Groupe Lefort: Le roi du broyeur est carolo

©anthony Dehez

Entreprise familiale fondée en 1947, Lefort est spécialisée dans la conception et la fabrication de cisailles, presses et broyeurs destinés à l’industrie du recyclage des métaux. Du "made in Wallonia" qui accumule les premières mondiales depuis plus de 70 ans.

Les stigmates de la Seconde Guerre mondiale commencent à disparaître. Charleroi l’industrielle est en plein boom. La verrerie, la sidérurgie, l’émaillerie carolo sont à leur sommet. C’est à cette époque que Nestor Lefort démarre la production de presses hydrauliques.

Nous sommes en 1948. Il a l’idée de fabriquer ce type de machine pour remettre plus facilement la tôle remplie des trous des casseroles dans les bains brûlant la matière. Nestor dépose des brevets. La marque Lefort est née.

De 40 à 60 millions
d'euros
C'est le chiffre d'affaires de Lefort.

Septante ans plus tard, on retrouve Christian Lefort, le petit-fils de Nestor, au sein de son usine implantée à Gosselies, à l’endroit même où les émailleries carolos étaient en activité.

Aujourd’hui, le groupe Lefort emploie 170 personnes et possède quatre filiales de par le monde: en France, en Angleterre et aux Etats-Unis. Une filiale en Allemagne vient d’être créée.

Lefort exporte plus de 95% de sa production et dispose d’un réseau mondial de revendeurs et de succursales couvrant les 5 continents. Pourtant, le groupe Lefort est quasi inconnu dans la région de Charleroi et en Wallonie.

Pour l’anecdote, le nouveau commercial & marketing manager de l’entreprise, Olivier Lefevre, que nous avons rencontré dans le cadre de ce reportage nous a avoué que lui-même ne connaissait pas la société avant de la rejoindre en juillet 2017. Avant cela, Olivier Lefevre travaillait pourtant depuis 23 ans pour Caterpillar. Les deux sites sont à environ un kilomètre l’un de l’autre.

Cette faible visibilité s’explique en partie par le secteur d’activité, la société étant spécialisée dans la conception et la fabrication de tout type de cisaille, presses hydrauliques et autres broyeurs destinés à l’industrie du recyclage de métaux.

  • 1947 - Création

A Gosselies, Nestor Lefort fonde un petit atelier spécialisé dans la fabrication et l’entretien d’équipements hydrauliques.

  • 1948 - Brevets

L’élimination des menues ferrailles en provenance des petites usines locales devient un problème. Nestor Lefort dépose des brevets et démarre la production de presses hydrauliques afin de réduire le volume des déchets métalliques.

  • 1958 - Première mondiale

Yvon Lefort, le fils de Nestor, invente et fabrique la cisaille crocodile hydraulique. Une première mondiale.

  • 1998 - Troisième génération

Désignation de Christian Lefort au poste de directeur général du groupe.

  • 2006 - Nouvelles installations

Construction de nouvelles installations et de nouveaux bureaux pour le service après-vente. Inauguration d’une nouvelle usine de fabrication de vérins hydrauliques.

  • 2016 - Innovation

Lefort lance la première gamme de presse-cisaille sur chenilles.Encore une innovation née dans le bureau d’études de Gosselies.

Un secteur d’activité qui est plus qu’une niche et qui est très peu médiatisé même si les scènes avec des broyeurs de voitures ont pullulé dans les films de l’Hollywood des années 80.

Christian Lefort, l’actuel CEO de l’entreprise, confesse qu’il est très discret. " C’est la mentalité de la maison. Mais cette discrétion nous a permis aussi de continuer à progresser et de bien asseoir la société. C’est une société familiale à 100% qui a de très bonnes fondations", se défend le patron.

La quatrième génération n’est pas loin puisqu’Antoine et Julien travaillent déjà dans l’entreprise.

Cisailles, presses et broyeurs

Les cisailles que fabriquent Lefort sont des sacrées machines. Elles présentent des forces de coupe qui peuvent aller jusqu’à 1.800 tonnes! Elles pèsent de 30 à 400 tonnes. Elles mesurent plusieurs mètres en largeur et en hauteur. On se sent tout petit à côté.

Les presses Lefort sont capables d’atteindre une capacité de 50 tonnes à l’heure de production lors de pressage de carcasses de voitures par exemple.

Enfin, les broyeurs ont une puissance entre 500 à 3000 cv. Il faut compter plusieurs mois pour construire de telles machines. Et compter entre 300.000 et deux millions d’euros pour en acquérir une. En général, les modèles sont disponibles en quatre déclinaisons: stationnaire, sur béquille, avec roue ou sur… chenilles.

Depuis 2016, Lefort est d’ailleurs la seule entreprise au monde à proposer une presse-cisaille sur chenilles. Il y a quelques jours à peine, la société a livré la première broyeuse de métaux sur chenille. En septante ans, Lefort est donc passé des casseroles carolos à une batterie de premières mondiales.

Les affaires vont donc bien malgré un marché cyclique qui est au cœur de l’échange commercial des matières premières avec toutes ces facettes (excédent, géopolitique…). Des éléments qu’a priori on ne peut maîtriser depuis Gosselies. Le chiffre d’affaires tourne pourtant entre 40 à 60 millions en fonction des années.

"C’est la mentalité de la maison, d’être discret."
Christian Lefort
CEO

D’un point de vue comptable, deux-trois machines qui sont payés en décembre ou en janvier, cela peut changer fortement. Le carnet de commandes est rempli jusqu’en avril 2019. "N’oubliez pas qu’un kilo de cuivre, cela n’a pas la même valeur qu’un kilo de fer", précise Olivier Lefevre. Oui, le recyclage est en vogue y compris dans l’industrie lourde.

Des premières mondiales à la pelle

C’est l’innovation constante qui est la clé de réussite de l’entreprise familiale. D’ailleurs, chaque génération a eu droit à sa première mondiale ou a fait grandement grandir l’entreprise d’un point de vue technologique. Ainsi, en 1958, Yvon Lefort, le fils de Nestor, invente et fabrique la cisaille crocodile hydraulique. En 1970, Yvon toujours dépose le brevet du premier bac de compression embiellé. C’est dans ce genre de bac qu’on dépose les voitures avant qu’elles ne soient broyées. En 1982, l’actuel dirigeant, Christian Lefort, conçoit la cisaille mobile 420T. C’est la première née d’une impressionnante famille de machines mobiles de toutes tailles qui ont révolutionné le monde du recyclage.

C’est aussi Christian Lefort qui a l’idée de mettre des chenilles en dessous de ces machines. C’est la dernière innovation du groupe.

Des composantes made in Wallonia

Chaque machine portant le nom de Lefort est assemblée dans l’immense usine de Gosselies, dont la superficie totale dépasse les 65.000 mètres carrés. "Nous fabriquons d’ailleurs plus de 70% des composantes en interne", ajoute Olivier Lefevre. "Et notamment nos propres vérins hydrauliques, insiste Christian Lefort. Cela nous permet de maîtriser notre chaîne de production de A à Z." Pour ce faire notamment, ils ont investi 15 millions d’euros dans l’outil de production. "Nous avons aussi notre bureau d’études, poursuit Christian Lefort. Ils sont une dizaine à y travailler".

Ces dernières années, l’entreprise Lefort a fortement développé son service après-vente. "Il faut bien se rendre compte que quand une machine ne fonctionne pas, le client ne peut pas facturer." Dorénavant, la société n’hésite pas à racheter ces machines à ces clients, à les remettre en l’état et ensuite à les revendre d’occasion.

Enfin et c’est notamment la quatrième génération qui s’en occupe, Lefort a décidé de se lancer dans le renting-location pour des périodes allant de 3 mois à 3 ans, le tout lié à un contrat de maintenance.

Après les avancées technologiques, la quatrième génération sera-t-elle celle de l’avancée de l’offre de services? Une question qui ne semble pas tarauder Yvon Lefort. Du haut de ses 87 ans, il continue à venir tous les jours à l’usine.

©anthony Dehez

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