Une escroquerie de 8 millions a visé la Spaque

©spaque

Bras armé de la Région wallonne pour la dépollution des friches industrielles, la Spaque a été victime de trois tentatives d’extorsion de 8 millions. Elle a déposé et généralisé la double signature.

La Spaque, bras technique de la Région wallonne, a failli être grugée de plusieurs millions d’euros. Selon nos informations, des escrocs ont tenté, l’année dernière, d’extorquer par trois fois à la société une somme importante via deux techniques différentes.

Lors des deux premières tentatives, un individu a, par téléphone, sollicité le versement d’importantes sommes d’argent à la demande du président du conseil d’administration, Vincent Bourlard.

Jugeant la demande particulière et ne s’inscrivant pas dans les pratiques de la société, le préposé à la comptabilité et le responsable financier ont refusé d’effectuer l’opération et immédiatement prévenu les hautes instances de la société.

Quelques semaines plus tard, les escrocs sont revenus à la charge. Cette fois, sur la base d’un courrier détourné, ils ont falsifié la signature des dirigeants en envoyant un ordre de virement à la banque sur un compte. Le montant de cette dernière opération s’élevait à 8 millions d’euros.

"Deux plaintes avec constitution de partie civile ont été déposées auprès du juge d’instruction à Liège."
jean-frédérick deliège
porte-parole de la spaque

Contacté par nos soins, le responsable de la communication de la Spaque nous a confirmé les trois tentatives d’escroquerie. "Deux plaintes avec constitution de partie civile ont été déposées auprès du juge d’instruction à Liège. La première concernant les arnaques au président a été classée sans suite. Des devoirs d’enquête sont en cours pour la deuxième", nous a confié Jean-Frédérick Deliège, le porte-parole.

Directeur sous tutelle?

Les procédures de contrôle en interne ont donc permis de déjouer les tentatives d’escroquerie. Mais il nous revient que la société fait aujourd’hui l’objet d’une restructuration fonctionnelle en interne. Concrètement, la double signature qui existait pour les factures va être étendue aux bons de commandes.

Dorénavant, toutes les factures ou commandes devront être signées par deux des trois membres du comité de direction. Celui-ci est constitué du président Boulard, du vice-président Eric Poncin et de l’administrateur directeur, Philippe Adam.

La décision d’imposer la double signature a été actée lors du conseil d’administration du 21 janvier en l’absence du président et de l’administrateur directeur. Mais certains l’ont prise comme une mise à l’écart de l’administrateur directeur. "Ce n’est pas du tout le cas, M. Adam fait toujours partie du comité de direction et a son mot à dire. Il est vrai qu’il a des problèmes de santé et que généraliser la double signature n’est pas plus mal dans cette situation", nous a indiqué une source proche du dossier.

D’autres acteurs nous ont indiqué que la gestion de l’administrateur directeur est aujourd’hui critiquée. Elles en veulent pour preuve le fait que la maîtrise des travaux de dépollution des terrains d’ArcelorMittal a été confiée (ils doivent encore démarrer) à la Foncière liégeoise et non à la Spaque.

Malgré son expérience en matière d’assainissement des friches industrielles, la Spaque n’a pas été désignée par le gouvernement wallon pour piloter la dépollution des terrains d’ArcelorMittal. La société a été reléguée au rang de conseiller technique. Concrètement, la Déclaration de politique régionale (DPR) confie à "la Sogepa une mission d’ensemblier dans la réhabilitation et le redéploiement des sites industriels abandonnés par les entreprises pour lesquelles il s’est vu confier une mission de restructuration par le gouvernement, en s’appuyant sur l’expertise technique de Spaque". Plusieurs acteurs ont vu dans cette position du gouvernement wallon une méfiance et un désaveu de la Spaque. Car la maîtrise des travaux de dépollution des terrains d’ArcelorMittal et leur valorisation devraient être pilotées en fait par la Foncière liégeoise, une structure en sommeil depuis quelques années et qui a été relancée par la Région wallonne. À la Spaque, on réfute l’interprétation donnant l’impression que la société a été mise sur la touche. "La Spaque s’occupe de l’assainissement des friches industrielles orphelines, celles dont on n’arrive plus à identifier les propriétaires. Les terrains d’ArcelorMittal appartiennent toujours au groupe", nous précise-t-on à la Spaque. Il faut dire que c’est la Spaque qui avait réalisé l’évaluation du coût d’assainissement des terrains d’ArcelorMittal. Elle avait estimé les travaux à environ 1,06 milliard d’euros.

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