Y a-t-il conflit d'intérêt chez Immobel?

©Debby Termonia

Feu nourri de questions autour de la rémunération de Paul Buysse à l’assemblée générale d’Immobel. L’indépendance du président du conseil a été remise en question par une poignée d’actionnaires. Paul Buysse a été suspecté de conflit d'intérêts.

"Je suis le président de tous les actionnaires, mais il y a un actionnaire de référence à qui on doit le respect en fonction de ce qu’il a investi chez nous en prenant près de 30% de capital. Ceci étant, je représente tous les actionnaires". Préambule en forme de défense pour le comte Paul Buysse, président du conseil d’administration d’Immobel, il est vrai, soumis à un feu nourri de questions de petits actionnaires. "À la base des différentes questions posées, nous avons revu, réanalysé et contrôlé nos procédures avec nos avocats. Nous avons scrupuleusement pris comme guide les lois et les règles de gouvernance et, de notre point de vue, nous les avons appliquées correctement", a déclaré Paul Buysse, avant de marteler qu’il n’avait "jamais eu de contact direct avec l’actionnaire de référence concernant le projet Cedet".

L’ombre d’Eastbridge

L’actionnaire de référence dont il a été question à deux reprises dans ce préambule de Paul Buysse est Eastbridge, un holding luxembourgeois. Non content d’être l’actionnaire de référence d’Immobel (près de 30% du capital), Eastbridge est l’un des principaux actionnaires d’Ageas.

En début de semaine, nous avons publié un article portant sur une convention passée entre Eastbridge et l’ancien patron d’AG Real Estate. Selon nos informations (non démenties), Eastbridge comptait proposer l’ancien patron d’AG Real Estate à la nomination à un poste d’administrateur chez Ageas contre une rémunération de cinq millions d’euros. Ces pratiques de l’actionnaire de référence d’Immobel ont été au cœur des débats lors de l’assemblée générale d’Immobel.

"Je suis désolé de gâcher la fête de ce qui a été présenté", s’est exclamé l’avocat Laurent Arnauts, qui intervenait au nom de deux actionnaires. Et Laurent Arnauts ne s’est pas gêné pour enchaîner les salves. "Un cours de Bourse ne fait pas le printemps. Il y a, chez vous, des problèmes de gouvernance qui, s’ils étaient avérés, pourraient avoir des connotations pénales". Ambiance, ambiance.

Revenant sur la convention liant Eastbridge et l’ancien patron d’AG Real Estate, Laurent Arnauts a tenté de savoir si une telle convention liait Eastbridge ou l’une de ses entités avec l’un des administrateurs d’Immobel. Puis, se faisant plus pressant, l’avocat a voulu savoir si une telle convention existait entre Eastbridge et le comte Buysse. "En ce qui me concerne, il n’y pas de convention, ni écrite, ni verbale, entre Eastbridge et moi. J’ai été nommé par l’assemblée générale sur proposition du CEO", a martelé le comte, avant de jeter un regard vers son avocat, Olivier Caprasse, et vers les deux conseils de la société, Xavier Dieux, Didier Willermain. Pas vraiment des stagiaires.

Interpellée à son tour, Davina Bruckner, présidente du conseil de surveillance d’Eastbridge, n’a rien dit d’autre. Elle a confirmé qu’il n’existait aucune convention entre Eastbridge et l’un ou l’autre administrateur d’Immobel.

En réalité, ce qui dérange les petits porteurs d’Immobel, c’est le séquençage de l’entrée d’Eastbridge dans le capital d’Immobel, une opération suivie par une augmentation conséquente du salaire de Paul Buysse.

Conflit d’intérêts?

Un petit porteur résume fort bien ce séquençage dans une question écrite posée à Immobel que la société, dans un souci de transparence, a publiée sur son site internet la veille de l’assemblée.

Eastbridge est entré dans le capital d’Immobel le 31 août 2010. Deux mois plus tard, le comité des administrateurs indépendants d’Immobel conseillait à la société d’acquérir deux projets polonais appartenant à Eastbridge. Et un mois après, le comité de rémunération, présidé par Didier Bellens, l’ancien patron de Belgacom, décidait de faire passer la rémunération de Paul Buysse de 200.000 à 450.000 euros!

Pour certains actionnaires, les liens sont trop évidents et ils suspectent le compte Buysse d’être trop lié avec l’actionnaire de référence d’Immobel. Laurent Arnauts y voit même un conflit d’intérêts. Pour lui, l’augmentation de la rémunération de Paul Buysse n’était pas inconditionnelle. "Cette augmentation a été financée et payée par une ‘newco’ à créer en Pologne en vue de la réalisation des projets polonais (Okraglak et Cedet, NDLR). Cela pose des questions d’indépendance. Vous avez participé à des votes concernant les projets polonais, il y a conflit d’intérêts", a expliqué l’avocat. Selon ce dernier, si Immobel n’avait pas acheté le projet Cedet (rénovation d’un immeuble à Varsovie), Paul Buysse n’aurait pas perçu les 250.000 euros supplémentaires de sa rémunération. "Ce n’est pas ici qu’il sera jugé de savoir si vous êtes digne de confiance ou non", a encore martelé Laurent Arnauts.

Le président du conseil d’administration d’Immobel, on s’en doute, n’a pas laissé passer une telle attaque. "Je n’ai jamais eu le moindre contact avec Eastbridge ou l’un de ses représentants ou même avec son portier en ce qui concerne le dossier Cedet. Il s’agit d’un projet phare qui nous a positionnés immédiatement sur le marché polonais. Je me sens toujours indépendant, je suis toujours indépendant dans mon esprit et les actionnaires le savent", a répondu Paul Buysse.

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