reportage

Des jeunes loups aux quenottes acérées

La LSM Cup, organisée par LSM Conseil, attire plus de 350 étudiants dans une compétition de business games.

Les écoles de management abritent des cabinets de consultance animés par des étudiants. Loin d'une bande de potaches ou d'un kot à projet, ils se présentent en pro du conseil... avec leur fraîcheur comme principal atout.

Ils n'ont pas 25 ans et se permettent de venir donner des conseils à des comités de direction chevronnés. Pour qui se prennent ces étudiants, à peine bachelier, qui se bombardent consultant en management en IT ou en RSE et qui gèrent leur boîte à grands coups de noms de fonction ronflants et, forcément, anglicisant?

Ils se prennent pour ce qu'ils sont: des étudiants avides d'apprendre et de se forger une première expérience professionnelle le plus vite possible, dès les masters en l'occurrence. Mais tant qu'à faire, autant y mettre les formes et dépasser le stade et l'organisation d'un simple kot à projets pour s'ériger en véritable société avec pignon sur rue, en ASBL ou en coopérative notamment.

La plupart des univs ont leur spin-off étudiante spécialisée dans la consultance, le plus souvent dans les écoles ou facultés de management. C'est le cas à la Louvain School of Management (LSM) de Louvain-la-Neuve, à l'ULB (Solvay) ou à HEC Liège. Mais c'est aussi le cas à la fac de droit de Louvain-la-Neuve.

Longévité et professionnalisme

Et preuve manifeste d'un certain professionnalisme, la plupart d'entre elles affichent une belle longévité. LSM Conseil est sans doute la plus ancienne, créée en 1992 quand la LSM s'appelait encore IAG. Le Solvay Consulting Club (SCC) existe depuis 2011 et HEC Consulting depuis 20 ans.

Outre le fait que ces structures sont sans but lucratif (ce qui en soi est déjà une surprise dans le monde de la consultance) et que les étudiants ne sont pas payés, pour le reste, ces petites boîtes ont tout d'une grande. Structure pyramidale, un management chapeautant des équipes de consultants de terrain, des business units, des départements internes... "On préférerait certainement des structures plus plates et sans doute plus conviviales ou collectives, mais cette formalisation est aussi le gage de la pérennité", précise Adelin François, président exécutif de LSM Conseil, qui a remporté quatre fois le titre de meilleure junior entreprise de Belgique et l'un ou l'autre Award européen.

"Nos consultants ne viennent pas seulement de Solvay, mais aussi de Polytech ou de la fac de Droit. Ce qui nous donne une approche multidisciplinaire."
Lina Arrifi
Présidente du Solvay Consulting Club

Des business units plutôt pointues d'ailleurs. Les jeunes consultants du SCC proposent des missions de 8 semaines en finances, en stratégie ou en marketing, mais aussi en ingénierie et pour le prototypage de produits. "Nos consultants ne viennent pas seulement de Solvay, mais aussi de Polytech ou de la fac de Droit. Ce qui nous donne une approche multidisciplinaire", assure Lina Arrifi, présidente du Solvay Consulting Club. HEC Consulting, qui compte une vingtaine de coopérateurs, s'est pour sa part spécialisé dans les études de marketing.

Même palette de services chez LSM Conseil en management et en ingénierie, avec une corde supplémentaire à leur arc. "Depuis quelques mois, nous proposons aussi des missions en Responsabilité Sociétale des Entreprises et particulièrement en certification B-Corp."

Pris au sérieux

Et le moins que l'on puisse dire c'est que ces jeunes loups sont plutôt pris au sérieux par les entreprises, des start-ups en recherche de débouchés marketing de validation d'un modèle économique aux grandes boîtes en mal de diversification stratégique. Les clients ont pour nom, entre autres, Unilever, Exki, la Stib, Carrefour, BNP Paribas, L'Oréal... "Oui, ils prennent notre travail au sérieux et nos recommandations sont généralement appliquées", précise Lina Arrifi. "Une société nous a pris de haut, nous considérant comme des stagiaires sans grande valeur. Ils ne respectaient pas nos méthodologies et ne nous faisaient pas confiance. La mission a été un échec, mais c'est exceptionnel", renchérit Adelin François.

"Les entreprises nous demandent la fraicheur et le regard neuf que nous pouvons avoir sur les choses justement parce que nous n'avons pas d'œillères a priori."
Adelin François
Président exécutif de LSM Conseil

Mais que peuvent apporter ces jeunes, par définition sans expérience, à des entreprises et à des managers confirmés? "Déjà, les juniors dans les sociétés de consultance ne sont généralement pas plus expérimentés que nous. Ils viennent d'être engagés à peine diplômés. Cela ne change pas grand-chose avec un étudiant de master 2", note Lina Arrifi. "La fraîcheur et le regard neuf que nous pouvons avoir sur les choses justement parce que nous n'avons pas d'œillères a priori", précise encore Adelin François.

Mais ces étudiants consultants ne partent pas sans rien. Outre le fait que les plus anciens forment les plus jeunes (tous proviennent de Master 1 ou 2 ou de Master complémentaire), ils bénéficient aussi de l'encadrement des alumni qui reviennent volontiers faire des formations ou dispenser des conseils. Les étudiants de HEC Consulting valident par exemple les offres ou les rapports de mission auprès d'anciens de la "firme". LSM Conseil bénéficie aussi d'un conseil académique ou scientifique réunissant des profs. Le SCC s'appuie sur des consultants chevronnés de grands cabinets partenaires. Et au besoin, ils recourent à des formations externes et spécifiques. Avant de proposer ses services en matière de préparation à la certification B-Corp, LSM Conseil a envoyé deux de ses membres à Genève suivre une formation ad hoc.

Et puis il y a aussi les business games dont ces jeunes sont friands, soit qu'ils les organisent (la LSM Cup réunit chaque année 350 étudiants), soit qu'ils y participent. Le Solvay Consulting Club s'en est fait une spécialité. Une équipe est formée à cela durant le premier semestre avant de participer à ces jeux de simulation managériale avec des objectifs très affirmés. "Nous devons gagner! et en général cela marche ou on est au moins dans le top trois", affirme Arrifi.

Ambition

Parce que derrière ces étudiants-consultants se cache aussi une certaine ambition. Cela se marque dès la procédure de recrutement. "Nous recrutons en fonction des missions que nous avons, par cycle de huit semaines", précise Arrifi. "Sur une centaine de candidats, nous en retenons une trentaine d'horizons académiques différents, mais aussi d'origines différentes en intégrant les étudiants Erasmus et des juristes de la VUB. Nous ne prenons que les meilleurs, c'est pour cela que nous sommes excellents et crédibles dans les entreprises." Chez SCC, la langue véhiculaire est l'anglais. On n'est pas là pour rigoler...

Nous ne prenons que les meilleurs candidats, c'est pour cela que nous sommes excellents et crédibles dans les entreprises."
Lina Arrifi
Présidente du SCC

Chez LSM Conseil, les termes sont sans doute moins marqués mais le souci d'excellence est également présent. "C'est la volonté d'implication, la motivation et surtout l'envie d'entreprendre", dit Adelin François, qui précise que parmi les anciens, une bonne part est effectivement devenue entrepreneur. "Le but premier, c'est d'apprendre. Il faut le vouloir", fait remarquer Eve Monseu, associée de HEC Consulting.

Si les étudiants ne sont pas payés pour leur travail au sein de ces structures, elles facturent bien les prestations de consultance aux entreprises. LSM Conseil avance un chiffre d'affaires annuel de plus de 100.000 euros pour une trentaine de missions et l'organisation de la LSM Cup sur une année étudiante. HEC Consult affiche 60.000 euros pour une vingtaine de missions. SCC se veut plus discret sur les chiffres.

Ces fonds sont réinvestis dans des formations, dans le processus de certification ISO 9001 chez LSM ou dans un programme de soutien aux étudiants pour SCC. "Dans la mesure où nous ne sommes pas payés, nous nous privons peut-être de certains talents qui ont besoin d'un job rémunérateur durant leur vie étudiante. C'est dommage", reconnaît François.

Et puis il y a aussi des activités moins sérieuses, mais qui assure la cohésion du groupe. "Nous restons des étudiants après tout. On a besoin de faire la fête aussi. Et cela nous manque cruellement en cette période..." avoue encore le président de LSM Conseil.

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