Quel sort réserve ArcelorMittal aux outils rentables liégeois?

Obligé par la Commission européenne, ArcelorMittal s’apprête à céder des outils à Liège. ©Dieter Telemans

D’après l’Europe, le rachat de l’italien Ilva par ArcelorMittal pourrait conférer au groupe une position de monopole dans certains produits et freiner la concurrence. ArcelorMittal a proposé des mesures correctrices dont l’une prévoit la cession d’actifs à Liège. Les syndicats sont inquiets.

Inquiétude chez les travailleurs d’ArcelorMittal à Liège. Lors d’une réunion du conseil d’entreprise, Manfred Van Vlierberghe, le CEO du cluster ArcelorMittal Liège-Gand a annoncé jeudi deux nouvelles aux permanents syndicaux. L’une d’entre elles évoque une éventuelle cession d’actifs liégeois déclenchant ainsi une série de supputations en bord de Meuse. "L’information donnée est brute et soulève énormément de questions. Elle est d’autant plus inquiétante que nous n’avons aucune vision sur les contacts qu’ArcelorMittal a ou pourrait avoir, et que des repreneurs, il n’y en a pas beaucoup", nous a confié Jordan Atanasov, secrétaire régional de la CSC Metea Liège-Huy-Waremme.

1. Pourquoi cette décision?

Contacté par nos soins, ArcelorMittal se refuse à tout commentaire, mais selon nos informations, le premier producteur mondial de l’acier précise qu’il n’est pas demandeur d’une cession d’actifs. Mais il en est contraint par la Commission européenne. La décision de l’exécutif européen s’inscrit dans le cadre du projet d’ArcelorMittal de racheter le groupe italien Ilva. Une transaction dont le montant est estimé à 1,8 milliard d’euros. Pour l’Europe, cette acquisition pourrait conférer au sidérurgiste une position de monopole pour certains produits et freiner la concurrence. Par conséquent, elle risque d’entraîner une hausse des prix dans le sud de l’Europe.

Ligne du temps

2011

La phase liquide

  • C’est lors d’un conseil d’entrepriseextraordinaire le 14 octobre qu’ArcelorMittal annonce la fin de la phase liquide de Liège. Sont concernés les outils comme les hauts fourneaux 6 et B, l’aciérie, l’agglo et la coulée continue. Au total, 581 emplois seront laminés.

2012

Coût social en hausse

  • Le 27 août, ArcelorMital annonce aux syndicats quela facture sociale pour la fermeture des outils liégeois est revue à la hausse. Elle passe de 581 à 795 postes de travail à supprimer.

2013

Le froid touché

  • Le 24 janvier, ArcelorMittal allonge la liste des outils condamnés. Après le chaud, des outils du froid sont condamnés. 7 lignes sur 12 sont visées: la cokerie (Seraing), les centrales d’énergie d’Ougrée et de Seraing, le train à large bande de Chertal, une des deux filières de laminage à Tilleur, les lignes de galvanisation 4 et 5 de Flémalle, les lignes d’électrozingué HP 3 et 4 à Marchin. Plus de 1.000 emplois sont condamnés.

2014

Accord global

  • Après des mois de négociations, ArcelorMittal et les syndicats signent un accord global comprenant un volet social et un volet industriel. Celui-ci prévoit un investissement de 138 millions et un redéploiement de certains outils mis sous cocon.

2018

Nouvelle annonce

  • Le 22 mars, ArcelorMittal annonce qu’il sera obligé de céder des outils liégeois sous la pression de l’Europe.

Sur injonction de l’Europe, ArcelorMittal a donc proposé des solutions correctrices, dont des cessions d’actifs notamment à Liège. "Est-ce que le groupe est vraiment obligé de céder des actifs? Il a soumis des solutions et l’Europe les étudie", nous a confié une porte-parole. La Commission européenne aurait dû rendre sa décision dans le dossier de rachat d’Ilva le 19 avril, mais elle a repoussé cette échéance au 23 mai au plus tard. D’ici-là, les travailleurs liégeois d’ArcelorMittal doivent prendre leur mal en patience.

2. Que pourrait vendre ArcelorMittal à Liège?

À ce stade, ArcelorMittal n’a livré aucun détail sur les sites susceptibles d’être cédés en région liégeoise. Mais les actifs étant éclatés sur différents sites, tout repreneur peut faire son shopping dans la palette du groupe. Selon nos informations, le fer blanc (Ferblatil à Tilleur), l’électrozingué et la nouvelle de dépôt sous vide (revêtement d’acier par de la vapeur de zinc, une technologie révolutionnaire) n’ont pas de souci à se faire, car aucun problème de concurrence ne se pose dans ce secteur pour ArcelorMittal.

250 travailleurs
ArcelorMittal n’a livré aucune information sur les sites susceptibles d’être cédés à Liège. Mais selon nos informations, environ 250 travailleurs seraient concernés sur un total de 1.230 personnes.

Par contre, des entités comme Eurogal (Ramet) ou des lignes de galvanisation 4 et 5 à Flémalle pourraient changer de mains. Ces cessions pourraient concerner environ 250 travailleurs sur un total de quelque 1.230 collaborateurs que compte actuellement le groupe en région liégeoise. ArcelorMittal a fait la même annonce à Gand, mais le site de Sidmar n’est pas concerné parce qu’il est complet et bien intégré.

3. Quel repreneur pour les actifs liégeois d’ArcelorMittal?

ArcelorMittal n’a fourni aucune information aux syndicats sur les éventuels repreneurs de ces actifs à Liège. Mais les syndicats sont dubitatifs sur les marques d’intérêt. Les yeux se tournent vers l’allemand ThyssenKrupp ou encore son concurrent, l’Indien Tata Steel, mais les deux producteurs sont actuellement en discussion pour une fusion de leurs activités européennes avec l’ambition de créer le deuxième acteur du secteur derrière ArcelorMittal. Il n’y aurait a priori pas de signe d’intérêt de leur part. Leur plan de fusion suscite des inquiétudes chez leur personnel car leur protocole d’accord entre Thyssenkrupp et Tata Steel prévoit des synergies de 400 à 600 millions d’euros par an et jusqu’à 4.000 suppressions de postes, soit 8% environ de l’ensemble des effectifs. Tata Steel avait racheté en 1998 Segal, une usine de galvanisation d’Arcelor en région liégeoise et tout semble aller pour le mieux pour les 160 travailleurs. La question est de savoir si des acteurs comme le russe NLMK ou encore Severstal (un autre groupe russe) se manifesteront. Rien n’est sûr.

4. Une bonne nouvelle à côté de la mauvaise

Jeudi, lors de la réunion du conseil d’entreprise, Manfred Van Vlierberghe a fait une seconde annonce aux représentants des travailleurs. Il est question de la relance de la ligne de galvanisation 4, actuellement mise sous cocon. Cette décision s’explique notamment par le fait que la demande est en hausse et qu’il faut produire davantage pour satisfaire les besoins des clients. Le groupe se donne trois mois pour réaliser toutes les opérations nécessaires à la relance de la ligne galvanisation 4 (inspection, etc.) Et son intention est de la redémarrer aux alentours du 21 juin. La capacité de production de la ligne est de 200.000 à 300.000 tonnes.

5. Que dit le gouvernement wallon?

Contacté jeudi, le ministre wallon de l’Économie, Pierre-Yves Jeholet (MR) s’est refusé à tout commentaire à ce stade du dossier et d’après son porte-parole, il le suit de près. Il rencontrera la direction d’ArcelorMittal Liège-Gand la semaine prochaine, sans doute mercredi, pour avoir toutes les informations nécessaires.

réactions

Des garanties et "non" au saucissonnage

Les organisations syndicales sont vent debout contre la cession d’actifs à Liège envisagée par ArcelorMittal qui invoque une décision imposée par l’Europe. "Aucune décision n’est prise mais venant d’ArcelorMittal, le pire est toujours probable. Les outils de la sidérurgie liégeoise sont un tout et fonctionnent ensemble. Quoi qu’il arrive, cession ou maintien, Liège doit être considérée comme un seul bloc", dit la FGTB Métal Liège-Huy-Waremme.

Le syndicat socialiste refuse tout saucissonnage des outils liégeois. Il rappelle que les outils liégeois encore en activité sont très largement rentables. Et précise que même amoindri, le secteur reste un important pourvoyeur d’emplois en région liégeoise.

La FGTB demande le soutien du gouvernement wallon, car pour elle, les cessions envisagées risquent de fragiliser les outils liégeois et revient à nier "les efforts de reconversion et d’adaptation aux technologies du 21e siècle consentis par le secteur".

La CSC Metea Liège-Huy-Waremme partage la même analyse. Cependant, si le groupe va jusqu’au bout de sa logique de cession, le syndicat chrétien veut des garanties pour protéger l’emploi. "On va devoir discuter avec ArcelorMittal et le ou les éventuels repreneurs. Nous demanderons des garanties pour les emplois et surtout, qu’ArcelorMittal soit le garant de ces engagements au cas où le ou les repreneurs sont défaillants", renchérit Jordan Atanasov, secrétaire régional de la CSC- Metea.

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