WeWork renonce définitivement à son flagship bruxellois

L'antenne de WeWork sur la rue Belliard, à Bruxelles.

WeWork devait prendre en location plus de 16.000 m² dans le projet bruxellois Multi-Tower, qui sera livré début 2021. Mais le contrat, d’abord mis au frigo, vient d’être définitivement avorté.

 

Frederic Van der Planken, qui pilote actuellement, à la tête de la société anversoise Whitewood (asset et property management), le développement de trois mastodontes immobilier en reconversion au cœur de Bruxelles, est en "roadshow" à l’étranger quand on l’appelle pour savoir exactement où en est la plus importante prise en location de WeWork au centre de Bruxelles.

On a déchiré le contrat de commun accord mercredi dernier, sans tergiverser davantage et sans discuter durant des mois sur le montant des indemnités à payer. C’est dommage...
Frederic Van der Planken
CEO de Whitewood

Et la réponse fuse, nette et claire: "On a déchiré le contrat de commun accord mercredi dernier, sans tergiverser davantage et sans discuter durant des mois sur le montant des indemnités à payer. C’est dommage, car je pense que le nouveau CEO désigné par les actionnaires est la bonne personne et que sa reprise en main de WeWork va dans le bon sens. Mais vu le timing et le programme de développement revu, la prise en location que nous avions sur la table était trop importante pour eux pour la maintenir coûte que coûte dans l’état actuel des choses".

Ressac mondial

À échelle mondiale, le ressac entamé par WeWork fait froid dans le dos. Depuis janvier, le leader incontesté sur son segment du bureau partagé "autrement" n'a signé que 4 nouveaux baux de location au dernier trimestre 2019. Soit un total de 17.000 m² - l’équivalent de la surface signée avec Whitewood seul - contre plus de 235.000 m² encore le trimestre précédent.

La réduction de voilure est donc aussi brutale qu’impressionnante. Et le plus proche concurrent dans le rétroviseur n'est pas près de remplacer WeWork sur le terrain. Au total, le marché locatif des espaces de travail flexibles a vu sa surface se réduire comme peau de chagrin: de 75% en l'espace de trois mois. Si toutes les grandes villes sont concernées par ce ressac brutal, ce sont les américaines qui trinquent le plus.

Il y a encore trop d'entreprises financées qui ont des coûts fixes élevés et des revenus marginaux moins élevés.
Henry McVey
Dirigeant du fonds KKR

Pour rappel, dès 2018, WeWork était devenu le bailleur privé le plus important du brelan d’as Manhattan, Londres et Washington. Et depuis 2010, le marché de la location d'espaces de bureaux partagés, qui enregistrait une croissance de plus de 25% sur base annuelle, planifiait une montée en puissance plus accélérée encore. Aujourd’hui, le conseil international en immobilier CBRE annonce un "net ralentissement" pour 2020 et mise encore sur une croissance de 10 à 15%. Au mieux.

Modèle économique remis en question

Selon nos collègues français des Echos, le marché espère que de nouveaux venus, comme Venture X, Office Evolution ou Bond Collective – totalement inconnus chez nous - pourront relancer la machine. Mais certains investisseurs mettent désormais en garde contre les modèles économiques basés sur des coûts fixes élevés.

L'antenne de WeWork rue du Commerce à Bruxelles. ©WeWork

L'un des dirigeants du fonds KKR, Henry McVey, très écouté par les milieux d’affaires, a démontré dans un rapport que la situation de WeWork n'est pas un cas unique. "Il y a encore trop d'entreprises financées qui ont des coûts fixes élevés et des revenus marginaux moins élevés. Et en 2020, nous pensons qu'une communauté d'investisseurs, plus sceptique, montrera ces failles. En particulier quand ces entreprises tenteront d'accéder aux marchés financiers", avance-t-il, avec en ligne de mire WeWork et la plus importante entrée en bourse avortée de l’année dernière.

Cet incident de parcours est sans effet négatif pour nous. Que du contraire.
Frederic Van der Planken

"Encore mieux sans WeWork"

Retour à Bruxelles. Quand on fait remarquer à Frederic Van der Planken que la vacance locative liée à cette décision irréversible est une très mauvaise nouvelle pour lui et le marché local, il répond du tac au tac: "Cet incident de parcours est sans effet négatif pour nous. Que du contraire: on a pour l’instant cinq candidats occupants potentiellement intéressés et prêts à signer pour un montant locatif supérieur à celui précédemment négocié avec WeWork."

"On respecte par ailleurs le calendrier des travaux initial et on ouvrira bien dans un an, pour accueillir dans les délais prévus le personnel de bpost, qui traversera alors la rue pour que nous puissions avancer sur l’immeuble d’en face, le Centre Monnaie, qui doit être vidé de ses principaux occupants, Ville de Bruxelles comprise, avant qu’on le réhabilite, lui aussi. C’est la raison pour laquelle nous rencontrons actuellement les bureaux d’architectes étrangers retenus pour concevoir le nouvel ensemble mixte dans les temps", rassure-t-il, sans plus perdre de temps avec l’avatar WeWork, comme d’autres l’ont d’ailleurs fait récemment: Ghelamco dans l’immeuble Spectrum (Madou) et Mercury Capital dans le Treurenberg 2-4, qui devait, lui aussi, être entièrement occupé par WeWork.

Plusieurs candidats au rachat de l'immeuble Multi-Tower

Aux dernières nouvelles, plusieurs candidats auraient même déjà un pied dans la porte pour racheter l’immeuble Multi-Tower avant sa livraison. On a cité à plusieurs reprises le nom d’Allianz. Des investisseurs coréens seraient également pressentis… On a vu récemment – avec la Tour des Finances – que les principaux actifs immobiliers bruxellois étaient pour l’instant dans leur viseur. Et que le montant à mettre sur la table n’était pas un problème pourvu que l’actif immobilier soit bien situé et bien loué. Ce qui sera le cas, selon son propriétaire actuel.

Lire également

Publicité
Publicité

Echo Connect