Union sacrée autour de la Chapelle Musicale pour un projet immobilier à Waterloo

Agrandis il y a trois ans, les bâtiments de la Chapelle Musicale ne répondent déjà plus à la demande. ©belga

Le projet de développement d’un pôle culturel et scolaire réunira, sur le même espace à bâtir, de concert la commune de Waterloo, la Chapelle Musicale, le Centre scolaire de Berlaymont et l’intercommunale du Brabant wallon. Celle-ci jouera les assembliers et vient de racheter à l’ASBL Musica Mundi le terrain qui portera ce projet mixte en bord de drève d’Argenteuil.

L’an prochain, la Chapelle Musicale Reine Elisabeth fêtera ses 80 ans d’existence. Rajeunie et agrandie en 2015 par la construction d’une nouvelle aile conçue selon les plans des architectes Olivier Bastin (l’Escaut Architectures) et Sébastien Cruyt (Synergy International), elle a ensuite vu son projet artistique redynamisé, avec une nouvelle visibilité acquise grâce à sa nouvelle saison de diffusion (MuCH).

Se pose aujourd’hui déjà, vu la demande, la problématique d’un développement ultérieur sur son site: extension des facilités de résidence, de travail et production ou diffusion dans un environnement proche sont depuis un an sur la table du CEO, Bernard de Launoit. "Heureusement, nous pouvons compter sur le soutien des autorités provinciales et communales, qui se montrent aujourd’hui sensibles au rayonnement de la culture dans notre région à partir du pôle historique que nous y animons", lâche-t-il, avant de préciser ses idées.

L’assise foncière est acquise

Concrètement, un immense terrain de 7 hectares situé en zone bleue (projets d’intérêt collectif) dans la plaine du Berlaymont qui jouxte la Chapelle Musicale à Argenteuil a récemment été racheté par In BW, l’intercommunale provinciale, à Musica Mundi. In BW entend jouer ensuite les assembliers avec les parties directement concernées sur la zone et qui peuvent échafauder de concert un projet cohérent pour faire du futur domaine un pôle d’enseignement sportif et culturel. "Nous travaillerons dans l’esprit d’un partenariat avec le privé: une formule déjà expérimentée avec succès en 2015, lors de la construction de la nouvelle aile de la Chapelle", risque déjà Bernard de Launoit, rassuré de voir toutes les parties concernées regarder dans la même direction aujourd’hui.

Le projet: Un "Flagey Bis"

Il n’y a encore aucun master plan ni rétroplanning sur la table, mais Bernard de Launoit a déjà une idée précise de la nouvelle salle de concert à bâtir sur le terrain nouvellement acquis par l’Intercommunale du B-W, à 500 mètres de la Chapelle musicale Reine Elisabeth, qu’il préside, et qui parachève la formation de musiciens d’élite. 

"L’idée, explique-t-il, c’est d’avoir une capacité comparable à Flagey: une salle modulable de 600 à 1.000 places, mais avec une fosse d’orchestre et différentes configurations possibles, comme au Théâtre National. Ce que nous voudrions, c’est créer un geste architectural et une référence acoustique." 

Moins de 4 ans après l’inauguration de la nouvelle aile (photo) de la Chapelle musicale, qui a porté ses infrastructures de 1.800 à 3.600 m2, l’institution pédagogique est à nouveau à l’étroit. Les demandes de résidences d’artistes excèdent la capacité des 22 studios actuels. "On a besoin de 10 à 15 studios de logement supplémentaires, reprend-il, et passer de 4 à 8 studios de travail, dont un de la taille de notre salle de concert actuelle." Avec sa scène peu profonde et ses 250 places, celle-ci n’offre aux étudiants d’autre expérience de la scène que le récital ou la musique de chambre. Pas de quoi répondre non plus à l’accroissement des productions propres (120 à 140 concerts par an), parfois en formations d’orchestre ou d’opéra.

 Devenue diffuseur à part entière, avec 300 concerts par an, coproductions comprises, et désormais dotée d’un contrat-programme (75.000 euros), la Chapelle cherche aussi à s’affranchir des lieux dont elle est tributaire pour se produire (Bozar, Flagey, La Monnaie, etc.) et avoir une monnaie d’échange pour négocier des partenariats"Une dynamique que l’on voit aussi à l’étranger dans des centres d’excellence comparables. Ils se dotent d’une salle de concert et se transforment en campus."

Pierre Boucher, le président d’In BW, est sur la même longueur d’ondes: "Nous venons tout juste d’acquérir ce foncier idéalement situé. Notre objectif, qui fait partie de nos missions de service public, est d’aider les communes de la province ici Waterloo à concrétiser leurs projets. On interviendra donc pour valoriser ce terrain d’ici à la fin de la prochaine législature communale. Nous avons rencontré dans ce sens les principaux acteurs concernés: Florence Reuter, la bourgmestre, Bernard de Launoit, la direction du Centre scolaire de Berlaymont, qui souhaite elle aussi disposer d’une zone d’extension en bordure de drève d’Argenteuil. Nous garderons le solde de ce quatre-quart pour nos propres projets d’extension économique. Nous avons d’ailleurs sur le site une station d’épuration qui nous appartient déjà. Mais le fonctionnaire délégué a déjà marqué par ailleurs son accord de principe pour un éventuel échange de terrain avec un autre foncier provincial à développer par nos soins", détaille-t-il.

 

Interrogée sur la nature de cette union sacrée soudaine, Florence Reuter (MR), en campagne, indique que le point est inscrit bleu sur blanc dans son programme politique communal soumis à tous les électeurs waterlootois pour l’instant. "Je voulais absolument ne pas voir tomber cette belle assise foncière dans les mains de promoteurs immobiliers qui y auraient lancé des projets résidentiels à tous crins. Il y a peu de temps encore, ce vaste terrain était pressenti pour accueillir le futur projet d’école internationale de musique porté par l’ASBL Musica Mundi. Quand j’ai appris que le monastère de Fichermont se libérait, j’ai œuvré pour que Musica Mundi trouve un accord avec les propriétaires pour y loger la future école. C’est aujourd’hui chose faite. Et donc, le terrain d’Argenteuil redevenait libre pour y développer un nouveau projet culturel cohérent", motive l’actuelle bourgmestre de Waterloo.

Cette dernière a donc soutenu activement le projet de développement d’un pôle culturel sur le site d’Argenteuil voisin de la Chapelle Musicale. L’objectif: y construire une salle de spectacle, une de concert et y rassembler les académies de musique et autres chorales locales.

"Je voulais ne pas voir tomber ce terrain dans les mains des promoteurs immobiliers."
Florence Reuter
Bourgmestre de Waterloo

Pas encore d’accord signé

Quant au financement du projet global, il reposera sur un ou plusieurs partenariats public-privé. L’idée d’une structure juridique fédérant tous les partenaires est une des options retenues. Peut-être d’ailleurs en y intégrant les mécènes de Musica Mundi qui ont cédé le terrain à In BW, au rang desquels figurent des entrepreneurs privés locaux très actifs sur le segment immobilier, au rang desquels figurent Erol Kandiyoti, Henri Fischgrund (Axisparc) ou John Martin (Martin’s Hotels). "Dans les 12 à 18 mois qui viennent, nous allons travailler sur le contenu du projet et les rouages vont progressivement se préciser. On croise les doigts car on n’a toujours aucun accord signé", tempère Bernard de Launoit, particulièrement heureux des récents avatars.

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