portrait

Sandeep Mathrani, l'artiste du redressement d'entreprise

WeWork se dote d'un nouveau patron pour débuter un nouveau chapitre. Il se choisit un caïd du secteur immobilier, en la personne de Sandeep Mathrani.

Sandeep Lakhmi Mathrani sait mieux que quiconque comment diriger une société en pleine tourmente. C'est sûrement ce qui a pesé dans sa décision d'accepter la direction générale du géant des bureaux partagés, WeWork, dont les frasques de son cofondateur et ancien patron ont fini par lasser les investisseurs.

Le profil

• A 56 ans, il est diplômé du Stevens Institute of Technology dans le New Jersey

• Après avoir dirigé et redressé GGP entre 2011 et 2017, il vend l'entreprise à Brookfield et devient le CEO.

• Loin d'être un novice dans l'immobilier, il a auparavant assuré la présidence de Vornado Realty Trust et la vice-présidence de Forest City Ratner.  

Il prendra officiellement ses fonctions le 18 février prochain, succédant à Artie Minson et Sebastian Gunningham, qui assuraient l'intérim depuis le départ contraint en septembre d'Adam Neumann. "Il est le partenaire idéal avec les compétences et l'expérience nécessaires à la transformation que nous opérons de WeWork. Il est un dirigeant expérimenté avec une expertise en redressement dans le secteur immobilier", se targue Marcelo Claure, président de WeWork. 

Le vétéran de l'immo

À 56 ans, cet Américano-Indien est ce qu'on appelle un vétéran dans le secteur immobilier. Il fait partie de ceux qui ont traversé la crise de 2008.

Réorientation de WeWork

La nomination de Sandeep Mathrani est-elle synonyme d'une nouveau virage de WeWork? Le gestionnaire de bureaux partagés pourrait mettre davantage l'accent sur l'immobilier plutôt que sur la technologie de son activité. L'arrivée de Mathrani va, quoi qu'il en soit, mettre la pression sur les pôles locations et gestion de propriétés du groupe.  

Son ancien employeur, General Growth Properties, géant américain de l'immobilier des centres commerciaux, avait été laminé par la récession de l'époque. En 2011, au lendemain de la faillite la plus retentissante du secteur immobilier américain, GGP avait chargé Mathrani de redresser la société. Il a aussi dû faire face à la montée en puissance d'acteurs comme Amazon.

Sa formule magique? Se concentrer dans les centres commerciaux sur les propriétés haut de gamme, tout en courtisant les marques "natives d'internet" comme le détaillant américain de lunettes Warby Parker et les véhicules électriques de Tesla.

Une formule à succès puisque six années après avoir pris la direction de GGP, il vendait la société à Brookfield Property Partners dans une transaction valorisant GGP à quelque 15 milliards de dollars.

En train!

Ce deal lui a valu le titre d'"artiste du redressement d'entreprise". L'homme se veut modeste, affirmant tout au plus avoir eu "beaucoup d'opportunités et surtout beaucoup de chance". Reste à voir si cette chance le portera dans ses nouvelles fonctions.   

Un CEO américano-indien

Sandeep Mathrani entre dans le top mondial des CEO d'entreprises technologiques d'origine américano-indienne. Il s'installe ainsi aux côtés d'Arvind Krishna qui prendra les rênes d'IBM en avril prochain. Sundar Pichai est lui à la tête d'Alphabet, la maison mère de Google depuis 2015. Satya Nadella est le troisième CEO de Microsoft depuis Bill Gates et Steve Ballmer. Enfin, Shantanu Narayen dirige Adobe depuis 2007.

Début janvier, dans un mail envoyé au personnel de Brookfield, il indiquait que le moment était venu pour lui d'embarquer "dans un autre train vers le prochain arrêt". Aujourd'hui, il se dit "honoré" de rejoindre WeWork qui "se trouve à un moment charnière de son histoire". Son successeur chez Brookfield insiste sur le fait qu'il peut partir le sentiment du devoir accompli. "Maintenant que l'intégration est terminée, c'est le bon moment pour lui de poursuivre de nouveaux défis."

La nomination de Mathrani chez WeWork évoque celle de Dara Khosrowshahi qui en 2017 avait été appelé au chevet d'Uber, autre start-up licorne affaiblie par la crise et les déboires de son fondateur.

 "Alors que l'immobilier regorge de personnages très secs et très conservateurs, Sandeep est tout l'inverse", conclut un CEO du secteur, non sans ajouter: "Si WeWork voulait quelqu'un aux atouts immobiliers sérieux, plus proche de l'esprit WeWork, il ne pouvait pas mieux tomber."

Le défi de Mathrani

Le défi qui attend Mathrani à la tête de WeWork est immense. Présentée encore il y a peu comme une des étoiles de l'économie du partage, WeWork a accumulé les déboires. Face à la défiance grandissante des investisseurs, le groupe avait dû, l'an dernier, renoncer à son entrée à Wall Street. Son patron et cofondateur Adam Neumann avait été poussé vers la sortie. Son aura avait déjà pâli en 2018 quand il faisait face d'accusations d'harcèlement sexuel. Ses frasques et son caractère mégalomane ont eu raison de lui.


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