Qu'est-ce qui paralyse le marché de l'emploi?

Frank Vander Sijpe (talent manager chez Securex): "il y a peu d’enthousiasme à changer d’emploi".

Le baromètre annuel de la rotation du personnel sur le marché de l'emploi, réalisé par Securex, montre que le nombre d'emplois vacants qui ne parviennent plus à être pourvus vient d'atteindre un nombre record en 2017. Trois causes seraient à l'origine de ce phénomène.

Le vieillissement de la population, l'inadéquation entre l'offre et la demande et l'importance accordée au contrat à durée indéterminée (CDI) paralysent le marché de l'emploi. C'est le constat qui ressort de l'étude menée par Securex. Ces facteurs ont pour conséquence que le nombre de postes vacants qui ne trouvent pas de nouvel acquéreur a atteint un nombre record en 2017. Le Forem a en effet reçu 184.617 offres d'emploi, soit 30,91% de plus que l'année précédente.

"Il semble que tant les travailleurs que les employeurs prennent peu d’initiatives de changement."
Frank Vander Sijpe
HR Research Director chez Securex

Cette tendance n'est pourtant pas nouvelle. Le marché belge de l'emploi, "enlisé", fait face depuis plusieurs années à une absence de rotation spontanée et un nombre de postes vacants constant. En 2017, seulement 5,75% des travailleurs changeaient d'emploi  de leur propre initiative contre 5,18% en 2016. Le constat est identique du côté des employeurs. La rotation involontaire (par exemple lorsque l'employeur pousse le travailleur à changer de poste au sein de l'entreprise) est de 4,10% en 2017 et a très faiblement augmenté par rapport aux chiffres de 2016: 3,72%. 

Pour Frank Vander Sijpe, HR Research Director chez Securex, "les chiffres de 2017 sont à nouveau très semblables à ceux des années précédentes: il y a peu d’enthousiasme à changer d’emploi. Pourtant, compte tenu du nombre record d’emplois vacants en 2017 en Belgique, on s’attendrait à ce qu’il y ait plus de mouvement sur notre marché de l’emploi. Il semble que tant les travailleurs que les employeurs prennent peu d’initiatives de changement."

Prisonnier d'une cage dorée

Les Belges de plus de 50 ans sont particulièrement peu nombreux (2%) à quitter leur employeur. La mobilité réduite de ce groupe de travailleurs est liée à deux facteurs

  1. La rémunération liée à l'ancienneté 
  2. Les employeurs sont moins enclins à engager des travailleurs plus âgés

La tension salariale pour les employés entre une personne qui commence un emploi et une autre en fin de carrière dans la même fonction s'élève de 20% à parfois 70%. 

"Les entreprises n’engagent pour ainsi dire aucun travailleur de plus de 50 ans, ce qui explique que de nombreux travailleurs âgés restent en place jusqu’à l’âge de la pension. La rémunération sur la base de l’ancienneté produit des cages dorées" alors que de nombreux travailleurs voudraient se développer et prendre des initiatives. "C’est une évolution préoccupante et cela défavorise de surcroît les employés qui, plus tard dans leur carrière recherchent – volontairement ou non – un autre emploi.", ajoute Frank Vander Sijpe. 

Comment pallier cette inadéquation?

Dans son étude, Securex avance plusieurs recommandations qui seraient susceptibles de redynamiser le marché de l'emploi belge.

  • La multiplication des indépendants
  • La multiplication des approches telles que le "portage salarial" français
  • Investir dans la résilience professionnelle (se renouveler dans sa propre fonction) et dans la mobilité interne afin de rénover les entreprises de l’intérieur

Pour Jan Devolder, un consultant chez Securex, "c’est une responsabilité partagée de l’employeur et du travailleur que d’investir dans la résilience professionnelle. Si tous deux choisissent de continuer à collaborer pendant de longues années (ce qui est une bonne chose pour nous, soyons clairs), il est indispensable que tous deux travaillent aussi au développement professionnel.


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