La moitié de l'emploi risque de partir à la casse chez NLMK Clabecq

©AFP

Un conseil d’entreprise extraordinaire est prévu ce jeudi matin. La direction du sidérurgiste russe NLMK va lancer une procédure Renault pour son site de Clabecq. L’intention de la direction serait de diminuer l’emploi de près de 300 personnes. Actuellement, le site occupe 590 travailleurs.

La convocation d’un conseil d’entreprise extraordinaire chez NLMK Clabecq ce jeudi à 9 heures fait craindre le pire. Prévenus par téléphone par les responsables des ressources humaines de l’usine mercredi matin, les syndicats redoutent une casse sociale d’envergure.

L’intitulé de la convocation ne laisse d’ailleurs pas planer de doute sur la teneur de l’annonce qui sera faite aux travailleurs car la direction évoque "la situation économique de NLMK Clabecq". Une conférence de presse est déjà annoncée dans la foulée.

590
personnes
Le site de NLMK à Clabecq emploie près de 600 personnes (520 CDI et 70 intérimaires)

Selon nos informations, la commune de Tubize aurait indiqué qu’elle refusait que la conférence de presse soit organisée sur son territoire de peur de débordements, preuve que la tension sociale est à son paroxysme. Il faut dire que cette probable annonce d’une restructuration rappelle de mauvais souvenirs aux travailleurs du site de Clabecq puisque celui-ci est la dernière partie encore en activité depuis la fermeture des Forges de Clabecq.

À leur apogée dans les années 70, les forges employaient plus de 5.000 personnes. Spécialisé dans une série de produits de niche grâce à un laminoir qu’on présente comme l’un des meilleurs d’Europe, le site de NLMK à Clabecq emploie 590 travailleurs selon la CSC. En l’occurrence, 520 salariés et 70 intérimaires. Parmi les salariés, il y aurait environ 400 ouvriers et une centaine d’employés.

Bien qu’unique, le site fait face à une concurrence de plus en plus importante au point que la direction russe de NLMK estime que la structure actuelle ne permet plus à l’usine d’être compétitive. Les relations tendues entre les syndicats et la direction russe ont par ailleurs envenimé la situation.

En préparation depuis plusieurs semaines avec la Sogepa, le bras financier de la Région wallonne qui détient 49% de NLMK Europe, la direction va lancer une procédure Renault ce jeudi matin. D’après nos informations, l’intention de la direction est de diminuer l’emploi de près de 300 personnes.

Colère syndicale

Du côté syndical, on se dit stupéfait par cette convocation. "Le patron de NLMK déclarait en juillet 2016 que les installations de La Louvière et Clabecq étaient de classe mondiale et la direction promettait une série d’investissements. Ces investissements ont aujourd’hui été retardés et on peut imaginer que c’était en vue de privilégier un autre scénario, analyse Lahoucine Ourhibel, permanent syndical à la CSC. En ce qui concerne les pertes d’emploi, les chiffres les plus fous circulent actuellement. La réalité, c’est qu’à ce stade, on ne sait pas mais on s’attend effectivement, pour jeudi matin, à de très mauvaises nouvelles."

"Nous sommes pour l’instant dans l’expectative, mais je pense que des pertes d’emploi vont être annoncées."
Matteo Villani
Délégué syndical FGTB

La colère est partagée dans les rangs de la FGTB. "Il y a mauvaise nouvelle et très mauvaise nouvelle." Tel est le propos de Philippe Genin, permanent syndical de la FGTB quand on l’a contacté suite à l’annonce de la tenue d’un conseil d’entreprise extraordinaire ce jeudi matin. "Combien d’emplois seraient menacés me demandez-vous? Je n’ai pas de boule de cristal et il ne faut jamais oublier que derrière les chiffres lancés à la hussarde, il y a des familles", poursuit le permanent de la FGTB.

"Nous sommes pour l’instant dans l’expectative, mais je pense que des pertes d’emploi vont être annoncées", précise Matteo Villani, délégué syndical FGTB sur le site de Clabecq où les brames (des blocs d’acier) sont transformées en tôles et en plaques (à La Louvière, les mêmes brames sont transformées en bobines, NDLR). "Nous aplatissons les brames qui arrivent directement de Russie. Une fois aplaties, les plaques et tôles sont chauffées à haute température. Mais ce qui est important, c’est qu’au final, NLMK Russie vend sa matière première à NLMK Belgique et donc quelques millions remontent par an de la Belgique vers la Russie", décrypte le syndicaliste.

Faible marge bénéficiaire

Pour rappel, NLMK Russie est le numéro 1 mondial pour la fabrication de brames. Ainsi, le site de Clabecq est devenu en quelque sorte un sous-traitant au sein du groupe mondial. "On ne maîtrise plus nos prix de vente et au final, nous sommes devenus un centre de coûts", complète Lahoucine Ourhibel. Le syndicaliste affirme lui aussi que la matière première utilisée à Clabecq pour faire des tôles est achetée à un autre site de NLMK. Ces tôles sont ensuite revendues au sein du groupe avec une faible marge bénéficiaire.

En Belgique, NLMK exploite trois sites: Clabecq, La Louvière mais aussi Manage qui est plutôt un site de stockage. Le nombre d’emplois est à peu près équivalent entre le site de Clabecq et de La Louvière. Via la Sogepa, la Région wallonne est actionnaire du holding belge à hauteur de 49%. Les syndicats disent d’ailleurs qu’ils interpelleront rapidement la Région wallonne.

Les contacts sont en cours nous dévoile un acteur concerné au premier plan. Une autre source interne nous indique qu’il est peu probable que la Wallonie réinjecte de l’argent. "Elle l’a déjà fait pour sauvegarder l’emploi, pas certain qu’elle le fera à nouveau", constate anonymement et froidement un autre syndicaliste.

"Nous analyserons sereinement les données qui seront communiquées jeudi par la direction et nous demanderons l’appui d’un organisme financier indépendant pour envisager des alternatives au bain de sang social qui sera probablement annoncé", conclut le permanent de la CSC.

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