Pénurie de bitume!

La raffinerie Total à Anvers a cessé de produire du bitume, renvoyant ses clients vers Le Havre. ©BELGA

Les entrepreneurs routiers éprouvent de plus en plus de difficultés à trouver du bitume. Les raffineries privilégient davantage la filière carburant, aux dépens des fractions lourdes.

Vous avez dit paradoxal? Alors que depuis douze mois les commandes affluent à nouveau après quatre années de disette, les constructeurs de routes actifs en Belgique doivent faire face à une pénurie de bitume. Depuis trois mois, ils éprouvent des difficultés à s’approvisionner auprès des raffineries, avec pour conséquence que les chantiers prennent du retard et que les coûts augmentent. Pas dans des proportions dramatiques, certes: de l’ordre d’une semaine de retard au maximum, pour une hausse tarifaire de quelque 5%. Mais le problème inquiète le secteur car il y a, dans ses causes, quelque chose de structurel.

"Jusqu’il y a peu, il y avait toujours du bitume dans les cuves et on allait s’approvisionner à la raffinerie comme on va à la station-service. Aujourd’hui, en revanche, on est relativement rationné: on n’obtient plus toutes les quantités qu’on veut, ni dans toutes les qualités qu’on souhaite, souligne Didier Block, porte-parole de la Fédération belge des entrepreneurs de voirie (FBEV). Du coup, on adapte les plannings des exécutions de chantier en fonction de ce qu’on reçoit."

Total arrête à Anvers

L’origine de la pénurie renvoie au secteur pétrolier. A Anvers, le groupe Total a arrêté de produire du bitume. Il a proposé à ses clients belges d’aller désormais s’approvisionner au Havre, en France. Une solution qui allonge les distances et les temps de transport. Les grèves qui ont touché la SNCF durant l’été ont accru les difficultés: des trains de bitume ont été bloqués. Une autre raffinerie aurait pris la même décision que Total en Allemagne, et la rumeur court selon laquelle BP serait aussi sur le point de cesser d’en produire. "Le problème n’est ni wallon, ni belge, mais européen, souligne Didier Block. Le nombre de raffineries qui produisent du bitume diminue à travers tout le continent."

250.000 tonnes
En moyenne, les entrepreneurs consomment 5 millions de tonnes d’enrobés bitumineux, dont 250.000 tonnes de bitume, par an.

La seule alternative au bitume dans la construction des routes est le béton, mais le premier est beaucoup plus modulable que le second. Le secteur privilégie donc les enrobés bitumineux, composés à 5% de bitume et à 95% de granulats. En Belgique, on consomme en moyenne 5 millions de tonnes d’enrobés et 250.000 tonnes de bitume par an pour les routes et la construction.

A la Fédération pétrolière belge, on convient que les raffineurs sont en train d’évoluer. "Parmi les raffineries, celles qui sont capables de produire du bitume doivent être approvisionnées en pétrole brut spécifique, qui présente une fraction lourde plus importante, explique son secrétaire général Jean-Pierre Van Dijk. Ce qui tire actuellement la production, ce sont les carburants, dont le diesel, où les marges sont meilleures que sur les fractions lourdes. Dans un marché global, les raffineries cherchent à augmenter leurs revenus afin de rester compétitives. Une manière d’y arriver est d’accroître la production de diesel en augmentant la conversion de la fraction lourde en carburant, aux dépens du fuel lourd et du bitume. Nombre de raffineurs ont investi dans cette voie."

La seule alternative au bitume est le béton, mais le premier est beaucoup plus modulable que le second. ©Photo News

Et si le marché de la voiture particulière se détourne peu à peu du diesel, il en va tout autrement des utilitaires, des véhicules agricoles et de chantier, du gazoil de chauffage ou encore du secteur maritime. "On est passé d’un marché d’offre à un marché de demande pour le bitume, reconnaît Van Dijk, en combinaison avec une hausse de la demande, car il y a plus de chantiers routiers qu’en 2015-16, et avec un allongement des lignes d’approvisionnement."

Au niveau belge, il n’y aurait plus qu’une raffinerie qui serait à même de produire du bitume aujourd’hui, ATPC à Anvers. La situation est d’autant plus gênante pour les entrepreneurs routiers que le marché a repris. En Wallonie, le plan Infrastructures 2016-19 lancé par Maxime Prévot prévoit pour 640 millions d’euros de travaux. Le secteur a recommencé à embaucher. Et s’attend à une avalanche de commandes supplémentaires à l’approche des élections communales. Paradoxal…

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