Le joaillier de la couronne Wolfers se cherche un nouveau souffle

©Wouter Van Vooren

Touché par la crise et des mouvements internes, le célèbre orfèvre devenu joaillier réfléchit à son avenir. Une cession n'est "pas exclue".

Wolfers, coquille vide? La question pourrait se poser après le départ de la directrice commerciale, Cindy Lecomte, qui a lancé courant du mois sa propre société de conseil en joaillerie, Gatsby and Me. Après tout, le célèbre joaillier ne compte aujourd'hui plus qu'un seul artisan en ses murs.

Mais ce serait aller vite en besogne. Car en coulisses, ce qui se prépare, c'est un plan de relance global de l'entreprise qui vient d'ailleurs d'engager une nouvelle directrice générale le mois dernier, entend-on.

"On va travailler à rebelgifier Wolfers."
Paul-Emmanuel de Becker Rémy
Administrateur délégué de Wolfers

Objectif? "Rebelgifier", confie Paul-Emmanuel de Becker Rémy, administrateur délégué de Wolfers depuis le décès de son frère, Patrick Descamps, survenu fin 2019.

Ensemble, les deux hommes avaient repris le fonds de commerce de l'orfèvre de renom en 1987, avant d'en céder le contrôle entier il y a quelques années de cela au groupe chinois Derain. Ce dernier utilise depuis lors la marque pour son déploiement en Asie, contre paiement de plusieurs centaines de milliers d'euros de royalties par an. Derain compte à ce jour une bonne soixantaine de boutiques marquées de la griffe Wolfers en Empire du Milieu, dont un flagship store à Shanghai.

60
boutiques
Le groupe chinois Derain exploite une bonne soixantaine de boutiques labellisées Wolfers en Chine.

Changement actionnarial en vue

"On attend la fin de la crise pour avancer", indique Paul-Emmanuel de Becker Rémy. Vers quoi? La réponse nous est susurrée: un éventuel changement actionnarial. En effet, une vente n'est "pas exclue", renseigne l'homme d'affaires aussi actif dans la promotion immobilière (Urbaneco), les sanitaires de luxe (Keuco) et la gestion d'un important parc immobilier et forestier en Allemagne.

De quoi donner un nouvel élan à la société au poinçon en tête de sanglier – un détail, mais qui n'en reste pas moins cocasse quand l'on sait l'amour que voue Paul-Emmanuel de Becker Rémy à la chasse.

Reste à espérer que ledit plan débouche sur de meilleures perspectives que lors de la vente de la maison Wolfers au joaillier Chaumet, place Vendôme, en 1975, vente motivée à l'époque par des difficultés, l'activité principale d'orfèvrerie ayant amorcé son déclin, et par la logique stratégique des frères Chaumet qui souhaitaient s'implanter à Bruxelles dans le cadre de leur politique d'expansion internationale.

Le partenariat ne durera qu'une dizaine d'années, jusqu'à une retentissante faillite frauduleuse en 1987, qui a vu la société américano-saoudienne Investcorp (alors propriétaire de Tiffany's) reprendre Chaumet, tandis que ses dirigeants étaient incarcérés puis condamnés à de la prison suite à un verdict rendu en décembre 1991. Avec l'accord du tribunal de commerce de Bruxelles, Wolfers redevenait pour sa part belge dans la foulée pour quelque 110 millions de francs belges.

Regain de lettres de noblesse en 2009

Depuis, la maison s'était efforcée de regagner ses lettres de noblesse. Elle redevenait fournisseur de la cour de Belgique en 2009, après avoir réalisé à la fin des années 90 la bague de fiançailles de la princesse Mathilde. De quoi permettre au joaillier de renouer ses liens d'antan avec le Palais, lui qui créait déjà le célèbre diadème-collier composé de 205 diamants poires, vraisemblablement offert par des industriels belges à la reine Fabiola à l'occasion de son mariage avec le roi Baudouin.

Courant 2019, l’intérieur du magasin mythique de Wolfers était à découvrir dans sa configuration d’origine aux Musées royaux d'Art et d'Histoire du Cinquantenaire. De quoi permettre aux curieux de revisiter quasiment à l'identique l'écrin aménagé jadis par Victor Horta à la rue d’Arenberg, à Bruxelles, occupé aujourd'hui par KBC Brussels. De son côté, le joaillier est désormais installé boulevard de Waterloo, face à la Porte de Namur.

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