Marichal Ketin, pépite wallonne à l'esprit de (re)conquête

MKB fabrique quelque 600 cylindres par an via un procédé de coulée par rotation verticale. ©Geoffroy LIBERT

Le tissu industriel wallon recèle quelques joyaux anciens qui ne demandent qu'à renaître. Moyennant un effort de 12 millions, les fonderies MKB sont relancées.

Voilà une pépite wallonne qui fait le lien entre le passé industriel de la Région dans la métallurgie et son avenir, à bâtir dans la recherche technologique. Les fonderies Marichal Ketin Belgium (MKB) se dotent d'un nouvel actionnariat et d'un nouveau plan stratégique à quatre ans, avec pour objectif de consolider leur part du marché mondial des cylindres pour laminoir de haute technologie.

Pour y arriver, le dernier des producteurs belges de cylindres vient de convertir une partie de ses dettes en capital et de lever de l'argent frais: un effort global de 12,8 millions d'euros, complété par de nouveaux crédits d'investissement à hauteur de 6,2 millions d'euros sur 5 ans.

Sogepa

Créée à Liège il y a un siècle, MKB a toujours été à la pointe de la technologie dans la fabrication des cylindres pour le laminage à chaud de produits plats. Elle avait notamment développé dans les années 1970 le procédé de coulée par rotation verticale dans une centrifugeuse fonctionnant à 650 tours/minute, garante d'une pièce plus homogène et plus résistante au sortir du moule.

L'entreprise avait été reprise par le groupe allemand Gonterman Peipers, actif dans le même créneau et qui en contrôlait toujours 71% en 2015. Seulement voilà, Gonterman s'est replié sur ses usines en Allemagne, "oubliant" de réinvestir dans ses filiales étrangères, dont MKB. Une première reprise en main de la société a été enregistrée cette année-là avec le concours de la Région via son holding Sogepa, ce qui a ramené la part des Allemands à moins de 50%.

2019 à oublier

L'entreprise n'a toutefois pas été en mesure de réinvestir dans son outil. Et elle a été frappée de plein fouet, en 2018-19, par la hausse des prix des matières premières, dont le vanadium, un métal blanc utilisé comme additif dans certains aciers. En 2019, MKB a dû réduire son activité, avec pour résultante une chute des volumes, une perte nette de 2,4 millions et un niveau d'endettement élevé. L'entreprise jouissait pourtant d'une place enviée sur les marchés internationaux, où elle était réputée dans le secteur sidérurgique pour ses cylindres à haute valeur ajoutée.

Autant de bonnes raisons de transformer ses structures. Dotée d'une nouvelle direction et conseillée par le cabinet Reliance, MKB a rédigé un nouveau plan stratégique. Elle a d'abord vu son activité s'améliorer nettement en 2020: avec des matières premières plus abordables et malgré la crise, son chiffre d'affaires est remonté de 25 à 31 millions et son résultat net est repassé en positif.

Avec l'aide du Centre CRM (recherche métallurgique), son département R&D a mis en chantier une technologie de rechargement par laser, une technique de revêtement des cylindres qui permet d'améliorer les propriétés de leur surface. Restait le problème de la dette et des moyens nécessaires pour financer le redéploiement.

7,4
MILLIONS D'EUROS
L'augmentation de capital de MKB en numéraire s'élève à 7,4 millions d'euros.

Un accord a été trouvé avec d'anciens et de nouveaux investisseurs. La Sogepa, le fonds d'investissement des partenaires sociaux du secteur métal Invest for Jobs, SIBL (Noshaq) et FICI (Noshaq et ArcelorMittal) ainsi que le management ont apporté 7,4 millions en capital à la société, tandis que les partenaires publics de 2015 ont accepté de convertir pour 5,5 millions de créances. À l'issue de ces opérations, l'actionnaire allemand a été dilué à 1%. Et MKB s'est doté d'un nouveau conseil d'administration, composé de professionnels de l'investissement, d'industriels et de managers.

Nouveaux objectifs

Forte de cette nouvelle organisation, MKB va investir 6,2 millions d'euros d'ici 2024 dans la modernisation et l'acquisition d'une série d'outils.

"On a l'ambition de vendre 8.000 tonnes par an (contre 6.620 t en 2020) et de hisser le chiffre d'affaires à 34 millions."
Fabrice Pelzer
CEO de MKB

"On va équilibrer nos différentes machines pour les aligner sur une capacité de 8.500 tonnes de cylindres par an", explique le directeur de la R&D Mario Sinnaeve. Au plan commercial, elle va privilégier les cylindres à forte rentabilité dans les niches à faible concurrence. Objectifs ?

"On a l'ambition de vendre 8.000 tonnes par an (contre 6.620 t en 2020) et de hisser le chiffre d'affaires à 34 millions", souligne le CEO Fabrice Pelzer. "Et on va améliorer nos résultats en vendant plus de parfum et moins d'eau de Cologne", ajoute avec le sens de la métaphore Jean-Marc Kohlgruber, qui préside le conseil.

"Cela permettra dans un premier temps de consolider l'emploi de MKB (140 personnes), souligne Christophe Picard chez Invest For Jobs. Puis en parallèle à la croissance, de recruter après 3 ou 4 ans."

"Il y a une vraie vision pour cette entreprise qui pèse 1,3% du marché mondial des cylindres et qui reste recherchée à l'international pour ses qualités!"
Christophe Picard
Senior invest manager chez Invest For Jobs

"Il ne s'agit pas ici de donner des subsides pour quelques années, conclut Picard ; il y a une vraie vision pour cette entreprise qui pèse 1,3% du marché mondial des cylindres et qui reste recherchée à l'international pour ses qualités !" Optimisme donc pour l'avenir de cette "vraie pépite de l’industrie métallurgique wallonne qui participe réellement au rayonnement de la Région hors de nos frontières", selon les mots du ministre wallon de l'Économie Willy Borsus, en visite ce mardi chez MKB à Sclessin.

Le résumé

  • Les fonderies Marichal Ketin Belgium se dotent d'un nouveau plan stratégique 2021-2024 avec pour ambition de passer de 6.620 à 8.000 tonnes produites par an et de 30 à 34 millions d'euros de chiffre d'affaires.
  • L'entreprise liégeoise augmente son capital de 7,4 millions d'euros en numéraire, complétés de 5,5 millions par conversion de créances.
  • Sogepa, Invest for Jobs, SIBL et FICI deviennent actionnaires, de même que le management.
  • La part de l'ancien majoritaire, l'Allemand Gonterman Peipers, est ramenée par dilution à 1%.

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