carrés dédié à la mise en place d’initiatives innovantes.

Qui occupera ce supermarché? Suspense. Les responsables d’Extensa ont contacté plusieurs acteurs du monde de la distribution susceptibles d’être intéressés par ce nouvel espace.

Aucune confirmation n’a pu être obtenue chez Aldi et Delhaize. Lidl, pour sa part, a d’ores et déjà fait savoir qu’il n’était pas intéressé.

Chez Carrefour, on confirme que des contacts ont été noués avec Extensa. Mais le groupe n’a pas encore donné de réponse. "Nous étudions chaque opportunité d’ouverture, mais aucune décision n’a été prise à ce stade", précise Baptiste van Outryve, porte-parole de Carrefour Belgique.

Selon lui, le distributeur à la hallebarde procède déjà à des expériences pilotes dans ses magasins existants. Reste à voir si un supermarché dédié aux projets innovants intéressera Carrefour. Son porte-parole reste prudent. "Le projet est actuellement à l’étude en interne. Une fois celle-ci bouclée, nous reviendrons dans les meilleurs délais avec notre réponse", dit Baptiste van Outryve. Voilà une réponse de Normand qui n’engage pas à grand-chose. Mais elle pourrait être revue en fonction des réactions de la concurrence.

Du côté du propriétaire des lieux, on insiste surtout sur le caractère innovant qui devra faire partie de l’offre commerciale finalement retenue pour animer la grande surface et sur son adéquation avec le futur ADN des lieux.

"À ce stade, on a encore l’embarras du choix et on laisse venir les propositions originales. Mais on souhaite vraiment accueillir un concept expérimental et novateur, un peu comme nous l’avons fait récemment avec l’enseigne Pain Quotidien au rez de l’Entrepôt Royal", insiste pour sa part Kris Verhellen (Extensa), qui évoque également la production de proximité et la fraîcheur comme critères qui feront la différence.

 

Kris Verhellen: "Un lieu que tous les touristes de passage voudront visiter"

Elle se veut résolument ouverte sur l’avenir, cette gare maritime séculaire et désaffectée depuis 30 ans déjà. On préservera ce qui fait son ADN, son charme et sa modernité intemporelle. Mieux: grâce au travail d’archiviste mené par plusieurs spécialistes de l’ULB, on redonnera à la charpente métallique unique longue de près de 300 mètres son lustre d’antan. À l’identique, comme au temps où elle accueillait des trains entiers chargés de marchandises, prêts à être transvasés dans les bateaux arrimés au canal proche.

Kris Verhellen, le patron d’Extensa, la société en charge du développement de tout le site de Tour & Taxis, nous explique les détails du projet.

Quelle est votre ambition globale sur ce site emblématique?

On veut vraiment en faire un lieu que tous les touristes de passage à Bruxelles voudront venir visiter et que tous les acteurs ambitieux voudront expérimenter et animer différemment. Sans être prétentieux, depuis l’atomium, il n’y a plus eu d’ambition de ce style à Bruxelles. On tourne en rond. Il est grand temps de changer le programme. Rappelez-vous que, il y a 200 ans, ce lieu a été bâti avec démesure et avec une ambition internationale.

Est-ce bien le rôle d’un promoteur immobilier?

Je le pense. Regardez ce que nous avons expérimenté sur l’Entrepôt Royal il y a dix ans. Je suis convaincu que l’époque où les promoteurs se contentaient de gagner de l’argent avec la brique pure et dure est derrière nous. La composante ‘services nodaux’, le software, fait désormais intrinsèquement partie de notre ADN, à côté du hardware, les murs. Et c’est autrement plus épanouissant, créatif et durable que de construire des cages à poules! Nous co-créons aujourd’hui les conditions idéales pour que d’autres puissent innover. C’est un win-win à terme. On aura désormais le décor pour raconter une histoire de bouche; reste à provoquer les bonnes rencontres. Ce n’est pas évident, mais on y travaille. Et on en a l’ambition.

Comment ferez-vous le lien entre les sociétés logées dans les étages et les commerces?

Rien n’empêchera certains occupants logés aux étages de déborder sur le rez-de-chaussée, s’ils veulent animer la large rue principale intérieure, longue de 270 mètres et entièrement couverte. Celle-ci pourra notamment accueillir des animations d’archi-culture (architecture et culture combinées), permanentes ou sous forme de biennales. Des ‘serpentine galleries’, comme on les appelle à Londres. On gardera également énormément d’accès latéraux historiques existants, pour le fret et les livraisons des magasins.

On parle également d’une école des métiers. On cite notamment le nom d’André Van Hecke (Exôzt), l’ancien patron du Cercle de Wallonie et administrateur de la Belgian Foundation for Food Sciences. Vous pouvez expliquer?

À côté des commerces et de l’offre horeca, un troisième volet sera anglé ‘Food Academy’, avec des ateliers de formation pratique et même un nouveau Master reconnu en sciences alimentaires (de la fourche à la poubelle), avec un volet très éthique autour de l’art culinaire. On est notamment en discussion avec les universités pour élaborer ce programme.

Revenons sur le contenant… Quel va être le matériau principal des modules bâtis sous la charpente historique en acier historique?

Nous allons construire tous les modules en bois laminé croisé (CLT). Ils seront pré-montés en atelier et assemblés ensuite in situ. Comme on ne peut pas envahir le site avec des grues immenses, on va construire comme si c’était un immense meccano en bois. On sera en outre au sec, sous la toiture; ce qui permet de construire en bois et rapidement, avec logiciel BIM commun à tous les acteurs du chantier, des concepteurs aux sous-traitants. Ce sera le plus grand projet de ce type en Europe dans cette matière-là, je pense. On le fait pour réduire notre bilan CO2 et pour adoucir l’aspect très industriel du hall existant.

Concrètement, quel est aujourd’hui votre rétroplanning idéal?

Nous espérons obtenir les permis pour les modules intérieurs avant l’été prochain. Et puis, cela devrait avancer relativement rapidement car il n’y a pas de sous-sol à bâtir. Un an plus tard, pour l’été 2019, les premiers locataires pourraient animer le lieu. Si la commercialisation continue comme elle a débuté, tout sera rempli pour l’ouverture.

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