Oser un nouveau quartier adossé à la première gare wallonne

À Ottignies, le nouveau quartier aura pour colonne vertébrale des axes de circulation douce connectés à la gare toute proche. ©BPI / Asymétrie

Densifier le bâti dans un quartier existant, même en lieu et place d'un site industriel désaffecté, est devenu quasi impossible sans passer par une volée de retouches et de recours. BPI en fait l'expérience sur le seuil de la gare d'Ottignies.

Tout Ottintois qui se respecte l'a pensé un jour ou l'autre. Surtout quand il toise – tantôt avec déni tantôt avec envie – le développement résidentiel récent engrangé dans et autour de son croupion universitaire voisin devenu au XXIe siècle l'unique avatar wallon de ville nouvelle: le quartier bordant sa gare ferroviaire mérite mieux – beaucoup mieux – que ce qu'il offre aujourd'hui.

Nœud de communication sous-exploité

Avec ses circulations alambiquées imaginées sur un coin de table par un concepteur qui aurait tout pensé à l'envers et ses lotissements résidentiels hérités des Sixties, tant sur son versant haut que bas, ce nœud stratégique de communication ferroviaire devenu le plus fréquenté de Wallonie est largement sous-valorisé. Et l’arrivée annoncée du RER, sans cesse reportée, n'a guère fait bouger les lignes depuis 20 ans.

Les circulations dans et autour du site réaffecté adossé à la gare d'Ottignies. L'implantation de l'habitat se dilue progressivement le long d'une épine dorsale verte. ©BPI / Bureau MSA

Raison de plus pour se pencher activement sur le projet porté par BPI Real Estate juste sur son seuil, en direction de Limelette. D'autant que celui-ci permet la réaffectation d'un fameux chancre privé planté au milieu du jeu de quilles: un terrain utilitaire (entreposage de grues), anciennement occupé par l'entreprise Benelmat, sur lequel le promoteur immobilier veut développer un nouveau quartier habité directement arrimé à la gare ferroviaire voisine.

En zone d'habitat du plan de secteur

Le foncier concerné figure d'ailleurs – surprise – en zone rouge (habitat) du plan de secteur. À première vue, l'ambition tombe donc doublement sous le sens, vu la demande locale et la situation du terrain visé. La demande qui la cadre sera introduite d'ici quelques semaines par le biais d'un permis d'urbanisation (PUR), désormais de mise lorsque le propriétaire envisage de diviser son bien en minimum trois lots non bâtis destinés principalement à l'habitation. Le terrain stratégique visé, nettoyé par son ancien occupant, offre pas moins de 10 hectares sur lesquels quelque 900 logements viendront, par phases successives, composer un nouveau village autonome avec une moyenne avoisinant une centaine de logements à l'hectare.

900
logements
Le foncier de 10 hectares, dépollué et relié à la gare, devrait accueillir par phases un quartier de près de 900 logements dessinés par plusieurs architectes.

La particularité de ce futur quartier résidentiel, qui sera équipé de commerces et de services, sera sa structuration autour d'un axe de mobilité douce (piétons et cyclistes) en créant du maillage vers la gare voisine et la première phase nord du projet. Cette première phase, qui a reçu ses permis en mai 2019 après de longues années de procédures, ajoutera 67 logements et un cabinet médical au nouvel ensemble. L'épine dorsale pour usagers actifs, qui structurera tout le quartier, est appelée à relier tous les logements et autres fonctions présentes sur le site, les voitures restant cantonnées en périphérie.

Le nouveau quartier intégrera le concept de la "Ville du quart d'heure". ©BPI / Asymétrie

"Ce projet s'inscrit pleinement dans le cadre de la 'Ville du quart d'heure', un concept innovant porté par de nombreuses autorités publiques à travers toute l'Europe et qui propose de considérer la durabilité d'un territoire en fonction de l'accessibilité de ses équipements, commerces et services dans un rayon de 15 minutes à pied, à vélo ou en transports publics", explique l'architecte urbaniste Benoît Moritz (Bureau MSA), qui planche sur ce dossier depuis près de cinq ans déjà.

Urbanisme circulaire

Autre aspect durable du projet baptisé "Samaya": il repose sur la réaffectation d'un vaste foncier dégradé, en grande partie imperméabilisé (dalles en béton, graviers, etc.) et pollué (remblais SNCB). Il trouve donc toute sa place dans une perspective de lutte contre l'imperméabilisation des sols et contre l'étalement urbain aux alentours. "À nombre d'habitants comparable, Samaya permet d'éviter le mitage d'un foncier sain équivalent sous forme d'un banal lotissement tout en assainissant un terrain stratégique en cœur de ville", explique Benoît Moritz.

"Le futur quartier se veut végétal: les bâtiments s'articuleront le long d'un parc linéaire de 900 mètres parsemé de poches de verdure."
Benoît Moritz
Architecte urbaniste (Bureau MSA)

Mieux: à travers les espaces prévus pour les plantations associées à la voirie et la conception de nouveaux îlots naturels limitant domaines public et privé, le redéploiement d'une biodiversité spontanée est favorisé dans une zone où elle est devenue quasi inexistante. "Le futur quartier se veut végétal: les bâtiments s'articuleront le long d'un parc linéaire de 900 mètres parsemé de poches de verdure. Chaque logement disposera d'une vue sur des espaces verts, publics ou privatifs", promettent les porteurs du projet.

Projet flexible et phasé

Le site sera structuré en divers ensembles de logements conçus par des équipes d’architectes différentes. "Qualité de l'air dans le périmètre, exposition au bruit, activités physiques, interactions sociales, quiétude, sécurité physique et proximité des commerces et équipements sont au menu du permis d'urbanisation. Celui-ci mettra donc explicitement en place les paramètres urbanistiques qui garantiront la prise en compte de ces déterminants", assure l'architecte urbaniste.

Plusieurs architectes assureront la diversité du bâti accueilli sur le site urbain à réaffecter. ©BPI / Asymétrie

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