Un président rapidement et un CEO lentement pour bpost

Ce duo composé de François Cornelis (à g.) et Jean-Paul van Avermaet a fait long feu à la tête de bpost. ©Tim Dirven

Le secteur intérimaire a pris le pouvoir chez bpost... Le départ du président a surpris le marché par son timing, mais le défi reste de dénicher un nouveau CEO.

En à peine trois semaines, bpost a perdu ses deux dirigeants clés, son CEO et son président. Les deux départs sont évidemment liés; le président du conseil François Cornelis a démissionné avec effet au 31 mars en réaction au limogeage, deux semaines plus tôt, du CEO Jean-Paul Van Avermaet sur décision formelle du conseil et, disons, sur injonction du gouvernement fédéral et de sa ministre de tutelle Petra De Sutter (Groen). Dans le cas de François Cornelis, c'est surtout le timing de son départ qui surprend.

2
ans
Le mandat de François Cornelis à la présidence du conseil de bpost aurait dû courir jusqu'en mai 2023.

On se serait attendu à ce qu'il soit "démissionné" plus tard, par exemple à l'assemblée générale du 12 mai prochain. Plus tôt, en tout cas, que la fin de son mandat actuel, programmée pour 2023. L'homme a vraisemblablement pris les devants en présentant lui-même sa démission. Il paie le fait qu'il ait défendu jusqu'au bout le CEO, au-delà de ce que d'autres administrateurs auront jugé raisonnable, compte tenu de l'enquête de la Concurrence visant Van Avermaet. L'ironie de l'histoire est qu'il y a un an, ce dernier n'était pas le candidat préféré de Cornelis.

"Le défi le plus pressant du moment pour bpost reste la recherche d'un nouveau CEO..."
Thomas Couvreur
analyste, KBC Securities

"Nous nous attendions à ce que le PS place son candidat (à la présidence) avant le terme du mandat de Cornelis, mais cela s'est passé légèrement plus tôt que prévu", commente Thomas Couvreur, analyste chez KBC Securities. En vertu d'accords politiques sur les nominations dans les entreprises (semi-)publiques, c'est en effet au Parti socialiste qu'il revient de choisir le président de bpost.

Oiseau rare

Pour l'analyste, cette démission ne change pas grand-chose pour l'entreprise de courrier et de logistique d'e-commerce: "Le défi le plus pressant du moment pour bpost reste la recherche d'un nouveau CEO." Un patron qui devra séduire à la fois les politiques, les investisseurs, le personnel et les clients du deuxième employeur de Belgique (du premier si l'on prend en compte la filiale américaine Radial), tout en acceptant une rémunération plafonnée et en ménageant les sensibilités linguistiques.

Pas sûr toutefois que le CEO et le président ad interim puissent prendre de grandes décisions...

La mission a été dévolue au cabinet Korn Ferry, à qui l'on souhaite bonne chance pour trouver l'oiseau rare. En attendant, l'entreprise n'est pas livrée à elle-même, elle est dirigée ad interim par Dirk Tirez comme CEO, un homme qui connaît bien la maison, et présidée ad interim par Ray Stewart, un vieux sage (voir encadré). Pas sûr toutefois qu'ils puissent prendre de grandes décisions, alors que bpost joue une partie délicate sur un marché en transformation rapide.

Le gouvernement l'a déjà laissé entendre: la quête du CEO risque de prendre quelque temps. Normal, il ne s'agit pas de se louper une deuxième fois (l'expérience Van Avermaet aura duré un an à peine). Pour la présidence, cela devrait aller plus vite. On s'attend en effet à ce que le PS sorte un lapin de son chapeau d'ici la mi-mai...

Ray Stewart prend la présidence ad interim. ©Dries Luyten

Ray Stewart, un sage de la finance

Ray Stewart est un vieil habitué des entreprises cotées en Bourse et des entreprises semi-publiques à la belge. Cet Américain débarqué en Belgique dans les soutes du navire Ameritech, l'opérateur télécoms américain qui fut, pendant une décennie, le principal actionnaire privé de Belgacom (Proximus), a longtemps officié comme directeur financier de notre opérateur téléphonique ex-dominant. Dans la foulée, il a également travaillé comme CFO de Telindus, filiale de Proximus, et de Magyar Telekom, opérateur en Hongrie dont Ameritech a également été actionnaire.

C’est en 2014 que Ray Stewart est entré au conseil de bpost, comme indépendant. Pour mémoire, l’homme a aussi siégé au board de Nyrstar, le producteur belge de zinc, avant sa reprise par le groupe Trafigura. Et on subodore qu’il pratique le golf à ses heures "perdues", car il siège également au conseil du Golf club d’Hulencourt, à Vieux-Genappe…

Né le 26 mars 1949, Ray Stewart a fait ses études à l’Université d’Indiana. Après avoir obtenu un diplôme de premier cycle en comptabilité, il a fait un MBA en finances. Dans toutes ses fonctions dirigeantes, il a toujours penché vers les finances, la gestion de risques et l'audit.

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