Hiver meurtrier pour le verre wallon

©BLOOMBERG NEWS

Les géants verriers français Saint-Gobain et japonais AGC préparent des licenciements collectifs à Roux et Auvelais. Fermer les 2 sites coûterait 480 emplois.

Les groupes verriers AGC et Saint-Gobain devraient annoncer la semaine prochaine leur intention de fermer chacun un site de production au sud du pays, à Charleroi et à Auvelais: 480 emplois directs sont concernés.

Un conseil d’entreprise extraordinaire est convoqué au milieu de la semaine prochaine au siège de Saint-Gobain Glass à Auvelais. Cette unité de production de verre plat, qui disposait voici trois ans encore de deux des cinq "floats" (unités d’étirement en continu de verre plat) que comptaient la Basse Sambre entre Charleroi et Namur (une concentration unique au monde pour de tels outils), ne tourne plus qu’au ralenti.

Un premier float, dédié au verre automobile, a été mis définitivement à l’arrêt en 2011. Puis en décembre 2012, le second float d’Auvelais, qui produisait, lui, du verre pour le secteur de la construction, a également été mis en veilleuse avec près de 150 travailleurs, soit la moitié de l’emploi du site qui s’est retrouvée en chômage économique.

Le groupe verrier français Saint-Gobain avait déjà fermé en mars 2012 sa filiale Techniver à Jemeppe-sur-Sambre. La fin de cette unité de transformation du verre feuilleté et trempé pour l’habitation a signifié la perte de 80 emplois. En mars 2013, le géant français avait aussi fermé Sekurit Auvelais (verre automobile), avec pour conséquence 263 autres emplois à la trappe. De sorte qu’aujourd’hui, les syndicats ne se font guère d’illusion quant à l’éventuelle survie de ce qui reste du site d’Auvelais.

Tout indique en effet que Saint-Gobain lancera mercredi prochain une procédure Renault (licenciement collectif) pour mettre définitivement fin à des activités de production de verre plat dans la Basse Sambre.

Pas moins de 300 emplois directs (personnel du float et de la transformation en aval) seront concernés, avec sans doute aussi l’annonce du démantèlement des outils.

AGC Roux à l’agonie

Lundi prochain, à Charleroi, la direction belge du groupe verrier japonais AGC devrait elle aussi engager une procédure Renault visant l’arrêt de production de verre extra-clair (verre solaire) sur son site de Roux.

L’usine carolo, qui compte près de 180 emplois directs, perd des dizaines de milliers d’euros depuis plusieurs années, victime essentiellement de l’insupportable concurrence du verre solaire chinois.

À la fin de l’an dernier, des négociations initiées par l’homme d’affaires carolo Pepe Strazzante, déjà actif dans le secteur verrier, auraient pu aboutir au sauvetage de 125 postes de travail. Mais in fine, les organisations syndicales ont estimé peu crédible le business plan déposé. Celles-ci ont donc, de facto, privilégié la piste de la fermeture et des indemnités de départ liées à celle-ci.

Quinze lignes européennes à l’arrêt

En une semaine, ce seront donc près de 500 emplois directs et deux fois et demi plus avec les emplois indirects — dans le secteur du verre qui seront voués à disparaître.

La problématique dépasse largement nos frontières. Surcapacité structurelle et demande en forte baisse du marché liée à la crise depuis 2008 ont contraint le secteur à mettre à l’arrêt une quinzaine de lignes de production en Europe. C’est du jamais vu, selon les experts.

Rien qu’en Belgique, sur la dernière décennie (2003-2013), près de 2.100 emplois directs ont été détruits. À l’échelle du Vieux continent, les pertes d’emploi totalisent 33.500 unités.

Pour la Belgique, les 480 emplois visés par les deux annonces attendues de la part de Saint-Gobain et d’AGC la semaine prochaine viendront encore alourdir ce lourd bilan.

Interpellé hier au Parlement wallon par le député Ecolo Stéphane Hazée à propos de cette destruction massive d’emplois, le ministre wallon de l’Économie Jean-Claude Marcourt (PS) a annoncé une première réunion de travail réunissant les acteurs du secteur "dans les tout prochains jours", à l’initiative du holding public wallon Sogepa. L’avenir de ce secteur "ne dépend pas uniquement de la Wallonie mais également et surtout des industriels, des travailleurs et des autres niveaux de pouvoir", a toutefois rappelé le ministre.

Lire également

Publicité
Publicité
Publicité

Messages sponsorisés

Messages sponsorisés