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"Sans consensus autour du Heysel, on ne forcera pas les choses"

Vue sur le parc des loisirs depuis les terrasses du projet NEO1 (aile résidentielle et Cité des Enfants), tel qu'il est actuellement imaginé par les concepteurs. ©Viguier/URW

Le directeur général Europe du groupe URW pilote le volet commercial du projet NEO1 de restructuration du plateau du Heysel. Il réagit aux propos du président de la SCRL NEO, Roald Aerden.

Michel Dessolain est directeur général Europe et membre du directoire du groupe Unibail-Rodamco-Westfield (URW). À ce titre, il orchestre depuis le début le pilotage du volet commercial du projet NEO1. Lancé sur le plateau du Heysel voici sept ans, celui-ci est financé à hauteur de plus de 800 millions d’euros par l’association momentanée Européa, réunissant les sociétés belges Besix et CFE aux côtés d’URW. Ce matin, il réagit aux propos du président de la SCRL NEO, Roald Aerden, qui s’exprimait dans L’Echo le week-end dernier.

Allons droit au but: NEO1, stop ou encore?

Pour nous et nos équipes, les lignes n’ont pas bougé. Au niveau du directoire d’URW, le plan de désendettement souhaité par le nouveau conseil d’administration est mis en œuvre et suit son cours. Nous avons limité de manière drastique nos investissements en les concentrant sur les projets que nous jugions les plus porteurs, dont certains budgétés, eux aussi, dans une fourchette entre 600 millions et plus d’un milliard d’euros. On vient d’ailleurs de livrer un très gros projet aux Pays-Bas, le Mall of the Netherlands, en périphérie de La Haye. Il reçoit déjà des éloges de toutes parts.

Nous avons également lancé un important projet de redéveloppement à Hambourg. C’est aussi un projet multifonctionnel urbain important, comme celui du Heysel, qui intègre 600 logements, trois hôtels, trois immeubles de bureaux, des commerces, des loisirs et un terminal de croisière. Il a démarré en 2014, en même temps que NEO1. Il est déjà en phase de commercialisation: les hôtels sont loués, le grand magasin également; c’est l’Atelier des Lumières qui gérera le pôle des loisirs. Quand un projet suit son cours, vous pouvez constater qu’on ne tergiverse pas et qu’on avance rapidement. Mais cela ne peut se faire qu’en totale concertation.

Les quais de l'Uberseequartier à Hambourg avec vue sur un bras de l'Elbe: un projet mixte de rénovation urbaine initié en 2014, comme NEO1, et qui sort déjà de terre. ©URW/mk timelapse

Justement: à Bruxelles, cette concertation semble pour l’instant voler en éclats. C’est aussi votre opinion?

Je sais que des bruits ont couru. Je ne sais pas qui a intérêt à les faire courir. Au-delà du bruit, je peux vous garantir que nous attendons avec impatience des décisions politiques concrètes. De notre côté, nous n’avons en tout cas pas modifié d’un iota nos positions.

On parle d’une clause de sortie que vous pourriez activer, avec une grosse ardoise pour la Ville de Bruxelles si vous débranchiez la prise dans quelques mois…

Contractuellement, nous avons de part et d’autre une clause de confidentialité à ce sujet. Bien évidemment, il y a des dates-butoir – avec des échéances à respecter pour chaque partie – qui ont été reportées et peuvent encore l’être dans le cadre d’un dialogue constructif. Mais cela nécessite un accord politique. Notre sujet est bien là: nous considérons que ce projet est très structurant pour le Heysel et que nous apportons une réelle plus-value pour ce site urbain aujourd’hui particulièrement dégradé. On a donc un peu de mal à saisir les revirements politiques actuels de certains alors qu’il y a initialement eu des engagements francs de la part, je le rappelle, de l’ensemble des partis. Il est dommageable que ces revirements ne tiennent pas compte de données économiques essentielles. À Hambourg, par exemple, nous réhabilitons des morceaux de ville et on voit bien qu’à la fin, tout le monde adhère au projet concrétisé. Je ne pense pas qu’on puisse dire qu’aux Pays-Bas ou en Allemagne, la sensibilité environnementale ou les mouvements écologistes soient moins marqués ni moins demandeurs ou exigeants qu’en Belgique.

Selon nos informations, les représentants Ecolo à la Région bruxelloise ne bloquent pas une refonte du cadre réglementaire, le PRAS (Plan régional d’affectation du sol) actuellement sur la table du gouvernement. Mais ils demandent qu’on repense le volet commercial du projet NEO1… Comment réagissez-vous?

Il faut rester correct: lorsqu’une Région et une ville dessinent, pour une zone stratégique, un avenir de long terme, il est surprenant de voir des positions court-termistes qui remettent tout en question. Je rappelle qu’il s’agit ici d’un appel d’offres international qui a mobilisé les plus gros opérateurs mondiaux. Il y a un travail et des sommes considérables qui ont été engagées depuis sept ans déjà. Je ne vous donnerai pas le montant, mais c’est énorme. Chacun doit donc prendre ses responsabilités: s’il n’y a ni consensus ni adhésion globale, que nous tentons d’avoir depuis des années avec toutes les forces en présence, on ne forcera pas les choses au-delà du raisonnable. On le fait ou on ne le fait pas.

Avez-vous des contacts réguliers avec la SCRL NEO, qui orchestre les projets lancés sur le plateau du Heysel pour le compte de la Ville et de la Région?

Bien sûr, qu’est-ce que vous pensez? Très réguliers! Nous travaillons de concert sur le cadre réglementaire, sur le contenu du projet et ses aménagements à la marge. On échange sur l’état d’avancement de notre commercialisation, menée en parallèle avec les autres urgences. Nos partenaires CFE et Besix ont, eux aussi, confirmé qu’ils voulaient lancer au plus vite le volet résidentiel important inhérent au développement global du nouveau quartier urbain. Mais soyons clair: avec la stratégie actuellement mise en place, on ne peut pas financer des projets aussi lourds sans échéance. Et si un autre projet devenait prioritaire chez URW, il faudrait arbitrer.

Dans les scénarios de départ cadrés par le marché public que vous avez emporté en 2014, il y avait l’intégration du stade Roi Baudouin… ou sa désintégration. On a avancé depuis dans un sens ou dans l’autre?

Non. Les deux scénarios sont toujours à l’ordre du jour. Et je tiens d’ailleurs à dire que la collaboration avec les pouvoirs publics en place tant à la Région qu’à la Ville sont selon nous exemplaires, malgré les bruits périphériques et les problèmes à résoudre le plus rapidement possible. Les repositionnements politiques actuels nous sont totalement étrangers. Et je le répète: soit il y a volonté, soit il n’y a pas volonté politique de concrétiser les choses. À ce stade, ce n’est pas à nous de trancher!

Les phrases-clés

  • "Malgré le plan de désendettement voulu par le nouveau Conseil d'administration d'URW, nous n'avons pas modifié d'un iota nos positions sur le Heysel."
  • "Je ne pense pas qu'on puisse dire qu'aux Pays-Bas ou en Allemagne la sensibilité environnementale et les mouvements écologistes sont moins exigeants qu'en Belgique."
  • "J'ai du mal à saisir les revirements politiques actuels de certains alors qu'il y a initialement eu des engagements de la part de l'ensemble des partis."
  • "Lorsqu'une Région ou une ville dessinent, pour une zone stratégique, un avenir de long terme, il est surprenant de voir des positions court-termistes qui remettent tout en question."

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