Zizanie chez les Mulliez autour d'un projet immobilier turc

©Anadolu Agency

Deux frères et leur cousin, tous les trois issus de la dynastie Mulliez (Auchan, Decathlon, Kiabi…), se font la guerre au tribunal de commerce sur fond d’un projet immobilier à Istanbul.

Le tribunal de commerce francophone de Bruxelles a été le théâtre jeudi d’une joute verbale dont la famille Mulliez (Auchan, Decathlon, Kiabi,…) se serait bien passée. Deux frères et un cousin de la dynastie (classée 3e fortune de France avec un patrimoine évalué à 26 milliards d’euros) se déchirent devant les tribunaux belges à propos d’un projet immobilier situé sur la place Taksim, à Istanbul.

L’action en justice a été initiée par Richard Bossant, un actionnaire minoritaire de la société Vizzion Participations, défendu par Yves Brulard (DBB). Cette société, créée à Bruxelles en 2008 par l’architecte Sefik Birkye, porte une série de projets immobiliers d’envergure. En 2008, Richard Bossant a décidé de placer plus de 11 millions d’euros dans Vizzion Participations (VP). Il a été rejoint par Patrick et Jean Mulliez, deux des frères de Gérard Mulliez – fondateur d’Auchan – et par Gonzague Mulliez, le cousin des deux premiers.

Au début, tout se passait bien dans le meilleur des mondes. Les projets de développement immobilier de VP se suivaient et rien ne devait briser l’harmonie familiale. Jusqu’à ce que les acolytes décident d’investir dans un projet de centre commercial sur la place Taksim, au cœur d’Istanbul. Le métier est difficile, il faut souvent réinjecter des fonds et le projet turc n’est pas le plus simple. Aujourd’hui, il s’agit d’un trou béant qui menace de s’effondrer, a précisé Yves Brulard lors de l’audience qui s’est tenue hier. Il faudrait 5 millions d’euros pour que l’entrepreneur continue, 20 millions pour assurer le chantier et 300 millions pour boucler le projet.

Pour l’avocat de Richard Bossant, la continuité de Vizzion Participations est menacée et il est nécessaire de nommer un administrateur provisoire dans la société pour sauver ce qui peut l’être. En cours de procédure, Gonzague Mulliez, fondateur des Tapis Saint-Maclou, défendu par Jean-François Goffin et Olivia de Patoul (CMS), a fait un acte d’intervention volontaire dans le dossier, également pour demander la désignation d’un administrateur provisoire.

Dossier compliqué

Le dossier est complexe. Peu après la création de Vizzion Participations, les membres de la famille Mulliez ont décidé de transférer les projets les plus sensibles vers Bosslord, une société basée au Grand-Duché dont les deux frères et le cousin sont les trois actionnaires, sachant que Gonzague, le cousin, détient un peu plus d’un tiers, soit une minorité de blocage.

Au fil des ans, les trois Mulliez ont toujours soutenu financièrement Vizzion Participations, injectant plus de 600 millions d’euros dans VP. Les récents soutiens financiers de Jean et Patrick Mulliez se sont faits via des prêts avec un taux de 15 à 18% qualifié d’usuraire par Gonzague Mulliez.

En septembre 2016, le mandat de Gonzague Mulliez au sein de VP n’a pas été renouvelé. "Il y a là une volonté de museler le membre de la famille Mulliez qui ose ne pas marcher dans le rang", a plaidé Jean-François Goffin, le conseil du cousin.

Une des solutions pourrait être d’augmenter le capital de VP, mais Gonzague Mulliez, qui ne veut plus y investir, ne veut pas non plus être dilué aux conditions proposées par ses cousins et qu’il juge inacceptables. Le blocage est total. Et le non-renouvellement de son mandat a été vécu comme une déclaration de guerre.

De l’autre côté de la barre, Jean-François Germain et Maxime Berlingin (Fieldfisher), les avocats de Vizzion Participations, se sont employés à rappeler que Richard Bossant et Gonzague Mulliez ont validé toutes les opérations jusqu’en 2016. Au passage, Jean-François Germain a rappelé que les Mulliez (via Bosslord) n’avaient jamais cessé de soutenir financièrement VP et qu’il ne pouvait donc pas être question de discontinuité.

Si un administrateur provisoire devait être désigné, les deux frères Mulliez pourraient décider de retirer la prise, a précisé l’avocat. Le conseil de Vizzion Participations a également expliqué que pour obtenir la désignation d’un administrateur provisoire sur base de la loi sur la continuité des entreprises, il fallait prouver l’existence de fautes graves pouvant entraîner la discontinuité. Et cette preuve n’a pas été apportée par les demandeurs, a-t-il plaidé. "Nous sommes face à une société qui fonctionne, contrôlée par un réviseur avec, à l’heure actuelle, le soutien des actionnaires. En quoi peut-on dire que les organes en place ont commis des fautes graves et caractérisées qui mettraient en cause la continuité de la société? Et en quoi un administrateur provisoire pourrait faire mieux?", s’est encore demandé Jean-François Germain. L’affaire a été prise en délibéré.

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