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Les Ateliers de la Meuse relancés avec 54 millions en commande

Avec le même souci de haute précision, ALM fabrique aussi bien des machines de protonthérapie que des fûts pour combustible nucléaire usagé (photo). ©Geoffroy LIBERT

Recapitalisé, l'industriel spécialisé dans les pièces de grande taille participera au démantèlement, à la thérapie des cancers et aux nouveaux moteurs d'avion.

Quel est le point commun entre les locomotives à vapeur d'il y a un siècle, les machines de protonthérapie d'IBA et les fûts de stockage des combustibles usagés des centrales nucléaires? Si vous répondez la Belgique, vous serez sur la bonne piste, mais la seule bonne réponse possible, ce sont Les Ateliers de la Meuse (ALM). Cette entreprise d'âge vénérable (1835) s'est réinventée au fil des révolutions technologiques. Et, après un passage à vide entre 2017 et 2020, elle semble repartie pour une nouvelle étape fructueuse de sa carrière puisque, suite à un repositionnement tout en finesse, son carnet à quatre ans totalise pour 54 millions d'euros de commandes. Pour financer ses besoins en fonds de roulement pendant la phase de réamorçage (chaque commande s'étale sur deux ans en moyenne), ALM vient de se doter de nouveaux moyens financiers, à hauteur de 6,7 millions d'euros.

6,7
millions d'euros
ALM vient de lever 3 millions en capital et 3,7 millions en prêts auprès de ses actionnaires historiques, de ses banques, du management et du fonds Invest for Jobs.

Les activités actuelles de cette entreprise liégeoise spécialisée dans la fabrication de pièces mécanosoudées de grande taille se résument en quatre dates...

Quatre moments clés

Années 1960: la société sort du domaine des locomotives pour se réorienter vers le secteur nucléaire, à haute valeur ajoutée. Elle fabrique, notamment, des parties des turbines des premières centrales nucléaires belges, ainsi que les réacteurs du Centre d'étude de l'énergie nucléaire à Mol.

1990: ALM se lance dans la production d'emballages de stockage pour combustibles usagés des centrales nucléaires. Des "poubelles hermétiques" composées chacune d'une pièce d'acier forgé de 30 centimètres d'épaisseur recouverte d'une double enveloppe soudée dans laquelle on fait couler une résine neutrophage. Des fûts de 100 tonnes et de 6 mètres de long, conçus pour stocker les déchets durant 50 à 60 ans (avant leur enfouissement, leur vitrification ou leur retraitement à La Hague). Les déchets issus de la consommation d'un réacteur durant un an tiennent dans un de ces "fûts". Les clients se recrutent à la fois en Belgique (Electrabel) et à l'international: Orano-TN (ex-Areva) commercialise ses emballages au plan mondial.

2012: ALM commence à fabriquer les équipements de protonthérapie pour le compte d'IBA à Louvain-la-Neuve. Des machines de 10 mètres sur 10 et d'une centaine de tonnes, produites de A à Z chez ALM. Cette activité baptisée "équipements médicaux" connaît un arrêt brutal, en 2017, quand IBA ralentit la cadence. Aujourd'hui, elle redémarre fortement.

2019-20: ALM se dote d'un plan de redéploiement et d'une nouvelle direction, ce qui se traduit par une diversification dans le matériel scientifique lourd et les services de maintenance et d'aide au démantèlement. L'entreprise commence à fabriquer des enceintes de simulation, telles que des cuves à vide pour tester les moteurs d'avion ou les satellites. Elle bâtit, entre autres, un cryostat géant pour le projet ITER (production d'électricité au départ de fusion nucléaire) et devient partenaire de l'aéronauticien Safran Aerobooster pour le développement d'un banc de test destiné à la maintenance de moteurs d'avion.

Revenus, capital et emplois en hausse

"L'activité de maintenance et de services doit générer des revenus complémentaires", explique Jérémie Havart, qui a repris la fonction de CEO il y a deux ans après avoir participé à la rédaction du nouveau plan. "Nous nous positionnons désormais aussi dans le secteur du démantèlement des centrales. ALM a l'habitude de faire des interventions dans les centrales de Doel et Tihange, et est donc toute désignée pour y prester aussi des tâches dans ce cadre. Nous participons d'ailleurs à la table ronde initiée par les trois ministres fédéraux de tutelle sur la chaîne d'approvisionnement à mettre en place pour le démantèlement."

"Nous nous positionnons désormais aussi dans le secteur du démantèlement des centrales."
Jérémie Havart
CEO, Les Ateliers de la Meuse

Le nouveau profil adopté par ALM depuis deux ans livre aujourd'hui ses premiers résultats, après une année 2020 marquée par des reports des délais en raison du Covid. Le carnet de commandes est plein. "Alors qu'on réalisait jusqu'ici une dizaine de millions d'euros de chiffre d'affaires annuel, on table désormais sur une augmentation de 40 à 50% sur les 4 prochaines années", explique le CEO.

"On a aussi donné un nouveau souffle au conseil d'administration d'ALM, qui a été recomposé."
Christophe Picard
CEO, Invest for Jobs

ALM, qui emploie 75 personnes, compte recruter 15 nouveaux collaborateurs pour assurer cette montée en charge: des ingénieurs, des inspecteurs et des opérateurs d'usinage. Pour éponger les effets des mauvais résultats 2018-2020 et financer les nouveaux investissements en équipement et en transformation digitale, elle vient de lever 3 millions en capital et 3,7 millions en prêts. Elle l'a fait auprès de ses actionnaires historiques, Sogepa, Noshaq et SIBL, de ses banques, de son management et d'un nouvel actionnaire: Invest for Jobs (IFJ).

Le fonds d'investissement des partenaires sociaux du secteur métal a été séduit par l'histoire, le projet, le secteur d'activité d'ALM ainsi que les créations d'emplois liées à son nouveau départ. "On a aussi donné un nouveau souffle au conseil d'administration d'ALM, qui a été recomposé, souligne Christophe Picard, le CEO d'IFJ. On y a fait entrer le CEO Jérémie Havart, ainsi que deux personnes aux compétences industrielles fortes." Pour bien accompagner la relance.

Le résumé

  • Les Ateliers de la Meuse ont souffert de la baisse des volumes de son client IBA en 2017-19, puis de l'impact de la crise pandémique en 2020.
  • L'entreprise du bassin liégeois s'est repositionnée et diversifiée dans le matériel scientifique lourd et les services de maintenance; elle est aussi prête à participer activement au démantèlement des centrales nucléaires.
  • Reflet de son nouveau plan de développement 2021-25, son carnet de commandes a bondi à 54 millions d'euros.
  • Pour accompagner sa montée en charge, ALM a levé 3 millions en capital et 3,7 millions en prêts tout en accueillant un nouvel actionnaire, Invest for Jobs.

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