interview

"De nouveaux investissements seront annoncés pour Clabecq et La Louvière en 2017"

©Dieter Telemans

Interview | Oleg Bagrin, CEO de NLMK Group

À 42 ans, Oleg Bagrin dirige le groupe sidérurgique russe NLMK. Il emploie 55.000 personnes dont 2.300 en Europe (1.300 salariés en Belgique: Clabecq, Manage, La Louvière). En 2015, le groupe a réalisé un chiffre d’affaires de 8 milliards de dollars et un bénéfice net de 967 millions. Il a un endettement de 1,09 milliard, en baisse de 32%.

Quelle est la situation à La Louvière et à Clabecq à mi-parcours du business plan de 3 ans que vous avez signé?

Nous sommes en Belgique depuis presque 10 ans. Nous avons pris le contrôle complet des entités belges depuis 2011. Nous sommes à mi-chemin, nous avons négocié avec les syndicats, avec le gouvernement wallon et nous sommes en avance sur le business plan, en termes de volumes de vente. En considérant les produits plats à La Louvière, à Manage et à Strasbourg, nous avions prévu, en raison de la restructuration, de produire un million de tonnes cette année. Les chiffres indiquent que nous serons probablement à 1,4 million de tonnes, soit 40% de mieux et nous sommes aussi en avance sur l’année prochaine. Nous n’avions même pas prévu de produire 1,4 million en 2017! Nous enregistrons la même tendance au niveau des plaques. Nous sommes à l’équilibre au niveau des produits plats et nous serons en positif cette année. Concernant les plaques (Vérone, Danemark), nous sommes en ligne avec le business plan. Mais Clabecq est en retard en termes de rentabilité.

CV EXPRESS

Oleg Bagrin est né en 1974. Il est titulaire d’un diplôme de Recherche et d’Économie de l’Université public de management de Moscou. Il a aussi décroché un MBA de l’Université de Cambridge (Royaume-Uni).

Il est membre du comité de direction de NLMK Group depuis 2004. C’est en 2012 qu’il est nommé CEO et président du comité de direction du groupe sidérurgique russe.

Il est également administrateur de Freight One (transport) et président du conseil d’administration de Libra Capital, une société d’investissement. Il est marié et père de 3 enfants.

Que pensez-vous du syndicalisme wallon?

Il y a eu beaucoup de changement dans l’environnement syndical en Belgique et c’est pour un mieux. Dans notre secteur, il y a 10 ans, on avait l’impression que les syndicats contrôlaient presque tout. Non seulement, ils vous disaient combien de travailleurs vous deviez employer mais aussi ce que les travailleurs devaient faire. Maintenant, c’est différent. L’industrie a fait un énorme progrès en créant une meilleure relation avec les syndicats, basée sur le dialogue. Pour garantir l’activité, nous devons changer, tant les directeurs, les salariés que les syndicats. Nous sommes sur le même bateau.

Et ils ont changé…

Oui. La crise de 2008 a aidé parce que les anciennes structures ont conduit beaucoup d’entreprises à la faillite. Il y a eu beaucoup de licenciements économiques à Liège, à Gand et sur d’autres sites sidérurgiques ou dans d’autres pays comme au Royaume-Uni. Une bonne partie de son industrie sidérurgique est en danger et le Brexit ne va pas du tout les aider à aller mieux ou à sortir de la crise. La relation avec les syndicats est aujourd’hui beaucoup plus constructive. Dans notre histoire, nous n’avons pas connu beaucoup de grèves. Nous avons pourtant traversé une restructuration douloureuse. À La Louvière, nous sommes passés de 1.600 travailleurs à 580 salariés.

Combien avez-vous investi dans Clabecq à La Louvière depuis 2007?

Initialement, quand nous avons créé la coentreprise, le programme d’investissement à La Louvière était de plus de 100 millions d’euros. À Clabecq, la nouvelle ligne d’acier trempé représentait environ 130 millions. Nous avons passé une phase d’expansion significative soutenue par l’investissement. Avec la crise, les usines ont perdu beaucoup d’argent, mais depuis 2010-2011, nous avons lancé un programme significatif d’efficience pour rendre l’activité plus compétitive. Nous pouvons maintenant parler de nouveaux investissements.

Quels types de nouveaux investissements?

Je ne peux pas vous donner de programme spécifique. Durant la phase de restructuration, même durant les 3-4 dernières années, nous avons investi en moyenne 25-35 millions d’euros dans les outils wallons pour de nouveaux projets et la maintenance. Nous compléterons la phase actuelle de notre stratégie l’année prochaine. C’est le projet Stratégie 2017. Nous sommes au milieu de notre plan stratégique qui couvre non seulement les outils russes, mais aussi les installations internationales incluant la Belgique. En 2017, nous annoncerons une liste de projets d’investissements. Certains sont sûrs, d’autres le sont moins. Nous avons des ambitions de croissance maintenant que la confiance est rétablie. NLMK est un groupe intégré, toutes nos installations dépendent les unes des autres. La Russie dépend de la Belgique, la Belgique travaille en étroite collaboration avec les USA et les USA dépendent de la Russie. Si nous nous développons dans l’acier, nous avons besoin d’y adjoindre le minerai de fer et l’aval. En Europe, nous regardons certainement des segments de niche avec une valeur ajoutée parce que les clients deviennent plus exigeants. Les acquisitions sont une partie de notre stratégie de croissance. Mais nous ne basons pas notre stratégie sur des acquisitions. Nous n’avons pas d’objectifs immédiats particuliers de rachat, mais si l’opportunité se présente et qu’elle rejoint notre stratégie, nous pouvons la saisir.

Y a-t-il des opportunités de croissance en Belgique?

Absolument. La Belgique est au centre de l’Europe. D’ici, vous pouvez accéder aux pays voisins, c’est une situation idéale. Il y a des opportunités dans les marchés de niche, dans la production d’acier à haute valeur ajoutée comme l’acier trempé et revenu et dans l’expansion de la filière bobines (strip products). Dans ce secteur, nous avons besoin d’augmenter la capacité. Nous avons relancé la ligne de laminage à froid en ajoutant une capacité de 150.000 tonnes à La Louvière. Elle était à l’arrêt depuis 2008.

Avez-vous un autre plan d’investissement pour les actifs européens après 2017?

Il est un peu tôt pour dévoiler des projets spécifiques du plan que nous annoncerons en 2017. Il sera en lien avec la croissance et la production en Russie. Nous produisons actuellement 16 millions de tonnes d’acier, nous pourrions atteindre 20 millions en 2020. Si nous le faisons, ce sera sur le même modèle d’augmentation de la production d’acier liquide en Russie: augmenter la production de matière première en Russie et développer des installations dans l’aval en dehors de la Russie. Le marché de l’acier progresse lentement, mais il progresse. Il y a certainement de la croissance dans l’aval à capter en Belgique, en Italie ou encore au Danemark et aux USA, où nous avons déjà des activités dans l’aval.

Quels sont les résultats financiers de La Louvière et de Clabecq en 2015?
La Louvière était en équilibre et sera en positif cette année. Ce sera la première fois depuis 2009. Clabecq est toujours en négatif, mais d’autres installations qui font partie de la même division, la Business Unit Plate du groupe, sont en positif et viennent positiver les résultats de Clabecq. La BU Plate atteindra l’équilibre cette année ou enregistrera une légère perte.

Pouvez-vous nous dire si NLMK restera en Belgique pour longtemps?

Absolument. La Région wallonne est un excellent partenaire pour nous et avant nous, pour Duferco. Nous apprécions de travailler avec la nouvelle équipe de la Sogepa (bras financier de la Région, NDLR). Ce sont des investisseurs professionnels, ce serait une erreur de les considérer comme une banque. Nous empruntons déjà à des taux très bas et nous n’avons pas de problème pour financer nos activités. Nos opérations européennes et en Belgique sont entièrement financées par des banques, nous n’avons pas besoin du gouvernement wallon pour ça. La relation avec la Région wallonne est parfaite, c’est un bon exemple de partenariat public privé.

Que pensez-vous alors de la décision de la Commission européenne qui a condamné NLMK à rembourser des aides jugées illégales pour 10 millions d’euros?

Nous contestons la décision et les conclusions de l’enquête. Après une année d’enquêtes et ses visites sur nos sites, la Commission nous condamne pour non-coopération. Or, nous avons été extrêmement transparents. Ses experts pouvaient tout vérifier. Nous ne comprenons pas la mention de non-coopération car nous avons fourni toutes les informations. L’Europe veut aussi nous imposer une taxe d’importation qui pourrait s’élever à 36,1% ce qui fermerait le marché pour nos produits fabriqués en Russie… c’est incompréhensible. En Europe, nous allons produire 3 millions de tonnes, donc nous sommes aussi un opérateur européen. Nous ne sommes pas ArcelorMittal, mais une entreprise de taille moyenne. Que la Commission élabore des normes de vigilance et un processus juste. Elle ne peut pas invoquer des règles anti-dumping sur des bases politiques. C’est un outil économique. Si vous ne suivez pas des standards, comment pouvez-vous vous plaindre des pratiques en Chine ou en Russie? La situation interpelle.

Qu’allez-vous faire maintenant?

Nous allons contester les décisions devant l’Organisation mondiale du commerce ou la Cour européenne de justice. Nous introduirons une plainte pour dénoncer le comportement des fonctionnaires pendant l’enquête. Nous utiliserons tous les moyens légaux à notre disposition.

Quid de la Chine?

C’est une autre histoire intéressante. L’Europe impose à la Chine des droits d’importation de 15-16%: assez logiquement, l’acier chinois inonde aujourd’hui le marché européen, à cause de cette très faible taxe. J’ai du mal à comprendre le raisonnement européen. Quand vous avez une marge de dumping prouvée de 50% ou 60% et vous ne payez que 16% de droits d’importation, c’est incompréhensible. Il faut adopter le même processus qu’aux USA où la Chine paie un droit d’importation de 500%. L’attitude de la Commission n’aide pas l’industrie européenne. C’est inquiétant car le marché reste non-protégé.

"La Commission européenne ne respecte pas ses propres règles."

Pensez-vous que l’Europe ne réserve pas un traitement juste pour votre entreprise ou aux investisseurs russes?

Je n’irais pas jusque-là, mais notre cas est malheureux. La Commission européenne ne suit pas ses propres règles, elle n’agit pas comme une institution ayant instauré un processus juste. Elle n’a pas non plus des normes standards de vigilance ou d’enquêtes justes. C’est dommageable pour la confiance. Or, elle est nécessaire pour un investisseur et pour le développement de l’activité économique. Si vous ne suivez pas vos propres règles, comment pouvez-vous vous plaindre si d’autres pays les enfreignent?

Lire également

Publicité
Publicité
Publicité
Publicité

Contenu sponsorisé

Partner content