analyse

Un conseil vérité pour le CEO de bpost, Jean-Paul Van Avermaet

Le président de bpost François Cornelis face au CEO Jean-Paul Van Avermaet: c'était en mai dernier, avant que l'on découvre l'existence d'une enquête de l'ABC.

Réunis en conseil, les administrateurs de bpost ne pourront pas ne pas évoquer la situation de leur CEO ces jeudi et vendredi. Un débat délicat, faute de disposer de certitudes.

Les administrateurs de bpost se réunissent en conseil ce jeudi et ce vendredi. Si l'ordre du jour de cette double séance n'a pas "fuité", on croit savoir toutefois que les dix autres membres du conseil ne pourront éviter de discuter du cas de leur administrateur délégué, Jean-Paul Van Avermaet. Car la position du CEO de l'entreprise semi-publique cotée est fragilisée depuis que l'Autorité belge de la concurrence (ABC) a ouvert une enquête sur une éventuelle entente sur les prix entre les trois leaders du marché belge de la sécurité et du gardiennage, G4S, Securitas et Seris, et que le Département américain de la Justice est ensuite entré dans la danse, au motif qu'une telle entente aurait pu léser les intérêts des États-Unis via l'implication de leur ambassade en Belgique et du siège de l'Otan dans le dossier comme clients.

Avant de prendre la succession de Koen Van Gerven à la tête de bpost en janvier de cette année, Jean-Paul Van Avermaet dirigeait en effet G4S en Belgique et dans trois autres pays. Il est donc dans le collimateur des enquêteurs, qui cherchent à savoir qui a fait quoi dans cette affaire qui concerne non seulement une entente sur les prix, mais aussi des accords illicites sur des hausses tarifaires et un partage du marché.

Ces jours-ci, il doit être particulièrement inconfortable de siéger chez bpost. Parce que si le conseil ne bouge pas, on pourra ultérieurement l'accuser de n'avoir rien fait et mettre sa responsabilité en jeu. Et s'il bouge sans certitude sur le rôle joué par son CEO dans cette pièce, dans le futur on découvrira peut-être que l'homme n'était pour rien dans l'entente présumée, comme il l'a signifié sà son président.

Le remaniement de la direction chez Seris "s’inscrit dans le contexte de la demande de renseignements reçue par (le groupe) de la part de l’Autorité belge de la Concurrence dans le cadre d’une enquête visant le secteur de la sécurité privée en Belgique".
Extrait d'un communiqué de Seris

En attendant, les autres firmes de gardiennage citées ont déjà réagi, elles. Chez Securitas, la CEO Ingrid Merckx a démissionné en avril dernier, tandis que Seris s'est défait, début juillet, de son patron Danny Vandormael. Dans un communiqué, Seris a déclaré que ce remaniement "s’inscrit dans le contexte de la demande de renseignements reçue par (le groupe) de la part de l’Autorité belge de la Concurrence dans le cadre d’une enquête visant le secteur de la sécurité privée en Belgique". Le mouvement est donc bien lié à l'enquête. Chez Securitas, en revanche, la règle est le silence radio: "on ne fait aucune déclaration à ce propos", nous dit sa porte-parole Carolle Van Dijck.

Les faits reprochés par l'ABC ont commencé en 2008. Or à cette date, un seul des trois dirigeants était aux commandes dans sa société de sécurité.

Quatre décisions possibles

A noter toutefois que les rôles éventuellement joués ici par les patrons des trois firmes de gardiennage ne peuvent être strictement les mêmes, comme le démontrent les dates de leurs entrées en fonction respectives. Les faits reprochés par l'ABC ont commencé en 2008. Or à cette date, un seul des trois dirigeants était aux commandes dans sa société de sécurité: Danny Vandormael (Seris). Jean-Paul Van Avermaet n'était entré au service de G4S qu'en 2010. Quant à Ingrid Merckx, elle n'avait été nommée à la tête de Securitas Belgique qu'en 2018. "Si l'ABC soupçonne M. Van Avermaet, cela pourrait signifier que l'entente de 2008 avait continué à produire ses effets et qu'il avait laissé faire", commente un avocat spécialisé dans la gouvernance.

Que pourrait décider le conseil d'administration de bpost à son égard? Quatre possibilités: s'en séparer, sur proposition de son comité de nomination et rémunération, le suspendre pour une période donnée, limiter ses fonctions aux matières urgentes pour une période donnée, ou, bien entendu, le maintenir au poste sans rien changer. Et qu'en pense l'actionnaire principal, l'État belge? Au cabinet du ministre de tutelle Philippe De Backer, on ne nous a pas répondu...

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