Les entreprises générales de construction en très mauvaise posture financière

Le tunnel Schuman - Josaphat et la liaison ferroviaire Diabolo vers Zaventem: un des grands ouvrages d'art menés par BAM Belgique ces dernières années. ©ADEB

Un comparatif des derniers bilans annuels (2019) des principales entreprises de construction générale a de quoi inquiéter leurs clients. D’autant qu’il s’agit d’une prise de température avant même les premiers effets du confinement.

Les principaux indicateurs référencés auprès de la BNB par 15 principales entreprises de construction(*) parmi les plus actives sur le territoire belge ont de quoi inquiéter. La santé financière et la résilience de ce secteur, grand pourvoyeur d’emplois indirects et de rentrées fiscales, sont au plus bas tant la rentabilité moyenne des sociétés listées est rabotée, voire sous la ligne de flottaison.

Marc Peeters, le patron de BAM Belgique, laissera sa veste fluo au vestiaire en fin d'année. ©ADEB

RECTIFICATIF

A la demande de Marc Peeters, nous publions ce correctif: le patron de BAM Belgique n'a pas été remercié. Son poste a été supprimé. "J'avais le choix entre rester dans la structure ou reprendre ma liberté. J'ai préféré cette seconde option", nous demande-t-il de préciser. Il devrait nous faire savoir, début 2021, où il poursuivra sa carrière. Toutes nos excuses pour ce détail, qui a son importance même si le résultat est identique.

Un récent événement appuie ce constat de mauvaise santé qui couve. BAM Group (NL), un des plus puissants groupes de construction générale européens, vient de remercier son patron belge, Marc Peeters, dont le poste sera supprimé. Les résultats du groupe, très présent depuis 20 ans dans notre pays via des filiales comme Interbuild, Kairos ou Galère, sont plombés.

Au cours des 18 derniers mois, le cours de l'action BAM est passé de 4,3 euros à 1,2 euro. Et le bénéfice fond comme neige au soleil: sur les 9 premiers mois 2020, il fait déjà face à une perte de 81 millions d'euros. Ruud Joosten, le tout nouveau CEO, a d’ailleurs annoncé une réorganisation majeure imminente pour juguler l’hémorragie. Une réduction de voilure et du personnel est sur la table.

La filiale belge de BAM en sursis?

Fin 2020, dans le contexte de la réorganisation internationale en cours, l’avenir de la filiale belge sera scellé. Suite à la cession de certaines activités, BAM Belgique est déjà progressivement passé de 2.100 à 1.600 salariés. Et les départs n’ont pas cessé ces derniers mois. Le chiffre d'affaires est, lui, passé de 1 milliard à 650 millions d'euros. Signe du malaise actuel, la maison mère néerlandaise a pris récemment la décision de se retirer fortement du chantier anversois de l’Oosterweelverbinding et du tunnel sous l’Escaut. Et selon plusieurs sources, il est même question que BAM, qui avait notamment décroché le contrat du nouveau siège de l’Otan, se retire purement et simplement du marché belge. Contacté, le patron sortant dit ne vouloir faire aucun commentaire sur ce dernier point. Mais il confirme bien le retrait partiel du méga-chantier anversois.

"Il est vrai que BAM Group a pris la décision de se retirer partiellement du méga-chantier anversois de l'Oosterweelverbinding."
Marc Peeters
Executive Director BAM Belgium

Rentabilité et liquidités en berne

Cette actualité BAM récente n'est que l’arbre malade qui cache une forêt qui ne se porte guère mieux. Les principaux groupes concurrents sur notre marché, Besix ou Willemen par exemple, font eux aussi la soupe à la grimace. Plus aucun ne semble faire du profit pour l'instant. "Les sociétés de promotion immobilière devraient s'en inquiéter lors de la rédaction de leurs prochaines adjudications. Elles pourraient voir les prix augmenter ou ne plus trouver d'entrepreneurs si elles ne revoient pas sérieusement leurs marges à la baisse...", prévient un grand patron du secteur.

8 sur 15
entreprises
C'est le nombre d''entreprises de construction du panel analysé qui affichaient encore l'an dernier un bénéfice net après impôts positif. Mais la moyenne est, elle, négative pour la première fois depuis 5 ans.

Si l’on prend la moyenne des 5 dernières années (2015-2019), les réserves de cash disponibles (endettement net) sont négatives pour 11 entreprises sur 15. Plusieurs accumulaient déjà, avant même la crise sanitaire, des dettes dépassant 25 voire 30 millions d’euros. La rentabilité des fonds propres du secteur pique également du nez l'an dernier: de -56% en moyenne, avec un plus bas inédit à -655% pour Strabag Belgium.

Quand on se penche sur le bénéfice net après impôt, qui en 2019 s’affiche en rouge pour plus de la moitié des 15 entreprises recensées, les résultats ne sont pas plus encourageants. Certaines, comme Strabag, affichent sur un an 30 millions de pertes, mangeant ainsi tous les bénéfices engrangés depuis 5 ans. Et les plus profitables du top 15 – CIT Blaton ou Denys - alignent des bénéfices nets moyens qui stagnent autour de 7 millions par an.

En termes de solvabilité également, la solidité des entreprises ciblées s’érode. Ainsi, pour la moitié des 15 recensées, cette solvabilité stagne depuis trois ans sous les 20%.

Sous-traitance massive

Plus étonnant – mais tout aussi préoccupant –, la plupart de ces sociétés qui ont leur nom apposé sur les plus grands chantiers du pays déclarent en moyenne peu d’ouvriers propres sur leur pay-roll, la sous-traitance étant la règle. Si, par exemple, Denys déclarait 433 ouvriers et employés sous sa bannière directe l'an dernier encore, J.Delens et Willemen dépassaient à peine la centaine, le reste du panel se situant entre 100 et 150.

(*) Les 15 entreprises recensées (BNB,2019): BAM Contractors, BPC, CITBlaton, Cordeel Hoeselt, Cordeel Temse, Democo, Denys, ELDW, Interbuild, J.Delens, MBG, Strabag Belgium, Valens, Van Laere, Willemen.

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