Les raisons du divorce entre bpost et son CEO

Jean-Paul Van Avermaet n'aura pas droit à une deuxième audition ce mardi à la Chambre, pour cause de licenciement. ©Tim Dirven

Premier actionnaire de bpost, le Fédéral a poussé Jean-Paul Van Avermaet vers la porte. En cause, de piètres résultats, une gestion critiquée et une confiance rompue.

Jean-Paul Van Avermaet aura tenu un an et trois semaines à la tête de bpost. Le successeur de Koen Van Gerven s'est fait licencier, dimanche soir, par son conseil d'administration suite à "une demande de mesures d'urgence" formulée par son premier actionnaire, l'État, c'est-à-dire le gouvernement fédéral.

Dans un communiqué laconique, le conseil de bpost précise que son départ prend effet immédiatement, et que "les pouvoirs de gestion journalière sont délégués au président du conseil d’administration", François Cornelis. Il ajoute que "la recherche d’un nouveau CEO a été lancée". Coïncidence? Jean-Paul Van Avermaet devait passer en audition à la Chambre ce mardi...

Confiance rompue

Au cabinet de la vice-Première ministre et ministre des Entreprises publiques Petra De Sutter, on souligne un "manque de confiance entre le conseil de bpost et son CEO" pour expliquer la mesure. On y évoque aussi un contexte difficile chez bpost, une communication défaillante et un manque de transparence de la part de son CEO.

Il y a une semaine à peine, le conseil d'administration avait répété qu'il maintenait sa confiance en Jean-Paul Van Avermaet.

C'est apparemment la ministre Petra De Sutter qui a demandé au Premier ministre de réunir d'urgence un Conseil des ministres restreint ("kern"), au cours duquel il a été décidé du sort de Van Avermaet. Mais comme le prévoit la loi sur les entreprises publiques autonomes telle que modifiée en 2015, ce n'est plus au gouvernement fédéral, mais au conseil d'administration de la société concernée de nommer ou révoquer son CEO. C'est ce qui explique qu'officiellement, le conseil a perdu sa confiance en Jean-Paul Van Avermaet alors qu'il y a une semaine à peine, le même conseil avait répété, notamment par la voix de son président François Cornelis, qu'il la lui maintenait.

Derrière ces tours de passe-passe juridico-sémantiques, il reste que l'homme paie de nombreux pots cassés, certains étant de son chef et d'autres clairement hérités du passé. Essayons d'y faire un tri...

Ce qu'on lui reproche

1. Les mauvais résultats 2020: ceux-ci ont surpris les analystes qui s'attendaient à mieux. Les efforts déployés par bpost pour absorber le surcroît de colis lors des deux confinements lui ont coûté cher alors qu'un concurrent comparable comme PostNL a réussi à le faire avec un accroissement de son profit aux Pays-Bas. Est-ce dû à une mauvaise gestion ou à la lourdeur de la législation sociale belge? Pas évident à trancher. Le résultat net a été mangé quant à lui par des réductions de valeur sur le réseau retail et la banque: le poids du passé.

Van Avermaet se serait montré trop autocratique dans ses relations avec ses cadres et ses employés

2. Le départ de cadres et dirigeants: plusieurs démissions ont été actées ces derniers temps chez bpost. Elles sont attribuées par la presse du nord du pays au style de management du CEO.

3. La communication: Van Avermaet se serait montré trop autocratique dans ses relations avec ses cadres et ses employés, un problème lié au précédent. Troublant, le départ de deux communicantes de bpost à quelques semaines d'intervalle durant l'été.

4. Les relations sociales: les syndicats ont interrompu le dialogue social le 4 mars dernier. Dans une déclaration à Belga, Jean-Pierre Nyns, du syndicat socialiste CGSP, a fait part du mécontentement des représentants du personnel suite aux "grondements" à la direction et au conseil d'administration de bpost. Il semble inclure le CEO, la direction et le conseil dans ses critiques et qualifie de "très inquiétante" la situation de l'entreprise. Pas due au seul CEO, donc.

5. Les relations entre le CEO et le conseil: un sujet subjectif et polémique. Deux des dix administrateurs auraient tiqué en septembre dernier, quand le conseil avait confirmé sa confiance en son CEO alors qu'elle était mise en cause. Tout récemment, la fronde aurait repris au sein du conseil, au point d'éveiller l'intérêt des médias et d'alerter la ministre de tutelle. Le président et les membres du comité de nomination auraient continué de soutenir Van Avermaet, tandis que les frondeurs auraient tenté d'agrandir leurs rangs.

6. L'enquête de l'Autorité belge de la concurrence et le manque de transparence: c'est sans doute le principal grief. On a appris en juin 2020 l'existence de cette enquête concernant une éventuelle entente sur les prix entre trois sociétés de sécurité et gardiennage, dont G4S alors dirigée par Jean-Paul Van Avermaet. Le hic, c'est que celui-ci semble avoir omis d'en parler au départ au conseil de bpost, puis qu'il aurait adapté sa version des faits au fil du temps. D'où ce reproche de manque de transparence. Le dirigeant s'était pourtant défendu lors de son audition devant une commission parlementaire le 6 octobre 2020. Bien que rien n'ait filtré à cet égard, on peut se demander si l'Autorité n'a pas fait progresser son enquête récemment.

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