Les frères Klimis produisent 300 millions d'éponges par an

©Dieter Telemans

Jusqu’ici leader européen des marques de distributeur dans les éponges grattantes végétales, Nicols a changé de stratégie et se diversifie vers la fabrication pour les grandes marques. Elle vise aujourd’hui les Etats-Unis.

Nicols. Les éponges Nicols. Dans les années 70, c’est la marque leader sur le marché belge. Aujourd’hui, dans les rayons des supermarchés, la marque Nicols n’est pas la plus présente. Ce sont les marques de distributeur qui ont le vent en poupe. Mais Nicols ou marque de distributeur, si vous achetez une éponge grattante en Belgique, il est fort probable qu’elle ait été produite par l’entreprise détenue par la famille belge Klimis. Cette société dont le siège social se trouve à Nivelles produit 300 millions d’éponges par an… sans que beaucoup de monde ne le sache. "Nos interlocuteurs commerciaux sont principalement les acheteurs de la grande distribution. On n’a pas spécialement envie de se faire mousser", indique Jean Klimis, tout en humilité.

Au départ de l’île grecque de Kalymnos

Pourtant, Nicols emploie plus de 650 personnes et est leader des marques de distributeurs en Europe. Même si la production n’est plus réalisée en Belgique, le cerveau de l’entreprise est à Nivelles. Toutes les fonctions stratégiques y sont rassemblées.

Nicols
  • Chiffre d’affaires: 95 millions d’euros. Le plus gros client compte pour 11%. Nicols investit 5% de son chiffre d’affaires chaque année pour préserver sa compétitivité.
  • Principaux marchés: Présent chez 80% des grands distributeurs européens faisant de la marque de distributeur. Ses plus gros marchés sont la France (44%) et l’Allemagne (23%). La Belgique représente 6%.
  • Effectif: 650 personnes dans son siège de Nivelles.

L’entreprise a été fondée en 1947 mais en réalité l’histoire commence bien avant et plus précisément en 1890 sur une petite île grecque dénommée Kalymnos. À l’époque, Kalymnos, c’est le lieu où est pratiquée la pêche aux éponges. Avec l’invention du scaphandre à casque au XIXe siècle, cette pêche, une cueillette sous-marine, est devenue une partie importante de l’économie de l’île. Au point de devenir le premier centre de production de toute la Méditerranée. "Notre grand-père, qui s’appelait Jean Klimis, décide de quitter l’île et sa famille pour un avenir meilleur. Il a alors 15 ans", racontent Pierre et Jean Klimis, les petits-fils et actionnaires actuels.

Jean Klimis bourlingue quelque peu avant d’atterrir en Belgique où il crée, en 1898, un atelier de préparation des éponges de mer. "La société se développe au point de devenir le plus grand négociant européen des éponges de mer", poursuit Jean Klimis. Puis la guerre arrive. "Notre grand-père décède en 1942. Et cinq ans plus tard, suite à une dispute familiale, notre père Nicolas Klimis décide de voler de ses propres ailes", relatent en chœur les deux frères.

"En 1947, notre père décide d’acheter une petite maison à Bruxelles où il installe un petit atelier avec un lavoir pour éponges. Son entreprise a très vite du succès et obtient ses premiers référencements dans des grands magasins comme le Grand Bazar d’Anvers, le Bon Marché ou encore l’Innovation", continuent-ils.

"J’aimerais que l’actionnariat demeure familial à la génération suivante afin de préserver les valeurs et la vision à long terme de l’entreprise."

On est après la Seconde Guerre mondiale. Le sauveur américain est sur toutes les lèvres. Nicolas Klimis veut mettre son prénom sur ces produits. Pour des raisons de marketing (déjà!), un homme conseille à Nicolas Klimis de ne pas appeler sa société Nicolas mais bien Nicols. ça sonne plus "american way of life".

Dans les années 50-60, Nicols se développe essentiellement en Belgique. "Très vite, notre papa comprend que les éponges naturelles de mer ne sont pas l’avenir et décide de fabriquer ou plutôt à transformer des éponges synthétiques", précise Jean Klimis.

Premier référencement chez Carrefour

En 1975, Nicols est donc leader en Belgique et l’entreprise décide de s’installer à Braine-l’Alleud où elle dispose d’une usine de production de 15.000 mètres carrés. "Il s’agissait d’une ancienne usine textile désaffectée", se souvient Pierre Klimis. La fin des années 70 marque le début de l’industrialisation. "Avant nous étions des artisans", enchaîne Jean Klimis.

Le prochain tournant de l’entreprise se produit en 1987. Cette année-là, l’entreprise obtient le premier référencement à la marque Carrefour France. S’ensuit une vingtaine d’années de croissance continue pour l’entreprise, portée par l’essor des marques de distributeurs. "L’usine de Braine-l’Alleud devient trop petite et donc nous créons une usine dans le nord de la France, à Bertry, pour absorber de plus gros volumes de production destinés au marché français."

La fin des années 80 et le début des années 90 sont celles de la diversification des produits: blocs WC solides, gels désodorisants, désodorisants liquides, mèches désodorisantes, blocs WC liquides, etc.

L’entreprise ne cesse de grandir. Et une rencontre déterminante a lieu au milieu des années 90. Elle a pour décor un club de bridge bruxellois. Nicolas Klimis adore le bridge. Le club qu’il fréquente est aussi fréquenté par un champion du monde polonais. Ce dernier fait le trajet une fois par mois pour quelques jours afin de plumer les Belges. Il se fait en quelques heures plusieurs fois le salaire moyen mensuel polonais. "Notre père lui propose de travailler pour Nicols. En 1995, une usine voit le jour en Pologne", indiquent les deux frères. C’est aujourd’hui la plus grande de l’entreprise. Plus de 400 personnes y travaillent.

60
Nicols doit faire évoluer en permanence ses produits. Ainsi, 60 personnes sont affectées à la recherche et au développement.

En 2011, pour diminuer ses coûts de production, les frères décident de réorganiser leur production. Toutes les éponges végétales seront faites en France, tous les blocs WC en Pologne. Et Braine-l’Alleud ferme. "On a tenu le plus longtemps qu’on pouvait, le site était devenu obsolète et puis surtout, c’était une aberration industrielle d’avoir 2 sites séparés de 130 kilomètres, d’autant plus que 80% de la production étaient destinés à la France."

Aujourd’hui, Nicols est le leader européen des marques de distributeur dans ses deux principales catégories de produits: les éponges grattantes végétales et les blocs désodorisants pour toilettes.

"C’est un secteur très compétitif, déclare Jean Klimis. Chaque année, nos contrats font l’objet d’appels d’offres auxquels participent des fabricants de nombreux pays européens. Pour gagner il faut être le meilleur et le moins cher!" Pour y arriver, Nicols a parié sur l’automatisation et l’intégration verticale. La majorité des composants de ses produits, y compris les pièces plastiques, sont fabriqués par l’entreprise. En 2017, la société a investi avec des partenaires dans une usine de matière première pour éponges végétales. Pour préserver ses marges, Nicols doit faire évoluer en permanence ses produits. Ainsi, 60 personnes sont affectées à la recherche et au développement.

Petit à petit, les deux frères ont, eux, décidé de prendre leurs distances avec la gestion opérationnelle. "Après la deuxième génération il faut laisser la gestion aux managers professionnels et prendre un rôle plus stratégique", poursuit Jean Klimis. Ils sont d’ailleurs minoritaires au conseil d’administration. Pierre Klimis n’a pas d’enfant. Jean Klimis en a trois. Aucun ne travaille dans l’entreprise ni n’est présent au sein du CA. "Je leur ai dit qu’ils devaient faire ce qu’ils aimaient! Et puis, on est toujours mauvais juge de ses enfants. Mais j’aimerais que l’actionnariat demeure familial à la génération suivante afin de préserver les valeurs de l’entreprise et sa vision long terme."

Ces dernières années, l’entreprise a dû développer une nouvelle stratégie. Les marques de distributeur ne suffisent plus à assurer la croissance. Le chiffre d’affaires peine à progresser. La société décide alors d’investir dans la fabrication à façon pour des grandes marques internationales. Et de se focaliser sur les produits à gros volumes. Ainsi ces trois dernières années, Nicols est passé de 3.600 à 1.100 articles, de 350 à 150 clients, et ce pratiquement sans perdre de chiffre d’affaires!

En 2017, c’est la SRIW qui rentre dans son capital. La sœur de Pierre et Jean voulait en sortir. "La SRIW nous a accompagnés en achetant une partie de ses actions. Nous avons donc un actionnaire extérieur. Partenaire solide, prêt à accompagner la société sur le long terme. Et qui contribue à la stratégie par son expérience diversifiée, insistent les deux frères. Nous sommes maintenant en ordre de marche pour redémarrer notre croissance et en nous diversifiant vers la fabrication pour les grandes marques."

Il nous revient qu’ils espèrent faire une acquisition aux USA d’ici la fin de l’année. Ils ont déjà un nom à consonance américaine. Nicols goes to USA.

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