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La start-up belge qui veut révolutionner la construction de nos logements

©ANTONIN WEBER / HANS LUCAS

Repenser totalement le processus de construction de l'habitat résidentiel pour l'automatiser à 80%, c'est le pari que se lance Ark Habitat.

Ark Habitat est une start up qui veut révolutionner le mode de conception et de construction de l'habitation résidentielle. Selon ses trois fondateurs, l'immobilier actuel ne répond plus aux exigences environnementales de base. Il est responsable de 30% des émissions de CO2, compte tenu du charroi et de la fabrication des matériaux notamment. "Et près de 30% des matériaux sont gaspillés, soit à cause des chutes et des pertes, mais aussi à cause des défauts de planification, qui obligent souvent les ouvriers à casser ce qu'ils viennent de faire pour corriger une erreur de conception", note Anthony Vanden Eede, fondateur et CEO de Ark Habitat.

Par ailleurs, ils constatent un décalage de plus en plus grand entre l'offre de logements et la demande, du fait de plans urbanistiques inadaptés. Rien qu'en Belgique, on estime que la demande de logements dans les années à venir sera de plusieurs centaines de milliers, malgré les mesures pour limiter les constructions et l'étalement urbain. Par ailleurs, les logements ne correspondent plus nécessairement à l'évolution de la société, avec des ménages plus petits notamment.

Dernier constat, la construction n'a que peu évolué depuis un siècle. Elle reste une affaire d'hommes et de métiers essentiellement manuels où l'automatisation n'a que peu de place.

Page blanche

Partant de ce triple postulat, Anthony Vanden Eede, jeune ingénieur civil, Bertrand Wibrin, ingénieur également diplôme en économie et en sciences actuaires et Renaud Janson, multi-entrepreneur, sont repartis d'une page blanche, ou presque. Comment optimiser les techniques actuelles et concevoir la construction résidentielle de nouvelle génération? "Et par nouvelle génération, nous entendons: durable, évolutive et automatisée", fait remarque Vanden Eede.

Durable, pour des raisons évidentes, parce que les matériaux utilisés sont recyclables et mieux calculés, grâce à l'automatisation et la standardisation; évolutive parce qu'une habitation qui s'adapte aux changements du foyer est aussi plus durable et que l'on peut y mettre à jour les techniques sans devoir tout rénover; automatisée, enfin, pour réduire le temps de construction et faciliter le travail des hommes.

"Tout le processus de construction, jusqu'au placement des éléments de techniques spéciales peut être automatisé à 80%."
Anthony Vanden Eede
CEO de Ark Habitat

Pratiquement, le modèle proposé par Ark Habitat repose sur des fondations de béton, coulées "à l'ancienne", sur lesquelles est posée une structure métallique. C'est à ce moment que les robots entrent en scène. Sur la base du plan de la maison, les robots travaillant en essaim (c'est-à-dire en tenant compte des mouvements des uns et des autres) vont optimiser les tâches pour assembler les éléments de la structure, faite de piliers et de poutres métalliques, de panneaux pour les planchers, plafonds et parois. L'ensemble s'emboîte comme un mécano et se fixe, éventuellement par une intervention humaine. "Tout le processus de construction, jusqu'au placement des éléments de techniques spéciales, peut être automatisé à 80%", affirme Vanden Eede.

Structure métallique

La structure métallique est préférée aux panneaux de béton traditionnels dans les constructions préfabriquées pour des questions de poids et d'encombrement. "Les robots ont généralement une capacité de levage de 300 kilos. Ils pourraient se mettre à plusieurs pour soulever de plus lourdes charges, mais cela ne ferait que rendre les opérations plus complexes. En revanche, cela pourrait se prêter aussi aux constructions à ossatures bois de type CLT (Cross Laminated Timber, panneaux de bois lamellés-croisés, NDLR), qui offrent la même précision que le métal."

Encore au stade de la recherche et du développement, Ark Habitat travaille conjointement sur le logiciel de dessin de l'habitation, la conception des éléments préfabriqués et sur la robotique. "Les trois approches sont totalement imbriquées et nécessitent de repenser le modèle. Il existe déjà des robots utilisés dans la construction, mais c'est très limité avec les contraintes d'un chantier classique, avec des gravats, des obstacles etc... Un robot plâtreur n'est pas vraiment un progrès s'il ne fait que remplacer l'homme. Parce qu'il n'aura jamais la même souplesse et le même coup de main."

Autofinancée jusqu'ici (une première levée de fond de 125.000 euros a été effectuée auprès des proches des fondateurs), Ark Habitat travaille encore à la mise au point des logiciels via des simulateurs. L'objectif est de pouvoir présenter une "maison témoin", construite selon ce procédé. "Même si, dans un premier temps, il ne sera sans doute pas construit par des robots." Cette première étape pourrait aboutir dans les deux ans à venir pour servir de centre de recherche.

"Une fois que le logiciel de conception du bâtiment sera parfaitement au point, nous aurons besoin de nouveaux soutiens financiers, pour financier la mise au point des robots."
Anthony Vanden Eede
CEO de Ark Habitat

"D'ici là, et une fois que le logiciel de conception du bâtiment sera parfaitement au point, nous aurons besoin de nouveaux soutiens financiers, pour financier la mise au point des robots", poursuit Vanden Eede. Ark Habitat peaufine son catalogue de pièces et d'éléments de base, un configurateur et un simulateur en réalité virtuelle. Mais le gros morceau, ce sera la programmation des robots eux-mêmes. "Compte tenu des spécificités exigées, notamment en capacité de levage, le développement d'une telle machine coûte près de 100.000 euros. Il en faudrait une dizaine pour lancer le centre de R&D, plus les programmeurs et les développeurs", estime le CEO.

Par rapport aux constructions préfabriquées actuelles, Ark Habitat propose donc une approche totalement nouvelle, affirme le créateur. "Les solutions les plus avancées actuellement construisent des modules complets sous abris, qui sont ensuite acheminés sur site. Cela revient à transporter des éléments très lourds, mais aussi beaucoup de volumes vides. Et le processus de construction est relativement peu automatisé."

À terme, et en cas de réussite du projet, dans les cinq ans au mieux, pense Anthony Vanden Eede, la start up se focalisera sur le Benelux, la France et l'Allemagne.

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