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Les entreprises payeront très cher la crise énergétique

Nyrstar indique que les prix de l'énergie poussent l'entreprise à réduire sa production. ©Nyrstar

Alors que toute l'industrie a des maux de tête énergétiques, Agoria craint un impact de 540 millions d'euros de la crise énergétique pour ses membres d'ici 2023.

La crise énergétique chamboule l'industrie. Nyrstar a annoncé ce mercredi qu'elle allait réduire la production dans ses trois fonderies européennes.

"Les augmentations significatives du coût de l'électricité au cours des dernières semaines, et le poids des coûts du carbone émis par le secteur de l'électricité qui est répercutée sur les clients industriels et domestiques, signifient qu'il n'est plus économiquement possible d'exploiter nos usines à pleine capacité", a indiqué la société.

Top 3 des coûts

La hausse des prix de l'énergie risque, en effet, de toucher toute l'industrie, où l'énergie est toujours "dans le top 3 des coûts d'une entreprise, à côté des coûts salariaux et des matières premières", rappelle Peter Claes, directeur de Febeliec, la fédération des consommateurs industriels d'énergie. Pour Nyrstar, l'énergie atteint même 50% du total de ses coûts.

Mais la donne est évidemment très différente d'une entreprise à l'autre. Comme pour les ménages, les clients industriels ont des contrats divers et variés. Certains ont un taux fixe, d'autres variable et d'autres préfèrent se fournir directement au prix du jour sur les marchés.

Chez Solvay, on nous répond ainsi que la société "a une politique de couverture pluriannuelle". Cette couverture permettrait ainsi à la société de lisser dans le temps les variations extrêmes.

"Au plus les mois vont passer, au plus les entreprises touchées vont se multiplier."
Peter Claes
Directeur de Febeliec

L'un dans l'autre, Solvay s'attend à un impact brut de 200 à 250 millions d'euros sur ses coûts via l'augmentation des prix des matières premières, de l'énergie et de la logistique. Une inflation des coûts prise en compte dans sa guidance de fin juillet prévoyant un Ebitda annuel de 2,2 à 2,3 milliards d'euros.

Contrats fixes et variables

Évidemment, toutes les entreprises n'ont pas une telle politique. L'impact est direct pour les entreprises qui ont un contrat avec un prix variable, mais même les contrats fixes ne durent qu'un temps limité, "au plus les mois vont passer, au plus les entreprises touchées vont se multiplier", estime Peter Claes.

Agoria, la fédération de l'industrie technologique a sorti les calculettes. Sur base d'hypothèses sur la part de contrats fixes et variables et des prix du marché actuels et des "futures", Agoria craint un impact de 540 millions d'euros de la crise énergétique (gaz et électricité) pour ses membres. Dans cette somme, 400 millions d'euros sont dus à l'augmentation de l'électricité.

À l'usine automobile de Volvo Gand, la porte-parole Barbara Blomme nous répond que les prix énergétiques ont été multipliés "pas par deux ou trois, mais par quatre!" Si bien que "tout le budget 2021 (prévu en 2020) pour l'énergie est déjà épuisé".

"En temps normal, l'énergie représente 5% de tous nos frais", ajoute Blomme. Si les prix énergétiques sont un peu plus bas en Suède, cette augmentation s'y observe également.

Pricing power

Comment s'adapter à une hausse des prix? La question est de savoir quel est son "pricing power" comme on dit dans le jargon économique, à savoir quelle est sa capacité à fixer les prix de ses produits. Pour Nyrstar, la donne est claire. Son pricing power est très bas, dans la mesure où le prix du zinc se négocie mondialement sur les marchés. En fait, dans une économie ouverte comme la Belgique, peu d'entreprises ont vraiment un pouvoir sur les prix qui se décideront au niveau global en fonction de la reprise économique.

BASF a également indiqué il y a deux bonnes semaines qu'elle allait réduire sa production à Anvers et à Ludwigshafen, en Allemagne en raison des prix élevés du gaz.

"Dans notre industrie technologique, vous n’allez jamais arrêter une ligne d’assemblage parce que l’énergie est trop chère. Vous devez assumer l’augmentation et vous n’avez pas d’autres choix."
Frank Vandermarliere
Expert Énergie d'Agoria

Mais tout le monde ne peut pas se permettre de diminuer sa production. "Dans notre industrie technologique, vous n’allez jamais arrêter une ligne d’assemblage parce que l’énergie est trop chère. Vous devez assumer l’augmentation et vous n’avez pas d’autres choix", pointe Frank Vandermarliere, expert Énergie chez Agoria. Le même raisonnement vaut pour un data center ou de la construction mécanique.

Risque sur les chaînes logistiques

Si des entreprises décident d'arrêter de produire un temps, le risque est de voir des disruptions sur les chaînes logistiques qui sont déjà en proie à de graves problèmes avec une multiplication des pénuries. Agoria pointe, par exemple, le problème particulier du magnésium "produit à 87% en Chine" et dont la production a été réduite à cause des prix de l'énergie. "Cela ne représente pas beaucoup de tonnes, mais on en a besoin dans beaucoup de procédés", insiste Vandermarliere.

"L'autre risque viendrait d'une hausse générale des prix qui se traduit malheureusement immédiatement en Belgique par une hausse des coûts salariaux et qui risque de créer une spirale inflationniste", craint Claes. "Dans le passé, au moment des chocs énergétiques, la Belgique a perdu en compétitivité", rappelle Vandermarliere.

"Chez Volvo, nous espérons vraiment que l'hiver sera doux", conclut Blomme.

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