Le blocage du site fait perdre au moins 300.000 euros par jour à FN Herstal

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La grève avec blocage des installations empêche la FN Herstal de livrer environ 300 colis qui représentent près de 300.000 euros de chiffre d’affaires. Le licenciement de 4 travailleurs complique la tâche.

Journée décisive pour la FN Herstal (groupe Herstal), la société d’armement basée en région liégeoise. La direction a convoqué un conseil d’entreprise extraordinaire face au mouvement de grève avec blocage du site qui oblige un arrêt de toute activité (production, livraison, etc.) depuis le 19 octobre. Et, chose rare, selon nos informations, la réunion devrait se tenir en dehors des murs de l’entreprise. C’est au siège d’Agoria que direction et syndicats vont se retrouver pour une réunion pratiquement de la dernière chance. Il faut dire que c’est le deuxième mouvement dur en un mois.

EDITO

"On croit rêver, car le climat social est aujourd’hui plombé par l’intransigeance de la FGTB. Au sein des instances régionales, l’attitude de la délégation syndicale à la FN ne fait pas l’unanimité. Elle mène un combat d’arrière-garde, se trompe de siècle et se tire une balle dans le pied."

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La première action avait maintenu l’entreprise à l’arrêt pendant une dizaine de jours. Les travailleurs n’ont repris le chemin des ateliers que le 11 octobre, mais au ralenti, car selon nos informations, la production n’est réalisée qu’à 30%. À l’origine de cette première action de grève, la FGTB exigeait une augmentation de salaire pour les ouvriers de 2,2%, soit le double du maximum autorisé par l’Accord interprofessionnel (AIP). Mais la direction a opposé une fin de non-recevoir, rappelant au passage qu’elle est liée par l’AIP.

Réintégrer quatre licenciés

Cette fois, le syndicat socialiste avance de nouvelles justifications. "Les motifs principaux sont le dialogue social, la gestion industrielle et la volonté de la direction de ne pas trouver de solutions à la situation actuelle", lit-on dans le préavis de grève du 18 octobre. Mais selon nos informations, une autre revendication est venue se greffer sur la liste. Il s’agit de la réintégration de quatre travailleurs dont au moins un ancien candidat aux élections sociales. Ils ont été licenciés récemment pour abandon de poste.

La FGTB Métal est seule aux commandes de cette nouvelle action qui empêche tant les employés (Setca, CNE) que d’autres ouvriers (CSC Metea) non-grévistes de se rendre au travail. "On se désolidarise d’une grève qui a été décrétée sans nous. Nous n’avons pas été conviés à l’assemblée générale qui l’a décidée et nos affiliés que nous avons consultés se posent beaucoup de questions. Ils se demandent où on va et quelles sont les vraies revendications. Car pour l’instant, tout est flou", nous a confié Béatrice Louviaux, secrétaire principale de la CSC Metea Liège-Huy-Waremme.

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Alors que le climat est très tendu à la FN Herstal, le gouvernement wallon vient de décider de l’octroi de 25 licences d’exportation d’armes vers l’Arabie saoudite.

Elle rappelle au passage que les travailleurs ont déjà perdu un demi-mois de salaire à cause des deux mouvements de grève successifs. L’action de la délégation syndicale à la FN ne semble pas être partagée par les instances régionales. "Le blocage de l’entreprise nous amène vers des complications. Une entreprise qui ne tourne pas va au-devant de difficultés. Il reste un espace de négociations et de discussions", a renchéri hier Francis Gomez, président de la FGTB Métal Liège-Huy-Waremme. Il estime donc que la grève pouvait être levée dans la mesure où il y a encore un espace de négociations. D’après lui, les prochaines heures vont être déterminantes pour la suite des événements. Son analyse est partagée par les instances des employés du Setca où le mouvement de la FGTB crée un certain malaise.

Exécutif wallon mécontent

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Selon nos informations, le climat tendu à la FN Herstal énerve le gouvernement wallon qui vient de décider de l’octroi de 25 licences d’exportation d’armes vers l’Arabie saoudite tout en refusant trois licences vers les Emirats arabes unis et une vers le Pakistan. "On se demande au gouvernement wallon pourquoi se battre pour défendre l’octroi des licences au profit d’une entreprise où les travailleurs font grève pour un oui ou pour un non. On se demande s’ils pensent à l’intérêt de l’entreprise et à sa pérennité", nous a soufflé une source bien informée et proche du dossier. "La FGTB se comporte comme si le ministre de tutelle de la FN est toujours un socialiste, ils ont oublié que le gouvernement a changé", poursuit une autre. Il faut dire que l’ancien ministre wallon de l’Economie n’était autre que le socialiste Jean-Claude Marcourt.

Les patrons wallons se posent aussi des questions et se demandent si leur homologue du groupe Herstal, Philippe Claessens, va tenir bon. Car, d’après eux, une acceptation de sa part des revendications de la FGTB risquerait de toucher les autres entreprises comme une traînée de poudre. Le ministre wallon de l’Economie, Pierre-Yves Jeholet (MR), tient aussi un discours de fermeté vis-à-vis de la situation à la FN Herstal. Lors de la première action de grève, il estimait déjà que les syndicats dépassaient les bornes et que le mouvement ternissait l’image de l’entreprise et de la Wallonie.

Perte sèche pour Browning

Selon nos informations, le mouvement de grève a de sérieuses conséquences financières pour le groupe Herstal. Les opérations de distribution de Browning international sont à l’arrêt alors que c’est la période de chasse et que les passionnés de la discipline sont à l’affût pour acheter des armes. Celles de la FN Herstal ont la cote. Browning assure, au départ de Herstal, la distribution directe vers une douzaine de pays européens (Allemagne, Autriche, France, Finlande, Grand-Duché de Luxembourg, etc.), soit près de 2.000 armuriers. Ses collaborateurs traitent près d’un millier de lignes de commandes (prélèvement, emballages, expédition, etc.). Toutes ces opérations représentent en expédition, environ 300 colis et un chiffre d’affaires journalier de quelque 300.000 euros. C’est au minimum ce que perd le groupe Herstal aujourd’hui avec le mouvement de grève décrété par la FGTB.

Sans oublier la perte de crédit auprès des clients. Des observateurs assurent déjà aujourd’hui que Browning n’est plus en mesure de garantir aux clients un service de qualité à cause des actions de grève successives. La viabilité du centre de distribution européen aux Hauts Sart serait donc menacée. La question est de savoir si le conseil d’entreprise extraordinaire de ce mardi débloquera la situation. "Ce n’est pas un lieu de négociation, c’est une instance d’information sur l’activité économique et l’emploi. La direction viendra probablement présenter les conséquences des mouvements sur l’activité", s’attend un interlocuteur syndical.

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