interview

"Nous allons investir 150 millions pour renforcer la compétitivité des sites belges d'Aperam"

©Kristof Vadino

Entré sur Euronext en février dernier, le groupe Aperam se réjouit de cette opération qui lui a permis de renforcer sa visibilité en Belgique. Son CEO, l’Italien Timoteo Di Maulo, en tire un bilan positif.

"Nous sommes toujours à la recherche de nouveaux talents et cette entrée à la Bourse de Bruxelles nous offre une plus grande visibilité et nous permettra d’attirer les meilleures ressources. Nous engageons environ 10 personnes par mois et nous allons continuer sur cette voie", nous a-t-il confié lors d’un récent passage à Bruxelles. Il rappelle que chaque année, le groupe engage 100 travailleurs pour ses activités en fonction principalement des départs à la retraite.

Lors d’un "leadership journey" organisé début juin sur son site de Genk, Aperam a annoncé la troisième phase de son développement, qui sera marquée par un investissement de 150 millions de dollars pour accroître la compétitivité de l’entreprise. "Cette troisième phase est un programme de transformation qui doit permettre à Aperam d’utiliser toutes les nouvelles technologies (big data, automatisation, utilisation de robot, etc.) pour rendre nos lignes de production plus compétitives. L’objectif est de permettre à l’entreprise de passer à une nouvelle étape dans laquelle les nouvelles technologies viendront s’implanter dans cette industrie lourde", résume-t-il.

À l’entendre, le budget d’investissement de 150 millions se déclinera sur la période 2018-2020, soit un programme de 3 ans dont une grande partie de l’enveloppe sera consacrée aux sites belges de Châtelet (Wallonie) et de Genk (Flandre). "Ce budget d’investissement sera utilisé au niveau du groupe, mais il est clair qu’une grosse partie du portefeuille d’investissement ira à Genk et Châtelet. Ce sera proportionnel à la taille des sites belges. La Belgique représente un bon quart de tous nos FTE (travailleurs Équivalent temps plein, NDLR) et environ 30% de nos capex installés (actifs immobilisés, NDLR)", poursuit Timoteo Di Maulo. Sur les deux sites belges, le groupe occupe environ 2.200 travailleurs sur un total de 9.500 personnes dans le groupe.

Impossible de dire au stade actuel les retombées de cette enveloppe d’investissement de 150 millions de dollars, mais il est certain qu’elle permettra d’attirer de nouveaux profils de travailleurs dont Aperam a besoin pour booster son développement. Elle permettra, à tout le moins, de sécuriser pour les trois prochaines années les 10 recrutements mensuels réalisés actuellement. L’enveloppe viendra s’ajouter au montant classique d’investissement de 100 millions réalisé chaque année pour assurer principalement la maintenance des outils.

Gain de 150 millions

D’après le premier responsable du groupe dont la famille Mittal détient encore 40% du capital, les investissements permettront aussi de réaliser des gains d’économies évalués actuellement à… 150 millions. "Ce sont des récurrents qui viendront s'ajouter aux 526 millions  de gains déjà réalisés à fin mars. À la fin de l'année 2017, on sera 575 millions de gains réalisés", souligne-t-il.

La première phase de relance d’Aperam a été marquée par une restructuration avec la réduction, entre 2011 et 2013, des lignes de production jugées obsolètes pour se focaliser sur les lignes performantes. Cette phase a été suivie d’une autre avec des investissements conséquents sur les lignes maintenues pour améliorer leur productivité et réduire leur consommation. Elle s’achève cette année. D’où le lancement de la troisième phase dès l’an prochain pour accrocher le wagon des nouvelles technologies avec en ligne de mire l’amélioration de la compétitivité.

Dans le dispositif du groupe qui produit et vend des aciers inoxydables, les sites belges représentent un élément indispensable. En effet, tout produit fabriqué en Europe doit passer par le site de Châtelet (four électrique et laminoir à chaud) avant de prendre la direction du site de Genk (four électrique et laminoir à froid) pour une série de transformations. Les produits prennent ensuite la direction des sites français (Gueugnon, Isbergues).

Premier trimestre meilleur

Le groupe se refuse à donner des prévisions pour cette année 2017, mais assure qu’elle sera bonne. Les résultats du premier trimestre indiquent une augmentation significative de l’excédent brut d’exploitation (ebitda): 171 millions de dollars pour les trois premiers mois de 2017 contre 112 millions pour la même période en 2016. "Janvier, février et mars 2017 sont les meilleurs mois en termes de profitabilité. Notre ambition n’est pas volumétrique, mais plutôt la qualité de nos produits et de nos résultats, la relation avec les clients et la compétitivité", se réjouit Timoteo Di Maulo.

"Notre ambition n’est pas volumétrique, mais la qualité."
timoteo di maulo
ceo d’aperam

L’an dernier, le groupe a réalisé un chiffre d’affaires de 4,3 milliards de dollars et un ebitda de 492 millions. Environ 70% du chiffre d’affaires est réalisé en Europe. L’endettement du groupe a significativement fondu, passant de plus d’un milliard de dollars il y a quelques années à environ quelques dizaines de millions fin 2016. La solidité de ses résultats et de son bilan financier font que le groupe recueille une bonne note auprès des agences de notation (S&P, Moody’s).

Compétitivité, compétitivité

Même si ces résultats le placent loin devant ses concurrents européens (Otokumpu, Acerinox, etc.), Aperam continue à s’inquiéter des producteurs chinois, dont il est difficile de mesurer la capacité de nuisance sur le marché mondial. "Les mesures anti-dumping de l’Europe sont en vigueur depuis la mi-2015. Elles nous mettent à l’abri des importations chinoises en Europe, mais il ne faut pas oublier les effets indirects sur les autres pays", observe le CEO d’Aperam. "Ça se voit d’ailleurs avec des importations fortes en provenance de Taiwan, même s’il y a des mesures anti-dumping. Il y a aussi des risques de contournement des mesures européennes avec des investissements chinois qui se font dans d’autres pays comme l’Indonésie. La Commission européenne doit être vigilante", précise-t-il.

D’après lui, Aperam a des bases solides. Il rappelle qu’à l’époque où la Chine inondait encore l’Europe de ses produits inox à prix cassés, Aperam était le seul producteur à afficher une bonne rentabilité. La recette? "Une stratégie basée sur une recherche continue de la compétitivité et son amélioration. Nous ne rêvons pas d’aller vendre des produits en Chine, mais sur notre marché domestique, nos produits doivent être les plus compétitifs. Nous faisons aussi tout pour apporter des solutions à nos clients et une qualité des produits pour qu’ils nous apportent leur préférence", conclut-il.

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