Grosse acquisition pour le "dépanneur" liégeois CE+T

Ses systèmes d’alimentation de secours équipent les Proximus, Solvay et autres Infrabel. Désormais, en rachetant Alpha Innovations, le monde médical complétera notamment sa clientèle.

Pour alimenter son développement, le liégeois CE+T a jeté son dévolu sur le néo-louvaniste Alpha Innovations, a-t-on appris vendredi. Le spécialiste des onduleurs modulaires parallélisables, ces systèmes d’alimentation électrique de secours à destination d’entreprises qui ne peuvent se permettre une interruption d’activité, a fait par-là l’acquisition d’un concurrent certes, mais aussi et surtout d’une entreprise à l’activité "très complémentaire", souligne Robert Eyben, CEO de CE+T.

Et pour cause, bien que de taille inférieure avec 14 millions d’euros de chiffre d’affaires en 2018 contre plus de 40 millions pour le groupe liégeois, l’entreprise est active dans le monde médical notamment, quand CE+T est lui plutôt dans l’industrie et les télécoms, avec des clients comme Infrabel, Proximus, Solvay, VOO et Charleroi Airport.

"Notre relation remonte à la nuit des temps, explique Robert Eyben Nous avons vendu depuis bien longtemps les solutions l’un de l’autre. Mais aujourd’hui, dans un marché mondialisé, nous allons enfin pouvoir mettre en commun nos expertises, ce qui nous permettra d’amener de la valeur ajoutée, de la compétitivité et un meilleur service à nos clients. De même, ce rapprochement nous permettra de réduire le coût de développement de nouvelles technologies, de par un amortissement sur un marché plus large à l’avenir."

Un peu comme dans l’optique de l’acquisition, l’an passé, du bruxellois GAI, boîte d’un million d’euros de chiffre d’affaires, travaillant à la vente, l’installation et la maintenance de systèmes industriels d’alimentation sans interruption (UPS) pour IBM, AGC Glass (ex- Glaverbel), SNCB-Tractebel ou encore Solvay.

À l’époque, il s’agissait d’un tournant pour CE+T qui, sur la dernière décennie, avait plutôt opté pour de la croissance interne. Raison invoquée? "On a déjà tellement de boulot, avec une petite équipe, que l’on y était probablement pas trop attentifs", souriait le patron dans ces pages.

Deuxième acquisition en l’espace d’un an

Désormais, la dynamique a résolument été inversée avec la reprise d’Alpha Innovations et de ses 40 employés qui viendront gonfler les plus de 250 collaborateurs que compte CE+T dans ses bureaux en Belgique, en Chine, en Inde, au Luxembourg et aux USA, en plus de laboratoires en Belgique, au Luxembourg et en Inde. D’ailleurs, "ce n’est peut-être pas notre dernière acquisition", glisse amusé Robert Eyben, en route pour une remise de prix devant couronner sa gestion, après un autre déjà accordé en ce sens l’an passé par Deloitte.

Après tout, le CEO est parvenu à transformer en profondeur cet acteur de niche – dont il a repris les rênes il y a 20 ans lors d’un management buy-out – en faisant évoluer l’activité historique d’alimentation de puissance vers une plus grande diversification. D’un marché "purement télécoms à l’origine" – et donc mature –, CE+T tire désormais 60% de ses revenus d’activités liées aux data centers télécoms – "dont personne n’aurait même cité le nom il y a 20 ans d’ici" –, aux chemins de fer, aux métros et aéroports, à la gestion du réseau électrique ou aux systèmes de contrôle des énergies renouvelables. Bref, autant de nouvelles cordes à un arc en forte croissance.

Ce qui ne veut pas dire pour autant que les veilles télécoms ont dit leur dernier mot. Au contraire, même à l’aube du déploiement de la 5G qui nécessitera des changements au niveau des infrastructures des opérateurs et donc des investissements massifs de leur part. "Même si cela n’a pas encore d’effet dans nos chiffres, cela va changer la donne, souligne le patron, avec l’arrivée des voitures autonomes et l’explosion des services cloud. CE+T est aujourd’hui à un tournant." Une équipe de 10 personnes se concentre à ce titre sur des solutions liées à l’internet mobile ultra-rapide. Si les clients ne peuvent être cités, "on travaille avec la plupart des équipementiers significatifs et les plus gros opérateurs au monde", confie Robert Eyben depuis Wandre.

En parallèle, le groupe a aussi investi depuis peu le monde de l’énergie en créant CE+T Energrid en 2017, entreprise spécialisée dans la gestion énergétique (micro-réseaux, stockage…), puis un homologue aux USA, Energy Solutions, en 2019.

85 ans, parfois difficiles

Des développements bien loin des débuts… En effet, l’aventure du groupe a commencé en 1934 déjà lorsque Joachim Frenkiel, professeur à l’Université de Liège, fondait une entreprise de fabrication de matériel électrique restée familiale jusque dans les 70. Les avancées technologiques se sont alors succédé… avant de déboucher sur quelques difficultés. La société est alors vendue au Liégeois Yvan Paque qui la gardera en sa possession une dizaine d’années avant de la revendre à Meusinvest (95%) et Robert Eyben (5%) – un ancien de la FN – pour pouvoir réinvestir dans ses activités personnelles. Là, la piste d’un adossement à un grand groupe est évoquée. Avant d’échouer. "C’est alors que nous avons convaincu Meusinvest d’un management buy-out" par plusieurs cadres de l’entreprise, raconte Robert Eyben. On est en 1999. Aujourd’hui, ils en détiennent toujours 78%, quand Meusinvest est redescendue à 5%, le reste étant entre les mains de la SRIW "qui nous a aidés à grandir à un moment donné et à remettre de l’ordre dans la structure". Et pour cause, l’entreprise "a vécu des moments très difficiles, descendant jusqu’à 45 personnes car 95% de notre activité – 100 millions de francs belges de chiffre d’affaires – étaient en Belgique avec un opérateur: Belgacom". La donne est désormais différente. Les perspectives aussi.

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