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Pour les sinistrés, il est urgent de commander des logements

Un produit modulaire conçu par la firme Budé Containerbouw pour un logement touristique au Luxembourg. L'entreprise flamande, retenue pour l'appel d'offres de logements modulaires à vendre, est celle qui propose le produit le moins cher. ©Budé Containerbouw

Le second volet cadrant l’offre pour fournir avant l'hiver un logement décent aux milliers de sinistrés wallons a enfin été bouclé. Mais les prix affichés – à la vente cette fois – pour ces habitats modulaires provisoires sont de nature à faire réfléchir certains pouvoirs locaux.

Plus un jour ne passe sans qu’un média croque le portrait d’un sinistré, psychologiquement et socialement esseulé face aux gelées nocturnes et aux hausses de prix exponentielles des carburants. Mardi, une riveraine de la Lomme à Rochefort se disait oubliée face à l’adversité. La veille, c’était une habitante de Nessonvaux qui redoutait devoir quitter son foyer face au froid. Lundi, c’est une analyse indépendante plus globale qui faisait état, devant le Parlement wallon, d’une gestion de crise pour le moins inadéquate.

Nous avons tenté de savoir, à l’analyse du marché d’attribution des logements modulaires provisoires aux sinistrés passé par le gouvernement wallon ces dernières semaines, si l'opération de relogement initiée avait une chance d'atteindre sa cible dans les temps.

Il y a plus d’un mois déjà, un premier marché à la location (avec option d’achat), cofinancé en théorie par la Région wallonne et les communes concernées, visait à offrir aux sinistrés les plus touchés un logement provisoire décent et fonctionnel pour l’hiver. En théorie toujours, un plafond de quelque 2.000 habitations devait être envisagé et budgété. "Une centaine d’entreprises ont été consultées par la Société wallonne du Logement (SWL) dans le cadre de ce marché. 30 ont remis offre et 16 se sont vu attribuer le marché", précisait le ministre du Logement, Christophe Collignon (PS), la semaine dernière, lors de l'annonce de la seconde salve cadrant les logements modulaires proposés cette fois à la vente.

"Nous mettons tout en œuvre pour proposer un lieu d’habitation temporaire dans des délais raisonnables tout en respectant les contraintes réglementaires et urbanistiques."
Christophe Collignon
Ministre du Logement

"Ces deux marchés permettront aux communes, CPAS ou Sociétés de logement de service public (SPLP) de commander des logements modulaires sans devoir lancer un marché public. C’est une mesure parmi d’autres prises par la Wallonie et qui offre aux pouvoirs locaux des possibilités de relogement pour les personnes sinistrées. Nous mettons tout en œuvre pour proposer un lieu d’habitation temporaire dans des délais raisonnables en respectant les contraintes réglementaires et urbanistiques qu’impose ce relogement dans des conditions décentes", motivait le ministre de tutelle.

Mais au même moment, les communes qui avaient effectivement passé commande se comptaient encore sur les doigts d’une main. Au cabinet du ministre, on pointait, pour seule commande effective recensée, celle émanant de Chaudfontaine pour 30 logements modulaires. Autant dire un coup dans l’eau quand on connaît le nombre approximatif de sinistrés et expropriés qui sont en attente d’être relogés. 

Focus sur les délais et les prix

La semaine dernière toujours, les entreprises lauréates du second marché cadrant l’offre de logements modulaires provisoires à vendre étaient enfin prévenues par recommandé. Il était temps, car les délais de livraison sont fixés à six semaines alors que les gelées nocturnes se généralisent. Le retard rencontré pour finaliser cette offre dite urgente était, selon les autorités de tutelle, dû à un "gros problème informatique".

48.000-70.000
euros
C'est, TVA non comprise, la fourchette de prix des habitats modulaires retenus par la Société wallonne du Logement pour reloger cet hiver les sinistrés des inondations dans les principales communes concernées.

Mais au-delà du dépassement de délai, un autre élément, bien plus important encore, avait attiré l’attention de certains pouvoirs publics locaux: les prix affichés pour cet habitat provisoire et ceux liés aux exigences techniques cadrant l'installation, même provisoire, en termes de fondations (assise stable) et d’équipements (électricité, approvisionnement en eau et évacuations). Aux dernières nouvelles, vu l'état des finances de la plupart des communes concernées, la SWL financerait la majorité des frais liés à l'aménagement des sites pressentis pour y accueillir cet habitat provisoire, déjà envisagé comme pouvant devenir définitif à certains endroits (voir encadré ci-dessous).

Après analyse détaillée de l’offre et des prix demandés, il s’avère en effet que le logement le plus petit et le moins cher (1 chambre) – proposé par l’entreprise flamande Budé Containerbouw (Dilsen-Stokkem) – atteint déjà 45.000 euros hors TVA. Et cette dernière n'est classée qu'au 9e rang sur la liste des entreprises auxquelles passer commande.

Parmi les logements modulaires les plus chers proposés à la vente, on trouve ceux de la scrl Eco-Lodge, située à Moxhe. Ici, le modèle Wald-Cube, dont les gabarits vont de 44 à 96 mètres carrés. ©Eco-Lodge

Les entreprises les mieux notées sur base des principaux critères fixés dans le cahier des charges (prix, capacité de production, performances énergétiques), sont dans l’ordre Préfabois (Couvin), Avelis Industrie (Torcy, en France) et Woodexbel (Thimister-Clermont).

Entre les trois, les prix affichés hors TVA oscillent de 48.000 à 70.000 euros. Elles sont prioritaires dans l'attribution des commandes remontant des communes vers la SWL. Ce n'est que lorsque la première ne peut plus honorer commande dans les temps impartis (six semaines) que la deuxième est sollicitée. Et ainsi de suite. Et Préfabois affiche à elle seule une capacité théorique de production de 300 unités sur 12 semaines. Une capacité à vérifier sur le terrain d’ici le début de l'hiver.

Les communes multiplient les pistes de relogement

La semaine dernière, la seule commande dûment recensée dans les fichiers de la Société wallonne du Logement (SWL) était celle introduite par la commune de Chaudfontaine pour une trentaine de modules à louer. Mais sur le terrain, les CPAS semblent enfin s'activer pour passer à l'acte avant l'hiver, en diversifiant les pistes de relogement.

À Trooz, le bourgmestre local, Fabien Beltran (PS), nous assure avoir passé commande pour une quinzaine de modules et avoir déjà identifié les sites où les loger. C'est Etienne Vendy, le président du CPAS local, qui coordonne le relogement de tous les sinistrés répertoriés sur la commune, une des plus durement touchées lors des récentes inondations. Ce dernier tient d'abord à préciser que "personne, à Trooz, n'est resté à la rue", des chambres d'hôtel et des gîtes ayant servi de refuge dans un premier temps. Les deux sites aujourd'hui retenus avec la SWL pour installer les logements modulaires demandés sont ceux de l'IPPJ de Fraipont (8 modules 3 chambres) et du centre de la Croix-Rouge, Le Merisier, à Trasenster (7 modules 2 chambres).

"Mais à cette quinzaine de modules familiaux loués ou achetés avec l'aide du Fonds du Logement vont venir s'ajouter une cinquantaine de studios et logements plus spacieux, que nous allons aménager avant l'hiver pour occupation provisoire dans les anciennes casernes de Saive (Blegny), en phase de réaffectation. Un accord a été trouvé avec la commune de Blegny pour cofinancer les aménagements", précise Etienne Vendy.

Du côté de Rochefort, les sites pressentis pour accueillir une vingtaine de modules de relogement sont, eux aussi, listés. Il s'agit de l'ancien camping de Jemelle et de terrains situés rues de Suzin et du Tige. Corine Mullens (MR), la bourgmestre locale, précise que c'est la société de logement public (SPLP) Ardenne & Lesse qui coordonne l'opération en collaboration avec la SWL. Une partie, car un premier marché portant sur 10 logements a été passé en ligne directe dès septembre par le CPAS local. "Nous allons acquérir la totalité de ces logements modulaires. Et nous réfléchissons déjà à la manière de rentabiliser cet investissement et les travaux liés en rendant définitif cet habitat provisoire, moyennant régularisation bien sûr", précise-t-elle.

Le résumé

  • Les entreprises retenues pour le second marché de fournitures de logements modulaires aux sinistrés viennent d'être listées et averties.
  • Elles sont classées par ordre de préséance, la première engrangeant les commandes validées par la Société wallonne du Logement jusqu'à ne plus pouvoir y répondre dans les temps.
  • Les prix affichés oscillent de 45.000 à près de 200.000 euros, selon le nombre de chambres.
  • Les commandes commencent enfin à se concrétiser dans les communes les plus touchées.

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