Jean-Paul Van Avermaet reste le CEO de bpost

Jean-Paul Van Avermaet occupe un poste en vue, où l'on est scruté de toutes parts. ©Tim Dirven

À l'issue d'une séance de deux jours, le conseil d'administration de bpost n'a pas pris de mesures visant son CEO. Et ni son personnel, ni la Bourse ne s'en font.

Bpost continue d'avancer sous la direction de Jean-Paul Van Avermaet. C'est ce qu'on peut conclure de l'absence d'annonce de l'entreprise semi-publique cotée à l'issue de la dernière séance de son conseil d'administration, réuni ces jeudi et vendredi. Si ses administrateurs en avaient décidé autrement, par exemple en votant la suspension du CEO, une telle mesure aurait constitué une information privilégiée et aurait donc dû, sauf exceptions (qu'on n'aperçoit pas ici), être communiquée sans délai au marché, selon les règles en vigueur pour les sociétés cotées en Bourse. Au siège de la société, on confirme ce vendredi que rien ne change et que M. Van Avermaet continue d'appliquer la stratégie.

Que l'opérateur postal conserve son CEO malgré que son précédent employeur, G4S, fasse l'objet d'une enquête de l'Autorité belge de la concurrence (ABC) sur une éventuelle entente sur les prix dans le secteur de la sécurité et du gardiennage est sans doute une bonne chose pour la continuité de ses affaires. Bpost a, pour rappel, signé d'excellents résultats au deuxième trimestre, qui laissent notamment augurer d'une nette amélioration en cours chez Radial, sa principale filiale aux États-Unis. Il aurait été dommage que le groupe se retrouve soudain sans capitaine, car on ne remplace pas au pied levé un dirigeant de pareil niveau.

Mais en même temps, on ne peut s'empêcher de regretter la situation actuelle, qui voit le CEO embarrassé aux entournures par l'existence de cette enquête. Il est entré au service de G4S en 2010, deux ans après le début de l'entente supposée, et y a assumé la direction des opérations en Belgique (et dans trois autres pays) jusqu'à janvier 2020, quand il a pris la succession de Koen Van Gerven à la tête de bpost. Comme l'instruction ouverte par l'ABC a rebondi aux États-Unis, où le Département de la Justice (DoJ) est entré dans la danse, le CEO de bpost risque d'être interpellé s'il met le pied outre-Atlantique, ce qui l'empêche par exemple de se rendre "en présentiel" auprès de Radial.

Dilemme

On comprend que les administrateurs du groupe n'aient pas manié le bâton, comme ils en auraient eu le pouvoir. Les onze membres du conseil (les dix en fait, puisqu'il faut décompter le principal intéressé, Jean-Paul van Avermaet) ont dû affronter un fameux dilemme: soit prendre une mesure de sanction à l'égard d'un CEO peut-être blanc comme neige dans cette affaire d'entente, soit le maintenir en poste avec le risque qu'il apparaisse ultérieurement coupable.

Le Fédéral aura peut-être aussi hésité à se mouiller dans ce dossier alors qu'une autre équipe prendra le relais dans deux semaines avec d'autres priorités, d'autres stratégies.

Un sacré casse-tête, que la situation politique actuelle au plan fédéral n'aura pas aidé à résoudre. L'État belge reste en effet le premier actionnaire de bpost et compte cinq administrateurs sur dix au conseil - sans compter le CEO. Mais, occupé à négocier sa prolongation pour quinze jours et à gérer la lutte contre la pandémie, le gouvernement fédéral avait d'autres chats à fouetter, ces derniers jours, que de trancher dans ce dossier. Il aura peut-être aussi hésité à s'y mouiller alors qu'une autre équipe prendra le relais dans deux semaines avec d'autres priorités, d'autres stratégies.

"On n'entend pas grand-chose à ce sujet, cela ne fait pas débat entre nous."
Une source interne à bpost

En attendant, dans les coulisses de l'entreprise, l'affaire van Avermaet, si affaire il y a, ne semble pas trop préoccuper le personnel. "On n'entend pas grand-chose à ce sujet, cela ne fait pas débat entre nous", nous dit-on. Et en Bourse, l'action bpost, qui se porte globalement mieux depuis la publication de ses trimestriels le 4 août dernier, n'a pas démérité cette semaine non plus. Ce qui montre que les investisseurs ne s'en font pas pour cette histoire. Or, comme chacun sait, les marchés ont toujours raison...

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