Si la Belgique veut rattraper le train de l'e-commerce, c'est maintenant

Une législation plus flexible sur les horaires de travail favorisera la compétitivité des sociétés belges de logistique. ©REUTERS

Dans une étude comparative bouclée en avril dernier, la société d’audit PwC ciblait l’attractivité de 50 régions européennes en matière d’accueil des plateformes logistiques. Cette étude classe les régions ciblées selon une grille de critères déterminants aux yeux des décideurs internationaux pour choisir la localisation d’un centre de distribution. La Wallonie y est classée 4e sur 50 régions, devant la Flandre.

Sur papier, il y a de quoi pavoiser. Mais les résultats concrets ne suivent pas. Pourquoi? La raison majeure de cet immobilisme sur le terrain est régulièrement mise en avant par les professionnels de l’immobilier et les grandes entreprises du secteur logistique: la législation belge en matière d’aménagement du territoire, de fiscalité et d’emploi rend notre pays non-concurrentiel par rapport à ses voisins et concurrents directs.

80% des grandes entreprises se plaignent

Le Baromètre logistique de la société immobilière belge (SIR) cotée Montea , qui vient de sortir, confirme ce blocage: les 50 grandes entreprises du secteur interrogées il y a un mois se plaignent du manque de compétitivité flagrant par rapport à nos voisins néerlandais. Et parmi les raisons évoquées, le coût et la législation sur le travail de nuit (80%) viennent largement en tête avant la mobilité ou d’autres facteurs.

Wim Heylen (Heylen Groep), le nouveau président de la Commission logistique à l’Union professionnelle du secteur immobilier (UPSI), est régulièrement monté au créneau ces derniers mois. Et ses contacts récurrents avec les ministres compétents semblent enfin porter leurs fruits.

Après une modification du régime TVA sur l’immobilier professionnel semi-industriel et logistique en passe d’être aligné sur celui des pays limitrophes, c’est la législation sur les horaires de travail qui sera bientôt rendue plus flexible. Dans le secteur logistique, celle-ci, contrairement à celle des Pays-Bas, n’était plus du tout adaptée pour les activités d’e-commerce, créant un handicap de taille pour les entreprises au point d’obliger celles-ci à se délocaliser au-delà de nos frontières pour rester compétitives. Heylen Groep s’y est résolu à contrecœur; tout comme d’ailleurs WDP , autre leader belge de l’immobilier logistique coté en Bourse, qui développe actuellement la majorité de ses nouvelles plateformes logistiques aux Pays-Bas (lire l’encadré ci-dessous). Montea, qui vient encore d’ajouter il y a quelques jours un centre de distribution à Etten-Leur, le long l’autoroute A58 entre Breda et Roosendaal, a fait le pas lui aussi.

300
300 patrons belges actifs dans le secteur logistique se sont réunis ce lundi à Anvers pour partager leurs priorités.

"Ce problème a déjà été partiellement solutionné par le Fédéral grâce aux précisions apportées suite à l’accord budgétaire de l’été dernier. Il est désormais plus facile pour les entreprises concernées de mettre en place le travail de nuit dès 20 heures par le biais d’une modification du règlement de travail. Et le gouvernement travaille actuellement à assouplir les règles régissant le travail de nuit pour l’e-commerce, notamment lors de l’heure de pointe du secteur, soit entre 20 heures et minuit", résume Jo De Wolf, le patron de Montea. Ce dernier estime que la mesure est d’autant plus urgente que sept acteurs logistiques sur dix en Belgique ont vu leur chiffre d’affaires croître rapidement grâce à l’e-commerce sans que les bénéfices suivent. "En Belgique, nous restructurons des pôles et conservons ainsi nos parts de marché dans le portefeuille existant, mais c’est aux Pays-Bas que nous réalisons notre vraie croissance, avec de nouveaux projets ou acquisitions et de nouveaux clients qui les occupent", insiste-t-il.

De Wolf et ses collègues ont remis cette semaine sur la table leurs priorités – et notamment le manque de flexibilité en matière de législation sur le temps de travail – lors de l’Inspiration Day, la grand-messe du secteur logistique qui réunissait lundi dernier à Anvers quelque 300 patrons.

3 questions à Joost Uwens

CEO de WDP Warehouses

1. Où investissez-vous pour faire grossir votre portefeuille coté en Bourse?

Nous sommes actifs sur tout le cercle terrestre se trouvant entre les ports d’Anvers et de Rotterdam d’une part, l’Allemagne et la France d’autre part. Nous y réalisons tous les projets possibles initiés par nos clients sans d’ailleurs ventiler en pourcentage par pays. Ce sont eux qui décident où ils s’installent. Mais on doit bien avouer que le marché néerlandais est bien plus attractif que le belge ou celui du nord de la France.

2. A quoi attribuer cette ardeur d’avance de nos voisins?

En termes de localisation, l’un vaut l’autre. Mais aux Pays-Bas, après la crise de 2009, les décideurs ont continué à investir dans les infrastructures pour les rendre plus performantes. Et pas seulement dans le secteur autoroutier: tout est implémenté à partir de Schiphol ou Rotterdam (fret ferroviaire compris) sur tout le territoire où des terminaux multimodaux sont aménagés avec des terrains disponibles pour s’y installer.

3. Quelles mesures prendre d’urgence pour rendre la Belgique compétitive?

À Anvers, le manque d’investissements est catastrophique. On est en train de perdre la face sur l’échiquier international. En outre, on n’a plus de terrains disponibles bien situés pour de nouveaux projets. Le long de l’autoroute A12, entre Bruxelles et Anvers, cela fait 10 ans qu’on attend de nouvelles infrastructures. Enfin, en termes de flexibilité, et donc de coût, du travail, on a chez nous une guerre de retard pour répondre à la concurrence directe sur le segment de l’e-commerce, aujourd’hui en plein boom.

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