Liberty promet des investissements à Liège, mais pas tout seul

Sanjeev Gupta, le patron de Liberty Steel, croit à la pérennité de la production d’acier compétitive en Europe. ©Liberty Steel

Sanjeev Gupta, le patron de Liberty Steel, était à Liège pour la reprise "officielle" des installations de Flémalle et de Tilleur. Passé les 100 jours de la reprise, il exposera son plan de développement pour les lignes de galvanisation. Mais il attend le soutien des pouvoirs publics pour les futurs développements.

Champagne, petits fours et… boulets à la liégeoise au menu de cette réception pour la reprise "officielle" des actifs vendus par Mittal dans le bassin liégeois. Sanjeev Gupta, le nouveau maître des lieux via Liberty Steel, filiale du groupe familial GFG Alliance, est venu en personne faire connaissance avec le personnel mais aussi avec les édiles locaux et régionaux accourus en rangs serrés. Il faut dire qu’un investissement dans l’acier liégeois est un jour à marquer d’une pierre blanche.

15 milliards USD
En quelques années, Sanjeev Gupta a construit un conglomérat industriel et financier diversifié qui pèse plus de 15 milliards de dollars de chiffre d’affaires.

Encore inconnu sur la scène industrielle européenne il y a quelques mois, le groupe GFG Alliance n’est pourtant pas un manchot. En quelques années, Sanjeev Gupta a construit un conglomérat industriel et financier diversifié qui pèse plus de 15 milliards de dollars de chiffre d’affaires. Le groupe faîtier s’appelle GFG Alliance; il est présent dans les secteurs de l’énergie, des mines, des métaux, de l’ingénierie, de la logistique, des services financiers et a son siège à Londres. Liberty House gère l’industrie et, en son sein, l’aciérie est pilotée par Liberty Steel.

Avec le rachat de deux tiers des actifs de Mittal dans le bassin liégeois (deux lignes de galvanisation à Flémalle et le site de production de fer-blanc à Tilleur), l’usine de Dudelange et d’autres intérêts en Roumanie, en République Tchèque et en Italie, Liberty devient le troisième producteur d’acier en Europe. De quoi effectivement lui dérouler le tapis rouge.

Relancées il y a près d’un an, les deux lignes de galvanisation à chaud et à froid du site de Flémalle tournent aujourd’hui à plein régime, essentiellement pour des intermédiaires transformateurs pour l’industrie et l’électroménager. Mais après la période d’incertitude due au changement de propriétaire, le secteur automobile, PSA notamment, marque à nouveau son intérêt et pourrait revenir dans le carnet de commandes.

"L’Europe doit continuer à produire de l’acier. Nous continuerons donc à investir pour pérenniser cette activité dans son berceau liégeois."
Sanjeev Gupta
CEO Liberty Steel

L’avenir de l’acier en Europe, Gupta y croit fermement, faisant taire les Cassandre qui voient le secteur totalement aux mains des producteurs chinois ou américains. En substance, l’Europe a mieux à faire que de se contenter des miettes. "Nos clients veulent des produits de qualité et ce site est à même de fournir cette qualité", affirme-t-il. Il se dit donc prêt à investir sur ces deux sites après une analyse détaillée des besoins et des opportunités de 100 jours, finalisée vers la mi-octobre. "En tant qu’entreprise familiale, nous investissons pour le long terme et notre objectif est d’assurer la durabilité de l’entreprise sur le plan environnemental, mais surtout économique et social. L’Europe doit continuer à produire de l’acier. Nous continuerons donc à investir pour pérenniser cette activité dans son berceau liégeois." Ces 100 jours sont notamment mis à profit pour nouer des relations avec les représentants des travailleurs, plutôt prudents vis-à-vis du repreneur. "C’est normal, les changements font toujours peur. Depuis notre arrivée, nous avons beaucoup discuté et les relations progressent", se réjouit Gupta. Liberty a d’ailleurs établi un code spécifique avec les syndicats sous égide européenne.

Sans s’étendre sur le sujet, Gupta met notamment l’accent sur des activités de recyclage. "Il faut trouver d’autres manières de produire de l’acier pour en réduire l’empreinte carbone. Le recyclage en fait partie." Le groupe Liberty détient déjà des usines de recyclage d’acier en Angleterre, aux Etats-Unis ou en Australie, mais pas en Europe continentale. L’objectif est aussi de pouvoir limiter la dépendance aux fournisseurs d’acier, comme Mittal évidemment. "Nous devons nous servir nous-même pour être plus autonomes", affirme encore Gupta. Quitte à faire d’autres acquisitions en amont de la production à Liège? "Nous avons toujours procédé par croissance organique et externe. Ici comme ailleurs", lâche-t-il encore.

Liège pourrait accueillir ce nouvel outil consacré au recyclage, mais le site n’est évidemment pas le seul en lice sur la carte du groupe. "Tout dépendra du soutien que l’on recevra des pouvoirs publics. Nous en avons besoin à plus d’un titre", affirme Gupta. Pour assurer des règles de concurrence équitable d’abord. "L’acier qui entre en Europe doit respecter les mêmes règles que celles imposées aux producteurs locaux, notamment sur le plan environnemental et les normes CO2", estime l’Indo-Britannique. Autre point qui fausse la concurrence: le prix de l’énergie, dont l’aciérie est très gourmande. "L’électricité est trois fois plus chère ici qu’en France. Ce n’est pas normal", estime Gupta.

Par ailleurs, le public doit aussi aider le privé à investir. "Tous les grands sites d’aciérie récents ont été financés par des États dans une perspective à long terme. Il est nécessaire d’y intéresser le public en Europe aussi", affirme-t-il encore dans un appel du pied très marqué aux représentants régionaux qui avaient répondu à son invitation. Et cela tombe bien, Willy Borsus, le nouveau ministre régional de l’Économie, lui a ouvert sa ligne directe "quasiment 24h/24".

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