Le site de l'ex-RTT à Lessive devient un village pour personnes âgées

©Asymétrie/Altiplan

Sur le site de l'ex-RTT à Lessive, l'entrepreneur liégeois Christophe Nihon va faire construire un "Smart Life Eco Village". Ce concept permettra aux aînés de rester actifs dans un milieu rural adapté à leurs besoins, services hôteliers compris.

Sur les hauteurs de Han-sur-Lesse, à quelques encablures du domaine royal de Ciergnon et du village de Lessive (commune de Rochefort), le site Belgacom (ex-RTT) végète depuis plus d’un quart de siècle déjà. Pourtant, entre 1970 et 1991, alors qu’il était un fleuron national pour le secteur des télécommunications, il en a vu passer des têtes, blondes et moins blondes, largement dégarnies aujourd’hui, comme celle de l’actuel propriétaire des lieux.

Plus de trois millions de Belges l’ont alors visité. Depuis, toujours repérable de loin grâce à ses immenses paraboles blanches dépassant la cime de la forêt, il continue à dégager une atmosphère hors du commun, à la fois connectée et déconnectée.

C’est cette histoire forte et unique, la richesse naturelle et bâtie historique du site, qui a séduit il y a deux ans un entrepreneur liégeois un peu fou, Christophe Nihon. D’abord mandaté par Connectimmo, la filiale immobilière de Belgacom, pour revendre le site de quelque 43 hectares à un investisseur et démotivé par le peu de retours qu’il avait, celui-ci a alors décidé, sur un coup de tête, de racheter lui-même le site... Mais pour en faire quoi?

Le projet va être présenté à Cannes, lors du marché immobilier Mipim.

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Nom de baptême: le Jardin des Paraboles

Donc, de quoi s’agit-il au juste? Que va donc replanter ce courtier mué en professeur Tournesol au pied de ces paraboles obsolètes qui n’envoient plus depuis des lustres de signaux à personne et dont la puissance émettrice est d’ailleurs dépassée par un minuscule amplificateur aujourd’hui?

"Il s’agit d’un projet sociétal et immobilier au concept vraiment unique en Belgique, axé sur une localisation exceptionnelle et sur une construction intégrée autour d’une mixité générationnelle", résume l’entrepreneur atypique Christophe Nihon.

L’objectif visé? La création par étapes, d’ici 2028, d’un "Smart Life Eco Village" invitant les aînés à rester actifs dans un milieu rural adapté à leurs besoins et à leurs aspirations de bien-être, tout en proposant des services hôteliers.

Que sera ce "Smart Life Eco Village"?

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En gros, ce projet aujourd’hui abouti sur papier et sur plan prévoit le développement d’un village-service intégré divisé en plusieurs zones et offrant une multitude de services de proximité, de soins et de sécurités préventifs "pour profiter le plus longtemps possible d’une vie indépendante, agréable dans un environnement rural et forestier à la fois privé, préservé et facilement accessible", précise le premier dépliant diffusé cette semaine.

Les résidences-service intégrées sur le site seront individuelles ou groupées, aménagées dans un voisinage convivial avec des services personnalisés et collectifs de qualité. Le village-service à bâtir s’appuiera largement sur l’infrastructure existante, bien conservée et de qualité. Il privilégiera les piétons et les concepts de mobilité douce, avec parking de délestage à l’entrée du site de 50 hectares. Sur le site, la circulation intérieure se fera via des véhicules électriques autonomes lents et sur des sentiers et chemins reliant l’ensemble des constructions.

L’habitat adaptable, en ossature bois, sera évolutif selon les besoins des résidents et mis à disposition). A titre d’exemple, les résidences-service individuelles seront construites de plain-pied (bungalows). Leur conception et leur emplacement seront spécialement étudiés en fonction du concept de village-service et répartis en quatre phases couplant école, bungalows 1 ou 2 chambres (160 unités), immeubles d’appartements (96 unités), maisons communautaires (4 ensembles de 5 unités) et unifamiliales (80 unités).

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A ce volet résidentiel sera ajouté un programme ‘services adaptés’ avec résidences-service (110 unités), maison de retraite (110 lits) et un centre polyvalent de santé et de bien-être. Le volet ‘nature’ du site ne sera pas oublié avec plusieurs potagers collectifs, un parcours santé et des espaces de détente (plaine de jeux, piscine, etc.).

"Je sais que certains diront que ces paraboles m’ont fait définitivement perdre la boule, mais je pense également accueillir sur le site historique un ‘musée’ des télécommunications et rénover la salle de conférence existante. Je voudrais aussi offrir sur le site des logements éphémères sous la forme de cabanes et de yourtes. Et je rêve aussi de garder mes superbes dentelles - les paraboles – en les rhabillant de couleurs par le biais d’un concours de ‘street art’", décline Christophe Nihon en jurant qu’il n’a jamais été aussi sérieux.

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La preuve ? Le projet, d’abord présenté aux édiles politiques locaux et régionaux, a commencé à séduire tout le monde, y compris les riverains. La porte du domaine leur sera d’ailleurs rouverte, avec accès à un coin presse, un dépôt de pains, des produits biologiques et locaux; mais aussi à un restaurant de qualité et des commerces…

 C’est pour quand?

La construction des différentes zones s’envisagera de manière phasée sur une durée d’environ 10 ans. A terme, le budget global devrait atteindre plus de 90 millions d’euros. "Nous espérons terminer le dossier technique des voiries et introduire le dossier cadrant le plan d’urbanisation (CU2) auprès des autorités compétentes pour la fin du mois de mai", pose le développeur de projets, qui a confié au bureau d’architectes Altiplan la conception de l’urbanisation.

Les dessous du projet

"Avec ma seule connaissance de ce qu’on ne pouvait pas y développer, vu les difficultés urbanistiques, j’ai négocié une option de rachat sur le terrain, car le ver était dans la pomme. Après sept mois, l’opportunité de remembrer l’entièreté du site s’est présentée avec la faillite de l’indien BSS, le dernier opérateur sur le site, et ses paraboles sur 6 hectares. Je l’ai saisie. J’ai ensuite commencé à rêver, à analyser les marchés, à tâter discrètement le terrain professionnel et politique. J’ai éliminé plusieurs options "cul-de-sac". Ensuite, j’ai tout monté moi-même, avec le soutien de ma compagne, et quelques amis proches et de confiance… qui m’ont bien sûr mis en garde quand j’ai mis en gage ce que je possède pour financer les premières étapes du projet qui prenait corps", raconte Christophe Nihon, avec un rire bruyant qui lui fend la bouille.

Un an après le grand saut et de fertiles tractations avec tous les décideurs politiques concernés et leurs administrations, tous les feux semblent passer progressivement au vert. C’est la raison pour laquelle, en précipitant, comme à son habitude, un peu les choses pour les provoquer, Christophe Nihon dévoile son projet à la veille du Mipim cannois, où ils seront – lui et son projet – incontournables sur le stand de l’Awex, l’Agence wallonne à l’exportation. "Par cette collaboration, j’espère vraiment participer au développement de la filière "silver économie " wallonne tout en créant de l’emploi local et durable d’ici deux ans", lâche le courtier-promoteur-investisseur liégeois.

 

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