Korys va réunir ses parts dans Parkwind et Eurowatt sous un même toit

©Dieter Telemans

Le fonds d’investissement des actionnaires familiaux du groupe de distribution Colruyt gère plus d’un milliard d’euros d’actifs. L’énergie renouvelable est un de ses trois écosystèmes privilégiés: Korys y prépare le rapprochement de ses activités dans l’éolien off et on shore. Le family office regarde le dossier Elicio et est prêt à miser sur l’avenir de l’hydrogène.

Un des chantiers sur lequel travaille Korys, le family office des Colruyt, est le rapprochement de ses participations dans Parkwind (éolien offshore – en mer) et Eurowatt (éolien onshore – sur terre).

Korys est la société d’investissement des actionnaires de la famille fondatrice de Colruyt. Créée en 2012, elle est chapeautée par Cozin, la structure faîtière détenue par les Colruyt, qui sont aujourd’hui plus de 100 actionnaires. Korys est elle-même divisée en deux entités. D’une part, la société Korys détient les actions de la famille dans le groupe de distribution Colruyt, soit 51% du capital depuis, entre autres, le rachat au printemps dernier d’une fraction de la participation du holding Sofina (contre 48% avant). D’autre part, la société Korys Investments gère les investissements de diversification.

participations directes

Energies renouvelables

Parkwind, Eurowatt, Sanchore, Wind Rose Renewables

Sciences de la vie

MyCartis, BlueBee, Genae, OntoForce, Agendia, reMynd, Mimetas, MRM Technologies

Consommation durable

Ojah, Novy, NewPharma, Foodbag, D-drinks

 

Cette dernière cible ses prises de participation en appliquent le critère des trois "P": People, Planet, Profit. Soit les trois piliers du développement durable: le social, l’environnement et la rentabilité. "Quand on étudie un projet d’investissement, précise Dries Colpaert, co-managing partner de Korys, on commence toujours par vérifier s’il présente un aspect de durabilité. S’il n’a rien de ‘sustainable’, on ne va pas plus loin."

Hors participations dans Colruyt, Korys gère aujourd’hui un portefeuille de plus d’un milliard d’euros: environ la moitié en participations directes, quelque 40% en investissements cotés, et le solde en fonds de tiers et sous forme de dividendes – que vient de verser le groupe (du cash donc). "Nous avons une équipe d’une trentaine de personnes au siège à Hal, plus une autre équipe en Inde, détaille Colpaert. Nous investissons entre 5 et 30 millions d’euros par dossier, sauf dans l’éolien offshore où les tickets sont beaucoup plus élevés."

Nom de code "Aura"

"Dans l’énergie, nous planchons sur le regroupement de nos participations dans une nouvelle société, qui sera sponsorisée par Korys, explique Vincent Vliebergh, l’autre managing partner. Le nom de code de ce projet est ‘Aura’. Il réunira Parkwind et Eurowatt, et peut-être, à terme, également d’autres participations."

"Nous avons 550 mégawatts qui sont opérationnels dans les parcs éoliens offshore belges et on est en train de construire Northwester 2, le quatrième parc belge, poursuit Vliebergh. Nous détenons par ailleurs une participation majoritaire dans un projet au large de l’Irlande, et on va en construire un autre au large de l’Allemagne. Cela nous fera 1,2 gigawatts au total. On est challengé dans ce marché car les tarifs baissent plus vite que ne baissent les coûts de construction. On réfléchit en termes de partenariats et de zones géographiques. Au départ de l’expérience accumulée chez Parkwind (détenu à 60% par Colruyt et à 24% par Korys, NDLR), on peut déployer nos talents à l’international. Il reste très peu de développeurs offshore indépendants comme nous dans le monde. Nous recherchons des opportunités à développer non seulement en Europe, mais aussi au-delà."

Voilà pour l’offshore. L’éolien onshore est l’apanage d’Eurowatt, filiale à 51% de Korys, qui totalise 350 mégawatts entre la France, la Pologne, le Portugal et l’Espagne. Quant à Eoly, filiale à 100% de Colruyt, elle regroupe l’éolien onshore en Belgique. "L’objectif à court terme est de rassembler nos participations dans Eurowatt et Parkwind au sein d’Aura, indique Vincent Vliebergh. Les principales synergies proviendront des connaissances et du dynamisme local. On n’utilise pas exactement les mêmes turbines dans l’off et l’onshore, mais on pourra partager les connaissances technologiques et celles des marchés de l’électricité." En outre, ajoute Vliebergh, "Korys continuera à investir dans des jeunes sociétés et projets favorisant l’adoption des énergies renouvelables".

Intérêt pour Elicio

Et Elicio, la filiale d’énergie renouvelable que le groupe Nethys est censé remettre en vente? Intéresserait-elle Korys? "Nous sommes contents de la tournure qu’a prise ce dossier, répond Vliebergh, et en particulier de l’arrivée de nouveaux administrateurs au conseil de Nethys. Nous n’avons pas noué de discussions, formelles ou informelles, avec eux, mais il est clair que ce dossier se situe dans notre zone de compétences et d’intérêt. Elicio a un beau portefeuille d’éolien onshore en Europe, qui pourrait nous intéresser. Leur présence en offshore belge est également intéressante, même si nous y sommes déjà fort représentés. Nous avons une stratégie de croissance, mais pas des poches infinies non plus."

Un avenir à l’hydrogène

Korys s’intéresse aussi à l’hydrogène. "Ce pourrait être notre prochain grand axe de développement, annonce Vliebergh. On y croit. Avec Fluxys, le groupe Colruyt et Parkwind travaillent sur un projet de centrale hydrogène pilote, qui produira de l’hydrogène verte. Il s’agit de la joint-venture Hy Off Wind. Selon les circonstances (mise hors réseau de l’éolien, prix négatifs…), on pourra stocker de l’électricité éolienne sous forme d’hydrogène, qu’on pourra réinjecter dans le réseau de gaz naturel. On observe aussi ce qui se passe dans l’automobile (le groupe a acheté des voitures à hydrogène et investi dans une station à Hal, NDLR). Selon nous, la solution sera la ‘mobilité hydrogène’, la voiture électrique constitue plutôt une étape intermédiaire. Les constructeurs auto y pensent aussi. Ce sera d’abord déployé dans les camions, les péniches, les locomotives…"

"On a beaucoup de pain sur la planche et beaucoup de projets, conclut Colpaert. C’est la raison pour laquelle on a engagé neuf personnes cette année. Et l’on se dirige vers de plus en plus de spécialisation."

Les Colruyt se sont inspirés des Mulliez

L’origine de Korys Investments remonte aux années 2000, explique Vincent Vliebergh, son co-managing partner: "Le groupe Colruyt avait pris de l’ampleur durant la décennie précédente et commençait à générer des dividendes plus conséquents. L’actionnariat familial s’est demandé que faire de cet argent. Dans un souci de diversification, mais aussi dans une volonté d’avoir une contribution durable, elle a décidé d’investir ensemble dans d’autres secteurs que le retail en appliquant trois principes: favoriser l’esprit d’entreprise, rechercher un impact sociétal et environnemental, et dégager un profit suffisant pour assurer la pérennité du projet." Cette volonté d’investir ensemble a aussi été inspirée de ce qu’a fait en France la famille Mulliez (les fondateurs du groupe Auchan), avec leur principe du "tous dans tout".

Les Colruyt ont commencé par créer un fonds de capital-risque, Stone Fund, en en confiant la gestion à des gérants externes. Puis ils se sont intéressés de plus près à sa gestion et au respect des valeurs véhiculées: d’abord en lançant un Stone Fund II, puis en montant une équipe propre, qui a commencé en 2008-2009 à investir dans des fonds de tiers et à gérer activement ses liquidités. "C’est là qu’a émergé la stratégie de base de ce qui allait devenir Korys trois ans plus tard: un family office investissant dans trois classes d’actifs: des liquidités, des fonds de tiers en private equity, et des prises de participation directes."

Pour alimenter ces trois classes d’actifs, ses fondateurs ont défini trois secteurs d’investissement prioritaires: le "conscious consumer" (la consommation durable), les sciences de la vie et les énergies renouvelables. Quant aux ressources de Korys Investments, elles sont assurées par le dividende en provenance du groupe de distribution: les membres de la famille fondatrice réallouent plus de 80% des dividendes en provenance du groupe Colruyt dans des entreprises et projets en ligne avec leur philosophie "3P". "C’est un luxe et une grande preuve de confiance, souligne Vliebergh. Nous sommes un fonds qui, contrairement à une société de private equity classique, n’a pas besoin de lever des capitaux sur le marché."

Sous l’égide de la "Korys Academy", les gérants du fonds organisent aussi six fois par an des sessions d’information. Elles sont destinées à la 4e génération des Colruyt, pour leur faire découvrir les différents aspects du métier.


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