interview

"Kiala offre un modèle formidable qu'on reproduit dans toute l'Europe"

Kurt Kuehn, CFO d'UPS. ©Dieter Telemans

UPS, un des deux géants américains du transport express, ne manque pas de projets pour le marché européen, où certains segments ont continué de "cartonner", même durant les années de crise.

De passage à Bruxelles, Kurt Kuehn, son directeur financier, souligne le rôle joué par de petits acteurs — et de petits pays comme la Belgique — dans la création de solutions nouvelles pour améliorer l’activité. Il cite en exemple le rachat de la société belge Kiala par son groupe: UPS est en train d’exporter le système Kiala aux quatre coins du monde. "Merci la Belgique…"

L’économie européenne reste faible: cela vous inquiète-t-il?
Kurt Kuehn: Cela concerne beaucoup de monde et il y a beaucoup de défis à relever. Aux Etats-Unis, la situation de l’Europe nous préoccupe, mais nous demeurons assez optimistes. UPS va investir un milliard de dollars sur les cinq ans à venir en Europe, dans l’extension de ses capacités et dans ses réseaux. Un segment du marché où l’on observe une forte croissance continue est le transport des biens à travers les frontières, non seulement aux Etats-Unis, mais aussi en Europe.

Sur le Vieux Continent, 30% de nos volumes franchissent chaque jour des frontières. C’est une grande partie de nos activités et c’est celle qui croît le plus fort. Ces dix dernières années, y compris durant la récession, les expéditions transfrontières ont progressé de plus de 10% par an dans l’Union.

Cet investissement d’un milliard concerne-t-il aussi le développement de l’e-commerce?
La plus grande partie financera des bâtiments et de l’équipement, en soutien de la croissance et de l’accroissement de nos flottes de véhicules "durables" (moindres émissions de CO2). Ceci dit, l’e-commerce est en effet un des secteurs qui vont continuer à tirer beaucoup de croissance au-delà de la chaîne d’approvisionnement européenne. C’est un énorme catalyseur. De plus en plus de firmes vendent sur internet, de sorte que les transports et livraisons de produits de l’e-commerce deviennent très importants.

Quelle part de votre activité est représentée par les livraisons de l’e-commerce aujourd’hui?
En tout, les livraisons directes de l’e-commerce aux consommateurs représentent 20 à 25% de notre activité. Durant les vacances de Noël, cette part grimpe jusqu’à 45%! Durant le mois de décembre, l’e-commerce fait quasiment la moitié de notre activité. C’est très important et nous lançons beaucoup d’innovations pour rencontrer les besoins de ce marché. Le business-to-consumer est d’ailleurs le segment le plus "challenging" de nos activités.

Quand on livre des professionnels, on se rend chaque jour au même endroit, le plus souvent avec plusieurs paquets, alors que quand on livre des particuliers, les destinations diffèrent chaque jour, le plus souvent pour un seul paquet par destination. Cela nécessite de se concentrer sur l’efficacité et la technologie opérationnelle. Une des innovations à laquelle on a recouru pour s’attaquer aux coûts élevés de ces livraisons aux consommateurs a été mise au point par une entreprise née en Belgique: Kiala. UPS a acquis Kiala et son savoir-faire en 2012, puis a reproduit celui-ci à travers toute l’Europe. Aujourd’hui, UPS totalise déjà 14.000 points de retrait de colis en Europe, dont 900 en Belgique. D’ici la fin de l’année, on en aura probablement 15.000.

Utilisez-vous le modèle de Kiala pour votre expansion?
Oui, l’innovation est née ici, au cœur de l’Europe. Nous avons racheté la société Kiala et avons rebaptisé la marque "UPS Access Point". Elle est appelée à devenir une solution au plan mondial. Nous avons beaucoup investi dans la technologie pour la rendre plus fonctionnelle.

Ce service représente un gain pour tous les acteurs: les expéditeurs, dont les clients ne sont plus frustrés quand ils ne sont pas livrés, UPS, qui voit son activité rendue plus attrayante et ses coûts réduits, les consommateurs, qui peuvent choisir sur internet le magasin où retirer leur colis, et les commerçants participant au système, qui attirent de nouveaux clients. C’est un formidable écosystème. Raison pour laquelle on va ajouter des milliers de points de retrait aux Etats-Unis. C’est un mécanisme avec lequel UPS pourra pénétrer sur les marchés émergents: une bonne approche pour entrer dans de nouvelles villes dans les émergents.

Aujourd’hui, le système Kiala est-il déjà appliqué en Amérique du Nord?
Oui, à New York et à Chicago. On démarre dans les zones métropolitaines et on va le développer à travers les Etats-Unis.

Comment se fait-il qu’UPS n’ait pas eu cette idée avant Denis Payre, le fondateur de Kiala?
Les entreprises ont appris qu’elles ne peuvent plus présumer que l’innovation apparaisse en leur sein. C’est un des grands changements qu’a connus l’industrie ces dix dernières années. On le voit dans la pharma: il ne suffit pas d’avoir de la R & D en interne, il faut aussi avoir un pied en dehors de la compagnie. On ne peut jamais savoir d’où jaillira l’idée suivante. UPS s’est doté d’un fonds d’investissement, le "Strategic Enterprize Fund", pour prendre des participations dans de petites start-ups technologiques afin d’observer et de tester différentes idées.

En Europe, certaines entreprises postales s’en sortent bien, telles qu’Austrian Post ou bpost: celles-ci pourraient-elles intéresser UPS qui réalise régulièrement des acquisitions?
C’est improbable en termes d’acquisition. Il est en revanche envisageable de collaborer, de nouer des alliances. Nous le faisons avec US Postal en Amérique du Nord; ce serait possible en Europe également, sur le dernier mile de livraison, par exemple.

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