Brink's: "Nous avons tout fait pour continuer l'activité"

Aujourd’hui, un mois après le début du conflit chez Brink’s, la société brise enfin le silence qui l’entourait. Willem-Jan Candel, directeur commercial pour les Pays-Bas et la Belgique, nommé porte-parole le temps de la "crise", a accepté de répondre à nos questions.

Pourquoi acceptez-vous de parler aujourd’hui?
C’est important pour nous. L’opinion nous considère comme des bandits, on dit que nous ne sommes que l’incarnation du capitalisme à l’américaine. Cela nous fait de la peine. Notre société existe depuis 151 ans, nous sommes cotés en bourse, nous sommes respectables. Ces dernières années, nous avons tout fait pour essayer de garantir la continuité de nos activités en Belgique. Nous sommes présentés comme une entreprise qui a organisé son départ du marché belge. C’est faux. On nous accuse d’avoir organisé tout cela pour nous débarrasser des employés à bon prix. Si nous voulions vraiment la faillite, il y avait d’autres moyens de l’obtenir.

Pourquoi avoir mis le statut des employés en balance avec de nouveaux investissements
Il ne s’agit pas vraiment d’une question de statut. C’est important à souligner. Il s’agit avant tout de garantir une saine concurrence entre les deux acteurs du marché. Notre concurrent évolue avec le statut d’ouvrier. Nous, pour des raisons historiques, nous exerçons nos activités sous le statut d’employé. Le statut ne nous dérange pas vraiment, nous voulons seulement que les deux principaux acteurs d’un même marché aient le même statut. Cette différence fait que nous sommes plus chers que notre concurrent, raison pour laquelle nous avons perdu des clients comme Dexia, Carrefour et le Crédit Agricole.
 

Qu’avez-vous fait pour lutter contre cette situation?
Le 12 janvier 2010, nous nous sommes tournés vers l’Inspection des lois sociales et le 22 février, nous nous sommes adressés au SPF Emploi chaque fois pour savoir si les tâches effectuées par les convoyeurs relevaient du statut d’employé ou d’ouvrier. Nous n’avons jamais eu de réponse. Personne ne veut réagir, il s’agit d’une question politique sensible. Nous avons également déposé une plainte auprès du conseil de la concurrence le 4 juin 2010. Elle a été jugée recevable.
Pendant ce temps, nous n’avons cessé d’investir en Belgique parce que nous avions confiance dans le marché belge.
 

De quels investissements parle-t-on?
Il s’agit d’un montant de 15,7 millions d’euros investi entre 2006 et 2008. Cela a servi à acheter des machines, des valises intelligentes, du software. On a également acheté un robot pour préparer le paiement des pensions pour Bpost. Cela prouve bien qu’on voulait rester.

Était-il possible de continuer l’activité avec le statut d’employé?
Oui. Si notre concurrent adoptait le même statut. Je le répète, le problème ne repose que sur cette différence de statut. Lors des négociations sociales, un médiateur a calculé que le coût salarial chez notre principal concurrent (G4S, NDLR) était deux fois moins élevé que chez nous.
 

N’avez-vous pas fait aveu de faillite trop tôt?
Non. On a tout essayé auprès des autorités et avec les syndicats pour sauver l’activité. On en parlait depuis des années.

Comment expliquez-vous que le mandat des administrateurs n’a pas été renouvelé lors d’une assemblée générale?
Nous étions occupés à chercher comment nous allions financer la continuation des activités. L’assemblée n’avait pas eu lieu parce que nous n’avions pas encore de certitudes quant à l’avenir de l’entreprise.
Les pertes étaient telles qu’il fallait d’abord trouver une solution avant de convoquer une assemblée.

Était-ce une faute de ne pas convoquer cette assemblée?

Je préfère laisser cette réponse à nos avocats.

Les administrateurs provisoires ont revu à la hausse la valeur de "Global Services", une activité cédée pour 3,4 millions…
La fixation du prix de "Global Services" a été faite par un bureau indépendant.
Notre politique a toujours été de faire cela de la manière la plus sérieuse et la plus objective qu’il soit. Nous ne voulons pas que notre réputation soit entachée de choses incorrectes.

Le procureur du roi a tout de même estimé que cette sous-évaluation était constitutive d’abus de biens sociaux.
Ce problème sera réglé par nos avocats. Mais je ne peux pas croire qu’une société va griller sa réputation pour une si petite somme.

Le Procureur du roi a demandé que les administrateurs provisoires soient renommés sur base de la faute grave et caractérisée. Cela leur permettrait d’intenter une action en comblement de passif.
Je préfère également réserver cette réponse pour nos avocats. Il y a certainement une bataille juridique qui va se dérouler. Je ne peux insister que sur un point: nous avons tout fait pour maintenir l’activité.

 

Propos recueillis par Nicolas Keszei

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