interview

Marnix Galle (Immobel): "En se préparant au pire, nous sommes parvenus à en faire le meilleur"

©Emy Elleboog

Marnix Galle est le CEO très dynamique de la société de promotion immobilière Immobel.

Ce soir, c'est apéro au bureau! Marnix Galle nous reçoit dans le sien, un bureau d'angle pas si grand, avec vue sur le palais de justice, jadis son bureau temps plein, mais qui se transforme en salle de réunions durant ses fréquents déplacements à l'étranger. Néanmoins, la pièce n'en est pas moins personnelle, un tableau représentant ses 3 enfants est accroché au-dessus d'un petit canapé bleu en tissu, faisant face à une table haute pour travailler debout. Entre les deux, une table de réunion et un "fauteuil de président". Le CEO d'Immobel explique tout de go que celui-ci, comme le canapé et la table haute, c'est parce qu'il a mal au dos, vraiment pas pour la jouer "grand patron, je déteste ça".

Original et volubile

Déjà, au téléphone, on avait senti l'homme original, charmant et volubile aussi. Prudent, il avait déjà annoncé que lui, son apéro préféré, c'est le saké. "Je vais vous faire découvrir le meilleur au monde, à base d'un riz poli jusqu'à 23%", et nous avons dit "banco".

L'apéro au bureau, c'était par "facilité". Pris au débotté, il nous a casés entre la dernière réunion de la journée et un dîner chez des amis. Parce que, demain, direction le Luxembourg. Ensuite, il sera à Londres, puis Cologne avant Paris. Ajoutez à cela la Belgique, la Pologne et l'Espagne, vous aurez la vue complète de la carte de guerre d'Immobel.

Bref, le bureau c'était par "facilité", mais aussi par "discrétion", car Marnix Galle est un homme discret qui ne donne pas beaucoup d'interviews. En principe, il n'aurait "sans doute pas dit oui", mais voilà, nous lui avons fait le coup du billard à trois bandes en passant par un de ses amis à qui il ne sait "vraiment pas dire non".

Le bureau, certes, mais avouons tout de suite qu'on a rarement vu un CEO jouer le jeu avec autant de naturel. Tellement enthousiaste que Marnix Galle apparaît rapidement comme un homme sans âge. Il a apporté son saké, mais aussi ses verres préférés, ceux de ses parents, un modèle tulipe aux élégantes tiges noires. Et un paquet de crackers japonais du supermarché, auxquels il lui est "impossible de résister". Les verres? "Que de bons souvenirs". Il y repense d'ailleurs plus encore qu'avant, surtout à son père, Marc Galle, parlementaire et ministre (SP) parti trop tôt.

Ligne d'horizon

Sans doute une question d'âge, confie-t-il, en ajoutant être à celui où la douleur de l'absence des parents se transforme en "douce mélancolie". Mais aussi l'âge "où la ligne d'horizon commence à se rapprocher. C'est difficile quand, comme moi, on aime les décisions à long terme. Par exemple, quand j'achète du vin primeur aujourd'hui, je me demande où je serai dans 20 ans."

"Quand je vois Alexander De Croo, franchement il faut le faire, il avait un super job avant. Et là, tout ce que je peux dire, c'est que, vraiment, il s'en sort super bien."

Dit comme ça, on pourrait penser que le moment n'est pas très amusant, rien de plus faux. C'est parce que vous n'avez pas vu le bonheur s'étaler sur le visage de Marnix Galle quand il sert des verres de saké. Sinon, il explique aussi avoir quitté la maison à 15 ans pour partir étudier aux USA, et ne revenir que 9 ans plus tard. L'Amérique était devenue son "milieu naturel", mais qu'il a dû quitter, faute de green card.

Fils de ministre, c'était moins gai. "Très désagréable, très clivant. Il y avait toujours des gens qui étaient à 100% 'pour' et 100% 'contre'. Parfois, des profs me testaient en classe. À cette époque, il faut dire que ministre voulait vraiment dire quelque chose, les avantages étaient énormes."

À propos de politique

D'autant que de retour des USA, Marnix assiste "en live" à "l'assassinat politique" de son père, une injustice pour celui qui aurait dû devenir bourgmestre d'Alost. Du coup, la politique, pas question! "En soi, elle m'intéresse, mais comme acteur, le sacrifice est énorme! Quel prix à payer, quand je vois Alexander De Croo, franchement il faut le faire, il avait un super job avant. Et là, tout ce que je peux dire, c'est que, vraiment, il s'en sort super bien."  

"À ceux qui disent 'je veux bien payer plus d'impôt, mais qu'ils soient mieux utilisés', je leur dis souvent 'tu veux un nouveau contrat social, c'est très bien, mais sache que la société que tu souhaites te coûtera 15% d'impôts en plus'."

Papa socialiste, maman "limite" coco, et lui CEO d'une des plus grandes entreprises immobilières de Belgique, on se demande où il se situe. Marnix prend alors une poignée de crackers et se cale dans le fond de son fauteuil. "En économie, je suis de droite, car l'économie est une science et il faut le respecter. Mais pour le social, je suis à fond pour la mobilité, donc on dirait plutôt gauche. Ou alors que je suis un vrai libéral au sens premier du terme. Ce que je pense en revanche, c'est que parfois, l'argent draine avec lui une certaine bêtise et suscite des réactions de droite "bon marché" et conservatrice. Ce qui n'est pas élégant. Vous savez, ce sont ces dîners où on entend que les politiques ne sont jamais bons, qu'on paie trop d'impôts et qu'il faut quitter le pays! Les mêmes qui reviennent en vitesse quand ils sont touchés par la maladie. Quant à ceux qui disent 'je veux bien payer plus d'impôt, mais qu'ils soient mieux utilisés', je leur dis souvent 'tu veux un nouveau contrat social, c'est très bien, mais sache que la société que tu souhaites te coûtera 15% d'impôts en plus'." Marnix se redresse sur sa chaise. "Sérieusement, vous être sûre que ça va, le saké?" Rassuré, il se relève pour resservir les verres.

Se préparer au pire, en faire le meilleur

Le Covid, Immobel l'a bien traversé, mais en s'imaginant les scénarii catastrophes, style le retour de 2008. Résultat, "en se préparant au pire, nous sommes parvenus à en faire le meilleur." 86 projets en Europe aujourd'hui, à l'heure où on assiste à un mouvement écologiste très fort et mouvant. Mais qui, selon lui, se traduit moins en politique active qu'il ne se coule dans un modus vivendi inter-parti. "Ce qui, en soi, est une très bonne chose. Sauf qu'il provoque un sentiment commun selon lequel tout changement est devenu dangereux. Sans compter la société qui se clive, et les extrêmes qui se renforcent partout, même dans des régions les plus riches et bien portantes d'Europe, regardez la Flandre."

"La société se clive, et les extrêmes se renforcent partout, même dans des régions les plus riches et bien portantes d'Europe, regardez la Flandre."

Un mécontentement général, un effet Nimby aussi (Not In My BackYard, NDLR) qui se répercute méchamment sur la promotion immobilière. "Les gens sont contre tout, râlent contre tout et font des recours contre la plupart des projets, par conséquent plus rien ne bouge. En France, par exemple, on délivre moins de permis en 2021 qu'en 2012, qui était une année épouvantable. D'accord, c'est moche pour les promoteurs, mais ça l'est encore plus pour les gens. Nous, 75% de notre chiffre d'affaires, c'est quand même de construire des habitats pour des gens qui en ont besoin."

Bon, sur ce, on reprend une larme de saké, pour une fois que Marnix prend un apéro au bureau.

Que buvez-vous?

Apéro préféré: Saké Dassai 23. De plus en plus difficile à trouver sur le marché.

À table: toujours du bordeaux, celui de mon épouse (Michèle Sioen, NDLR). Un Saint-Emilion "Le Château La Marzelle", délicieux, avec un super rapport qualité-prix.

Dernière cuite: lors de l’anniversaire de ma femme en Espagne. Les enfants avaient loué "des dresses to dance" et un "band espagnol". Une fête rien qu'en famille, c'était fantastique.

À qui payer un verre: je pourrais dire Poutine, pour comprendre sa malveillance. Mais je pense plutôt à mon père. J'avais encore beaucoup de questions et tellement à lui dire. 

Le patron d'Immobel en 5 dates

1979: mon départ pour étudier en Alabama. J'avais 15 ans et pas de ticket retour. C'était dur comme de se retrouver dans une famille plus conservatrice que Reagan.

1991: la naissance d'Arthur, suivie d'Alfred 1992, et Augustin en 1995. Après n'avoir pensé qu'à moi-même, je suis devenu un papa poule.

2002: mon entreprise Alfin décolle. Un moment clé. La même année je me sépare de mon épouse.

2004: Michèle Sioen, jusque-là une amie de toujours, devient l'amour de ma vie.

2016: la fusion d'Alfin avec Immobel. La pérennité était mon objectif premier, mais comme je reste un ambitieux, je sais que nous avons encore de grands projets devant nous.

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