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Record d'embauches chez les géants de la consultance en Belgique

Cette année, le bureau de consultance Deloitte, leader du marché dans notre pays, veut engager 1.500 nouveaux collaborateurs. ©Deloitte

Les quatre grandes entreprises de consultance en Belgique veulent recruter cette année plus de 3.000 personnes hautement qualifiées, dont la moitié rien que pour Deloitte.

Le redressement de l’économie rend d’autant plus acharnée la guerre des talents que se livrent actuellement les quatre grands consultants dans notre pays. Deloitte, EY, PwC et KPMG déclarent ainsi qu’ils recherchent au total plus de 3.000 collaborateurs hautement qualifiés, expérimentés ou non. Et ce nombre ne prend pas en compte les besoins en personnel des nombreux autres acteurs du secteur, plus petits, comme Accenture, BDO, McKinsey, Bain & Company et Boston Consulting Group.

Deloitte, le plus grand des "big four" en Belgique, annonce vouloir embaucher 1.500 nouveaux collaborateurs, un nombre inédit pour l’établissement belge du géant britannique. Un millier d’entre eux ont déjà commencé à y travailler. En Belgique, Deloitte emploie 5.100 collaborateurs.

Historiens 

Les types de candidats recherchés? Outre les traditionnels diplômés en droit et en économie, les consultants visent de plus en plus les profils STEM (Science, Technology, Engineering & Mathematics). Pour Deloitte, ils doivent constituer 25% des juniors à engager.

Pour sa part, le deuxième bureau de consultance en Belgique, EY (2.530 collaborateurs), veut recruter 120 profils digitaux sur un total de 700 nouvelles recrues. "Nous recherchons de nombreux analystes big data, experts en cybersécurité, conseillers en risques technologiques, spécialistes en ERP, concepteurs d’infrastructures IT et développeurs de logiciels", détaille Christophe Ballegeer, le directeur de la communication d’EY. 

"De nos universités sortent des personnes très bien formées. Je suis à chaque fois étonné par la profondeur de leur bagage."
Piet Vandendriessche
CEO de Deloitte Belgique

La pénurie de talents oblige les consultants à élargir la focale sur le marché du travail. Les profils "plus soft" sont les bienvenus. "Nous avons déjà engagé des musicologues, historiens, sociologues et philologues en langues romanes", précise Piet Vandendriessche, CEO de Deloitte Belgique. "De nos universités sortent des personnes très bien formées. Je suis à chaque fois étonné par la profondeur de leur bagage. Cela suffit pour démarrer. Ensuite, nous leur enseignons des matières plus techniques. Ce groupe de diplômés n’est pas facile à convaincre. Mais je sens que leur intérêt croît." 

Forte rotation du personnel

En réalité, si les consultants doivent engager en masse, c’est aussi parce que la rotation du personnel y a toujours été très élevée. Deloitte veut recruter 1.500 nouveaux collaborateurs pour qu’il en reste encore 450 dans ses rangs un an plus tard. KPMG veut engager 300 personnes chaque année d’ici à 2024 – 1.200 au total – pour passer de 1.600 à 2.000 travailleurs. 

"La rotation du personnel est la plus forte chez les profils digitaux parce que nous entrons en concurrence avec de nombreux secteurs."
Yves Demaeght
Directeur HR chez KPMG

"Les départs sont les plus nombreux parmi les jeunes et dans le département consultance, ils le sont beaucoup moins en audit", explique Yves Demaeght, Directeur HR chez KPMG. "La rotation du personnel est la plus forte chez les profils digitaux parce que nous entrons en concurrence avec de nombreux secteurs." 

Les consultants sont victimes en fait de leur propre succès. "Les bureaux de consultance sont considérés comme la meilleure business school du monde parce que nous mettons l’accent sur l’apprentissage en continu", souligne Liesbet Vanderstappen, HR Director chez PwC Belgique. Les jeunes peuvent y acquérir des tonnes d’expériences dans les entreprises les plus diverses, ce qui facilite ainsi leur passage vers l’industrie.

"Nous plaçons la barre moins haut en termes de carrière. Aujourd’hui, les collaborateurs peuvent se développer à leur propre rythme et ne pas suivre une ascension préprogrammée."
Yves Demaeght

"Nous tentons d’atténuer ce phénomène en renforçant les liens entre le travailleur et son supérieur hiérarchique, notamment en multipliant les rencontres physiques", ajoute Yves Demaeght. "Par ailleurs, nous plaçons la barre moins haut en termes de carrière. Aujourd’hui, les collaborateurs peuvent se développer à leur propre rythme et ne pas suivre une ascension préprogrammée." 

Liesbeth Vanderstappen cite encore comme atouts pour les retenir "l’impact sociétal" de leur job et la plus grande liberté de choisir où et quand ils veulent travailler. 

Les entreprises de consultance n’ont pas beaucoup souffert de la crise du coronavirus, si l’on en juge par leur croissance au cours des deux ans écoulés. Les chiffres de Deloitte Belgique le prouvent. "Nous sommes fiers d’avoir enregistré, au terme de notre exercice clôturé fin mai de cette année, un chiffre d’affaires de 635 millions d’euros, en hausse de près de 5% sur un an", précise Piet Vandendriessche. "Nous n’avons connu qu’un ralentissement de courte durée durant les mois de mars, avril et mai 2020. Et l’exercice précédent s’était également marqué par une croissance de 7,4%. Ce boom s’explique par la convergence de cinq tendances.

Trois questions à Piet Vandendriessche, CEO de Deloitte Belgique

Deloitte affiche deux exercices en croissance (+4,7% et 2021 et +7,4% en 2020). Comment l’expliquez-vous?

Dans la plupart des pays où nous sommes actifs, l’économie croît actuellement de 10%. Notre surcroît de travail résulte de cinq tendances. Primo, les glissements géopolitiques et l’(anti)globalisation qui entravent les flux commerciaux. Pensez au Brexit et aux formalités douanières supplémentaires. Mais également aux perturbations de la chaîne d’approvisionnement et à la pénurie de matières premières et de puces. Nos clients veulent, par exemple, passer d’un fournisseur en Chine à plusieurs dans le monde. Il y a aussi l’accélération de la digitalisation avec un accent prononcé pour la cybersécurité, l’e-commerce, les plateformes logicielles destinées à rationaliser les processus, comme Salesforce, SAP ou ServiceNow. Troisième tendance: l’explosion de la réglementation dans tous les rouages de l’économie. C’est lié aussi au développement durable: les obligations de reporting, les systèmes complexes de négoce des émissions de CO2, etc. Et la cinquième tendance est le marché des fusions et acquisitions qui surfe toujours sur la politique de l’argent bon marché des banques centrales. 

D’où proviendront toutes ces nouvelles recrues? 

Outre les diplômés, nous recruterons surtout les profils expérimentés dans l’industrie. De l’étranger également. Nous employons des collaborateurs de 72 nationalités. La Belgique reste un pôle d’attraction avec ses institutions internationales, sa vie multiculturelle et ses prix du logement raisonnables. Mais la politique de permis de travail des personnes hors UE reste problématique. Le gouvernement devrait y remédier. 

Deloitte a une rotation du personnel de 15%. Comment tentez-vous de retenir vos collaborateurs?  

Le problème s’est encore accentué après la crise du coronavirus. Mais je comprends que tout le monde ne veuille pas rester consultant toute sa vie. Ceux qui nous quittent agissent comme nos ambassadeurs en devenant souvent nos clients chez leurs nouveaux employeurs

Le résumé

  • Deloitte, EY, PwC et KPMG recherchent au total plus de 3.000 collaborateurs hautement qualifiés, expérimentés ou non
  • Sont visés les profils digitaux, mais également les diplômés de sciences humaines, très bien formés dans nos universités.
  • La forte rotation du personnel explique également ce record d'embauches.
  • La crise du coronavirus a accentué certaines tendances de fond qui accélèrent la croissance des consultants.

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