interview

"On va investir 18 millions sur le site de Clabecq" (Ben De Vos, NLMK Europe)

©Dieter Telemans

Dans la foulée du conseil d’entreprise extraordinaire et de la conférence de presse qui a officialisé le déclenchement de la procédure Renault en raison de l’intention de réduire l’emploi de 50% à Clabecq, L’Echo a rencontré le patron sud-africain de 51 ans de NLMK Europe.

La restructuration de Clabecq menace aujourd’hui 290 emplois sur les 576 personnes qui travaillent sur le site. L’actionnaire a pourtant hésité à complètement fermer l’usine…
C’est exact. Tout au long de l’année 2018, nous avons étudié différents scénarios dont la fermeture complète du site. C’était une option mais NLMK (le coactionnaire russe aux côtés de la Sogepa dans NLMK Europe, NDLR) nous a permis de présenter un plan qui peut permettre la poursuite des activités à Clabecq. Le plan de transformation que nous avons présenté ce jeudi matin lors du conseil d’entreprise extraordinaire tient la route.

Pourquoi la décision de fermer le site complètement n’a finalement pas été retenue?
NLMK Clabecq a des atouts. C’est une usine unique avec un train de finition qui permet de fabriquer des produits très fins mais le site a aussi des faiblesses dont les coûts de production trop élevés. Entre 2010 et 2011, on a investi 109 millions dans une unité pour fabriquer des plaques en acier trempé et revenu. Cet investissement a permis d’augmenter le volume de production dans ce type de produits. Mais on ne peut pas tout combler. Les coûts au niveau du laminage et du transport des brames en amont vers l’unité de trempé et revenu sont trop élevés. D’où notre nouveau plan industriel.

Ben De Vos.

En quoi consiste-t-il?
Pour s’adapter à l’évolution du marché et redevenir compétitif, le nouveau plan industriel de NLMK Clabecq se décline en 5 axes. Premièrement, nous allons focaliser notre production sur les plaques à haute valeur ajoutée. (Q&T et DQ, tôles larmées et les tôles commerciales fines de moins de 9 mm, NDLR). Deuxièmement, nous devons concentrer nos ressources sur notre core business et oser lever les tabous autour de la sous-traitance. Troisièmement, nous devons optimiser notre organisation du travail en fonction de la demande avec plus de polyvalence et de flexibilité afin notamment de diminuer nos coûts de transformation et nos frais fixes. Cela passe aussi par une culture d’entreprise orientée performance qui est le quatrième axe. Enfin, nous allons réaliser des investissements pour renforcer la position du site sur les produits de niche.

Quel sera le montant de cet investissement?
Du même ordre que l’investissement réalisé ces quatre dernières années qui est de 20 millions. Pour être précis, le plan sur lequel nous allons travailler prévoit un investissement de 18 millions sur le site de Clabecq.

©Dieter Telemans

Donc finalement, ces 8 dernières années, vous avez investi 129 millions à Clabecq. En quoi ce nouvel investissement de 18 millions changera dès lors la donne?
L’actionnaire nous a posé la même question. La ligne de trempé et revenu est un investissement qui a bien fonctionné mais il y a encore des améliorations à apporter sur le site au niveau du train notamment. Par ailleurs, le marché n’a pas évolué comme prévu. On doit adapter Clabecq à la réalité du marché.

Sans l’ancrage public belge à travers la Sogepa, le bras financier de la Région wallonne qui détient 49% dans NLMK Europe, le site aurait-il été sacrifié?
La décision n’aurait pas été différente si NLMK était actionnaire à 100%. Le groupe ne pense pas qu’à court terme et croit encore au potentiel de Clabecq. Mais il est vrai aussi que si les pertes annuelles continuent à être de 50 millions, cela n’ira pas.

"C’est clair que le plan est douloureux mais on perd 50 millions par an."

Le site peut-il toujours fonctionner avec moitié moins de travailleur?
Il faut repenser la rentabilité de l’usine. Les travailleurs savent que les choses ne vont pas bien. Il y a une conscience de la situation. C’est clair que le plan est douloureux mais on perd 50 millions par an. Notre marge de manœuvre n’est pas énorme, car sur les 50 millions que l’on doit récupérer, 20 millions viendront de l’emploi. Les changements prévus dans l’usine devraient nous permettre d’économiser 30 millions.

C’est le plan de la dernière chance?
Oui et on va tout mettre en place pour réussir. Mais pour l’actionnaire, c’est clair qu’une restructuration est plus coûteuse qu’une fermeture. Le plan prévoit qu’on sera rentable en 2022. C’est une dernière chance que nous donne l’actionnaire.

Le climat social est tendu, vous n’avez pas peur que celui-ci se détériore?
Personne n’a découvert la situation de Clabecq ce matin. Nous avons toujours été transparents par rapport à la situation financière du site. Cela dit, il est évident que des arrêts de travail imprévus, cela ne facilite pas la tâche du management pour convaincre l’actionnaire de continuer à investir.

Qu’attendez-vous de la Sogepa? De l’argent?
Nous n’avons plus reçu d’argent public de la part de la Sogepa depuis l’injection des 20 millions dans NLMK Europe en 2015. Depuis, c’est NLMK qui supporte les coûts. Mais ni NLMK ni la Sogepa ne vont accepter des pertes. La Sogepa a pour mission d’aider les entreprises en difficultés mais elle ne va pas accepter de supporter une société qui est en perte.

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