Remplacer l'homme par un robot peut créer de l'emploi

Les cobots sont des robots qui apprennent leurs tâches en collaborant avec des travailleurs humains: ils vont se multiplier. ©REUTERS

On dirait une équation impossible: remplacez vos ouvriers à la chaîne par des robots et créez de l’emploi… Le Boston Consulting Group démontre qu’on peut la résoudre.

"À l’annonce de la fermeture d’une usine, les médias claironnent souvent que la robotisation tue l’emploi et qu’il faudrait donc la taxer. Rien n’est plus faux. Taxer la robotisation n’empêchera pas les industriels de faire évoluer leurs usines; ils ne le feront toutefois plus dans les pays taxateurs…" Selon Filiep Deforche, senior partner et directeur général du bureau conseil Boston Consulting Group à Bruxelles, la robotisation d’une large frange de l’industrie est inéluctable. D’ici une trentaine d’années, toutes les usines susceptibles de remplacer des humains par des robots auront procédé à la substitution. S’il serait vain d’essayer de contrecarrer ce mouvement, il n’est pas trop tard, en revanche, pour l’exploiter à fond si l’on veut en bénéficier plutôt qu’en pâtir. Quelques pays l’ont bien compris, tels la Chine, le Japon l’Allemagne, les Etats-Unis ou la Corée du Sud. D’autres, comme la Belgique, feraient bien d’y songer avant que leur retard devienne rédhibitoire.

15%
Actuellement, le remplacement des humains par des robots dans les chaînes de production signifie 15% de coûts en moins.

Aujourd’hui, quelque 1,6 million de robots sont à l’œuvre dans l’industrie au plan mondial, surtout dans les secteurs de l’électronique, des équipements électriques, des moyens de transport et des machines. Le recours à cette force de travail plutôt qu’à une main-d’œuvre humaine représente une économie de coûts d’environ 15%, selon l’étude "The robotic revolution", rédigée par le BCG. Et le nombre de robots en activité progresse de 10% par an. "Qu’on le veuille ou non, cette évolution est en marche, poursuit Deforche. Certains pays s’y engagent plus que les autres. C’est, paradoxalement, le cas de la Chine, alors que nos industriels ont souvent relocalisé leurs activités chez eux parce qu’ils étaient moins chers. Mais les salaires ont aussi commencé à augmenter en Chine, de sorte qu’ils ont également vu un intérêt à remplacer les hommes par des robots. Or si les Chinois peuvent le faire, nous pouvons le faire aussi!"

Corollaire de ces deux évolutions, la robotisation et la hausse des bulletins de paie chinois: certaines activités industrielles "exilées" en Chine vont vraisemblablement revenir dans nos contrées. Dès lors que le coût de fabrication est comparable, il n’y aurait plus aucune raison de les maintenir là-bas, ne serait-ce qu’en raison des coûts du transport. Raison supplémentaire: les Chinois sont réputés pour fabriquer des produits en grande série, alors que la mode est plutôt aux productions individualisées (grâce entre autres aux imprimantes 3D), où l’Occident reste très compétent.

5% de jobs en plus

Le recours de plus en plus actif aux robots ne signifie pas pour autant le recul de l’emploi, embraie Filiep Deforche. "Il y aura au contraire un effet positif sur l’emploi global, car qui dit robotisation, dit aussi les gens pour les produire, les programmer, réfléchir à leur utilisation… Et les robots ne pourront jamais tout reprendre. Une des grandes innovations est l’utilisation de ‘cobots’ aux côtés de travailleurs manuels: les deux collaborent, les cobots aident les hommes à effectuer des tâches difficiles." Lors des trois révolutions industrielles précédentes, la machine à vapeur, l’électricité et l’automatisation, l’emploi total a toujours progressé. "Il en ira de même avec la révolution numérique et robotique, assure Deforche. Nous évaluons la création nette d’emplois à 5% du total. La différence avec les révolutions précédentes est qu’il s’agira d’autres emplois." Selon lui, les personnes pas ou peu qualifiées pourront se replacer dans les services, notamment dans ceux aux personnes. Une catégorie de jobs qui risque en revanche de rester sur le carreau est celle des contremaîtres: à moins de se ressourcer, ils n’auront plus de perspectives dans un univers robotisé.

Le défi des compétences

On l’aura compris, le challenge aujourd’hui est d’anticiper ces développements en mettant d’ores et déjà en place les bons modules d’éducation, d’enseignement et de formation, afin que l’industrie du futur dispose des compétences souhaitées, étant entendu qu’il faut cinq à dix ans pour (re)former les gens. Le partenaire du BCG lance un appel aux politiques de ce pays: il faut qu’ils donnent l’impulsion nécessaire pour qu’on adapte le système d’enseignement et qu’on assouplisse la réglementation du travail. "Si la Belgique, petit pays fort dépendant de ses exportations, arrive à faire remplacer les usines présentes sur son territoire par de nouvelles robotisées, elle pourra devenir plus performante et plus compétitive que les pays plus lents à changer. Si elle ne le fait pas, elle va le payer deux fois: les usines actives sur ses terres vont fermer tandis que les nouvelles vont s’établir ailleurs."

Il y a urgence, conclut-il, "car ces usines se mettent déjà en place tandis que nous parlons".

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