Salaires et résultats ne vont pas de pair

Larry Ellison ©Bloomberg

Ces dix dernières années, les dirigeants d’entreprises américaines ont amassé des fortunes. Ce n’est pas forcément le cas des actionnaires…

Aligner les intérêts des dirigeants d’entreprises sur ceux de leurs actionnaires reste encore aujourd’hui loin d’être une bonne habitude chez les grands de ce monde, comme le révèle une étude du Wall Street Journal. Le quotidien financier américain a dressé une liste des 25 patrons les mieux payés de la décennie. L’étude inclut les salaires, bonus, avantages en nature et gains réalisés sur les actions et stock-options reçus par les dirigeants. Mais si certains d’entre eux ont généré d’importants gains pour leurs actionnaires, le palmarès met aussi en évidence un décalage croissant entre les salaires des CEO et le retour sur investissement des actionnaires.

Des rendements hétérogènes

Considérons Larry Ellison, par exemple, le patron du fabricant de progiciels Oracle qui est en tête du classement avec une rémunération évaluée à 1,84 milliard de dollars. Ses actionnaires ont vu la valeur de leur investissement tripler sur dix ans, la capitalisation boursière de l’entreprise étant passée de 36 à 98 milliards de dollars. Et les actionnaires d’Apple ont vu la leur multipliée par près de 12, tandis que Steve Jobs a amassé 749 millions de dollars.

En revanche, les actionnaires du fabricant informatique Dell ont vu la valeur de leurs actions fondre de 66% pendant la décennie alors que le directeur général Michael Dell a récolté 454 millions de dollars. Dans la même catégorie, quatre des dix patrons les mieux payés sont aux commandes d’entreprises où les actionnaires ont perdu de l’argent: IAC/Interactive, les banques Countrywide et Capital One et le groupe de services Cedant.

"La disparité entre les fortunes des CEO et celles de leurs actionnaires est vraiment déprimante" et "suggère qu’il y a une bonne quantité de salaires qui ne sont pas liés à des résultats", commente Jesse Fried, professeur en droit à l’université d’Harvard.

D’un autre côté comme le souligne, Steven Kaplan, professeur à l’école de commerce de l’université de Chicago, "en général, ceux qui ont les plus grosses rémunérations redistribuent".

Des options juteuses

La plupart des dirigeants reconnaissent avoir réalisé de gros gains sur des options émises pour la plupart dans les années 90 et exercées en 2000, 2005 et 2007, années où le prix des actions était particulièrement haut.

Par exemple, Richard Fairbank, le CEO de Capital One, a touché 249 millions de dollars, soit presque la moitié de sa rémunération totale sur 10 ans, en exerçant en 2005 une grande quantité d’options émises en 1995.

Les changements dans les systèmes de rémunération des dirigeants amorcés dans les années 80 visaient à un meilleur alignement entre les fortunes des CEO et des actionnaires. Les salaires ont été limités et les dirigeants ont été rémunérés davantage sous forme de stocks options, qui n’ont de valeur que si le prix de l’action de l’entreprise grimpe.

Selon l’analyse du Wall Street journal, les stocks options ont représenté pas moins de 78% du total des rémunérations du top 25 des patrons les mieux payés. Rien que ça.

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