Le Solvay Business Game, une immersion dans les affaires qui essaime à travers l'Europe

©Dieter Telemans

L’événement phare des étudiants en école de commerce a fait des petits, en dix ans. De la France à la Pologne, le modèle permet de mettre la théorie en pratique dans 8 pays.

Le cas est réel (ou presque). M. Smith, 76 ans, cherche à vendre son entreprise, Creabuild Group, gros acteur de l’immobilier actif dans le Benelux. Parmi les acquéreurs intéressés, For Invest lui a adressé une offre non liante par courrier. Et doit désormais passer à la vitesse supérieure. Place aux négociations. Objectif? Un accord. Aux meilleurs termes et conditions. "Good luck!"

Voilà donc les 400 étudiants (d’une trentaine de nationalités pour une quarantaine d’universités) briefés, eux qui sont réunis ce jour pour cette simulation d’immersion dans la vie des affaires qu’est le Solvay Business Game. Ils ont désormais trois heures pour apporter une solution pertinente au cas concret qui leur est présenté, chiffres à l’appui. Au total, ils devront en résoudre quatre sur les deux jours de la compétition. Aux manettes? BDO (négociation), McKinsey & Company (pitch), EDF Luminus (stratégie) ou encore Coca-Cola (marketing).

Comment s’y prendre? "D’abord, il faut créer un lien avec le second binôme qui nous est imposé (le duo de base est, lui, laissé au choix des participants, NDLR)", explique Lucas, qui participe pour la seconde fois à l’événement. En équipes, les participants cogitent alors, testent, critiquent, évincent, avancent… et, enfin, aboutissent. L’idée pour réussir? "D’apprendre à se connaître, en quelques minutes, alors que, par exemple, je suis tombé avec des Italiens et des Flamands aujourd’hui. Puis il faut établir une vision quant à la direction où on veut aller, fixer des règles. Ça a été de belles rencontres."

Puis, soudain, "stoooop", c’est la fin de l’épreuve pour les jeunes qui s’affrontent, cravate et costume de rigueur, dans la salle réservée pour l’occasion au Sheraton de Zaventem. Le temps est écoulé. L’heure est au bilan. "On a tout fait pour négocier le meilleur prix, mais ça a été dur de s’y tenir tout le long de la négociation, confie Lucas, recroisé plus loin. C’est presque le processus humain, plutôt que chiffré, qui a primé dans les échanges."

Du reste, pour ce qui est de l’évaluation du travail fourni, elle se passera à huis clos, où plusieurs jurys composés de bénévoles des entreprises partenaires délibéreront. Mais "les étudiants ont assez vite compris la situation, malgré les modifications volontaires du case introduites au cours de l’exercice, nous glisse tout de même Mario Santy, consultant chez BDO, les résultats n’étant attendus que plus tard. On a pu voir que certains participants, peut-être plutôt introvertis au départ, se sont métamorphosés durant les discussions." En fait, "il y avait chez les participants un talent d’écoute de l’autre, quelque chose qu’on oublie parfois dans l’industrie."

Fortement grandi en douze ans

Ce genre de simulations existent depuis 2007, lorsque Pablo Castiel Gazier, alors étudiant et désormais entrepreneur tech dans le marketing digital, a lancé le "SBG". Depuis, "nous avons fortement grandi, que ce soit au niveau des participants, de la durée, des lieux occupés ou du nombre de partenaires qui nous soutiennent", indique Alice Portnoy, actuelle présidente de la structure. Du reste, à part un recentrage sur des profils business uniquement, et non plus des étudiants issus de tous les horizons, l’objectif de départ est resté grosso modo le même: permettre la mise en pratique de la théorie.

D’ailleurs, signe de cette rigueur, outre la longévité de ce qui est devenu un événement attendu par beaucoup de monde du côté des écoles de commerce: les partenaires des débuts sont toujours à bord. BDO et McKinsey soutiennent le Solvay Business Game depuis 8 ans maintenant.

Et pour cause: pour les entreprises, il s’agit d’une vitrine indéniable, auprès de ce qui se veut être l’élite économique et commerciale de demain. "Comme BDO a évolué avec le temps, la raison de notre participation au SBG a elle aussi fluctué, nous explique Alexander Veithen, associé. Au départ, nous souhaitions faire connaître notre marque des étudiants. Aujourd’hui, de par une certaine assise, cela nous permet de recruter, d’obtenir de la visibilité auprès de jeunes talents qui vont commencer à chercher un job." Une stratégie qui a déjà amené entre 6 et 8 personnes environ à rejoindre le cabinet de consultance, "principalement dans la branche corporate finance et la branche audit. Désormais, on espère que cela pourra bénéficier à notre plus récente branche advisory".

Même son de cloche du côté de McKinsey qui y voit un "win-win", permettant de confronter les étudiants au réel d’une part, mais aussi de faire connaître le métier de consultant d’une autre, de même que de repérer des talents, recrutés à la suite du SBG, ou à tout le moins relancés un an ou deux plus tard, lorsqu’ils ont développé plus d’expérience, nous dit-on.

International, depuis 2014

Mais le Solvay Business Game, c’est bien plus qu’une initiative marquée du nom de la célèbre business school (et de son fondateur), qui ne se déroulerait que sur le seul territoire belge. Et ce, depuis 2014 déjà.

Désormais, le concept a essaimé partout en Europe, suite à un mémoire étudiant. "On compte 10 déclinaisons du concept, dans 8 pays différents", évoque Leila Zeimers, vice-présidente de l’Alliance européenne des business games, la coupole chapeautant les initiatives existantes et futures.

Entrée dans la galaxie du Solvay Business Game alors qu’elle était en Bac3, de par le "haut standing" de l’événement, elle gère à présent une équipe de huit personnes – "huit filles", se réjouit-elle. Cette année, Varsovie a rejoint les grandes villes accueillant déjà leur simulation. Pour y parvenir, la capitale polonaise a dû présenter un dossier complet, reprenant son équipe formée, de même qu’un canevas clair de l’événement à venir. Membre du club, elle devra désormais s’acquitter d’une commission à l’Alliance – qui opère sous forme d’ASBL –, fonction du nombre de participants, pour bénéficier du savoir-faire et du matériel émanant du SBG.

De quoi augurer d’une expansion plus large encore? Si l’engouement est au rendez-vous, les développements ne se font pas de manière anarchique pour autant. "On essaie de rester au niveau européen, avec un business game par pays, malgré les demandes de la France, par exemple, qui aimerait en organiser partout sur son territoire", précise Leila Zeimers. Un choix qui s’explique par l’ouverture des initiatives. En effet, peu importe que l’événement se passe à HEC Paris ou à St. Gallen (Suisse), tout qui veut s’inscrire y est autorisé. Il faut juste passer à travers l’épreuve de sélection, organisée en amont des business games, histoire de limiter la forte demande qui peut exister.

Pour l’avenir de l’Alliance, la vice-présidente est claire: l’idée serait, en plus d’un label de qualité et de sommets locaux, de créer une méga-finale avec tous les gagnants locaux. Un défi de taille. Sinon, "on espère qu’un jour tous les business games seront aussi grands que celui de Bruxelles".

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